Compétition. Transpecos : Thriller efficace et inattendu dans un décor infernal

 

Le réalisateur Greg Kwedar et le producteur Clint Bentley.
Le réalisateur Greg Kwedar et le producteur Clint Bentley.

 

Seize jours de tournage dont 90% dans un décor naturel fantastique et hostile à une température infernale de près de 60°. On ne peut qu’être admiratif de l’équipe de “Transpecos”, le premier film de Greg Kwedar, présenté en compétition à Deauville. L’intrigue tourne autour de trois agents de la police aux frontières qui s’ennuient ferme à leur poste, en plein coeur du désert du Nouveau Mexique, à la frontière mexicaine.

 

On s’attend à une histoire autour d’immigrés clandestins, mais pas du tout. Et c’est aussi la force de ce thriller diablement efficace : il nous embarque dans une aventure humaine inattendue, riche en rebondissements, en suspense et en interrogations morales. Le réalisateur et le scénariste (Clint Bentley) ont souhaité créer des personnages qui tour à tour possèdent le pouvoir puis le perdent.

 

 

"Transpecos", de Greg Kwedar.
"Transpecos", de Greg Kwedar.

 

Les trois acteurs (Gabriel Luna, Johnny Simmons et Clifton Collins Jr) sont impeccables, leurs personnages évoluant sans cesse de sorte que le regard que l’on porte sur eux change, entre empathie et dégoût. Surtout, on n’est pas prêt d’oublier ce décor naturel extraordinaire, à la fois spectaculaire de beauté et menaçant, voire oppressant, magnifiquement mis en lumière et mis en scène. “Transpecos” mérite de figurer au palmarès.

 

 

Compétition. “Christine” : A voir pour la prestation de Rebecca Hall

 

"Chistine", d'Antonio Campos.
"Chistine", d'Antonio Campos.

Comme l’annonce clairement le titre, le sujet central du troisième film d’Antonio Campos, “Christine”, présenté en compétition à Deauville, est moins le fonctionnement d’une petite chaîne de télévision locale, à Saratosa, Floride, en 1974, que le portrait d’une femme de 29 ans en proie à un profond malêtre existentiel.

 

Christine, interprétée avec une formidable générosité par la comédienne britannique, Rebecca Hall, est en apparence une journaliste dévouée à son travail avec une éthique professionnelle inébranlable. Elle est la première à s’opposer au rédacteur en chef lorsqu’il pousse son équipe à faire dans le sensationnel dans le but d’augmenter les parts d’audience. Mais, au fur et à mesure que le film avance, on découvre qu’il ne s’agit que d’une façade dissimulant une femme névrosée qui a la trouille. Notamment de rater sa vie et de rester seule jusqu’à la fin de ses jours.

 

Si le soin apporté à la reconstitution des coulisses et des moyens techniques d’une rédaction de télévision dans les années 70 est admirable, il n’est pas ici question d’un remake de “Netword” de Sidney Lumet qui reste, avec “Révélation” de Michael Mann, des références dans le genre. Non, le véritable intérêt du film porte sur la résolution de l’énigme que l’on a grand plaisir à suivre en direct, quel mal intérieur ronge donc Christine?

 

Compétition. “Sing Street” : L’autre coup de coeur du festival

 

"Sing Street", de John Carney.
"Sing Street", de John Carney.

 

Le premier coup de coeur de cette sélection s’appelle “Captain Fantastic”, découvert samedi dernier. Voici le second : “Sing Street”, un film qui n’a d’américain que les financements (et en partie seulement). Près de dix ans après le film (”Once”) qui l’a rendu célèbre en remportant un prix au festival de Sundance, le réalisateur irlandais, John Carney signe une nouvelle comédie dramatique et musicale qui a su enthousiasmé au plus au point le public du CID, mardi après midi.

 

Le film se déroule dans les années 80, à Dublin. Conor, un lycéen dont les parents sont sur le point de divorcer, se retrouve dans un lycée catholique public où il devient la tête de turc du directeur et des caïds de sa classe. Tout bascule lorsque pour les beaux yeux de Raphina, (Lucy Boynton, présente au festival de Deauville) la jolie fille du quartier qui rêve de partir à Londres et devenir top model, il décide de monter un groupe de musique avec des camarades du lycée. Le but étant de composer des morceaux pour ensuite tourner des clips vidéo avec Raphina.

 

 

L'actrice britannique, Lucy Boynton. Crédit Dominique Saint
L'actrice britannique, Lucy Boynton. Crédit Dominique Saint

 

Avec un humour qui fait sans cesse mouche et une bande originale du tonnerre (vivement sa sortie dans les bacs!), “Sing Street” est sans aucun doute l’un des films de l’année qui vous donnera le plus la pêche. Les jeunes comédiens sont formidables de drôlerie tout en restant profondément attachants, voire émouvants.

 

Dans la mise en scène comme dans le scénario, l’originalité est au rendez-vous, sans perdre de vue la profondeur des sentiments et des relations humaines (amicales, familiales et amoureuses). On n’est vraiment pas prêt d’oublier cette joyeux bande de rigolos au talent fou. Et puis, quel plaisir pour les plus de 30 ans comme moi, de revivre dans ces conditions ces fameuses années 80 généralement considérées comme ringardes. Merci Mister Carney!

 

Compétition. “Transfiguration” : Une relecture séduisante du vampirisme

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Premier long-métrage de Michael O’Shea, cinéaste originaire du Queens, “Transfiguration” s’efforce de revisiter le mythe du vampire avec une dimension politique et sociale relativement originale.

 

Le protagoniste est un adolescent solitaire de quatorze ans, Milos, qui vit seul avec son grand frère, un vétéran de la guerre au Moyen-Orient (sans trop de précision) qui vit cloitré sur son canapé. Milos se révèle très vite être un vampire, dans le sens où, régulièrement, il ressent le besoin vital de boire du sang.

Ses victimes étant des anonymes choisis au hasard de ses déambulations dans son quartier de Park Arrow, à New York. Un jour, une nouvelle voisine fait son apparition, Sophie, adolescente aussi jolie que paumée. Elle se prend d’amitié pour Milos avant de tomber amoureuse de lui. Peu à peu, Milos va prendre conscience de la dangerosité de sa condition.

 

Réalisé avec un budget modeste, “Transfiguration” est à la fois une histoire d’amour pure et innocente, le portrait d’un monstre à l’affût et une parabole de la société capitaliste américaine où le consumérisme à outrance peut être ressenti comme de la prédation légalisée. Les deux jeunes comédiens, Eric Ruffin et Chloe Levine, sont justes et émouvants. On regrettera l’emploi d’une bande son, comme souvent, bien trop présente et redondante avec les images ainsi que les explications finales parfaitement inutiles, preuve d’un manque de confiance du réalisateur envers l’intelligence des spectateurs que nous sommes.

 

Christa Théret, actrice et membre du jury Révélation : «Ce festival a une jolie renommée»

 

Crédit Dominique Saint
Crédit Dominique Saint

 

Entretien avec la jeune comédienne Christa Théret, 25 ans, membre du jury Révélation du 42e festival du cinéma américaine de Deauville.

 

On vous a vu à Cabourg au mois de juin. Quelle image vous reste du Swann que vous avez remporté pour “La Fille du Patron”?

Un très beau prix et un très beau souvenir. C’était mon premier prix français. J’en avais eu un dans un festival à côté de Naples, il y a trois ans, mais je n’en avais jamais eu en France. J’ai été nommée aux Césars mais je ne l’ai pas obtenu. Cela m’a beaucoup émue.

 

Pour ce film-là en particulier?

Oui, mais je l’ai pris aussi pour un prix pour l’ensemble de ma filmographie jusqu’à présent.

 

Vous enchaînez avec un autre festival normand, cette fois en tant que membre du jury. Qu’est-ce qui vous a fait dire oui?

Le festival de Deauville a une jolie renommée. j’aime beaucoup Deauville et Trouville. Pour les rencontres, pour les films. Je vois beaucoup de films. J’aimerais être réalisatrice. J’écris mon court-métrage. Pour toutes ces raisons et pour la beauté de la Normandie.

 

Vous étiez déjà venue au cinéma américain en tant que spectatrice?

Non, c’est la première fois.

 

Par rapport à Cabourg, l’ambiance est-elle similaire?

C’est un peu plus chic à Deauville, même si Cabourg est très chic, mais c’est plus familial dans l’organisation.

 

 

Crédit Dominique Saint
Crédit Dominique Saint

 

Le cinéma américain en général cela vous évoque quels films ?

Des films qui m’ont marqués : “Dead Man” de Jim Jarmusch, Jackie Brown de Tarantino, les films de Scorsese. Des films plus indépendants aussi, comme “Winter’s Bone“, avec Jennifer Lawrence. Je vais souvent au cinéma. Cela peut être des blockbusters comme “Titanic” ou “Avatar”, des choses comme ça. Dernièrement j’ai vu “Mystery Train” de Jim Jarmusch qui est super.

 

Qu’est ce qui fait la singularité du cinéma américain indépendant par rapport à d’autres cinémas?

Tous les films sont différents, chaque réalisateur a son univers… mais il y a toujours de l’audace, une mise en scène surprenante, des lumières, une sensibilité.

 

Y a-t-il des films que vous avez vus ici dans lesquels vous auriez aimé jouer?

Oui, mais après toutes les actrices sont très bien. J’ai plus tendance à les regarder qu’à me projeter.

 

Le festival a rendu hommage Stanley Tucci, Michael Moore et James Franco, vous vous sentez plus proche de quelle personnalité?

Je ne sais pas vraiment. Ce ne sont pas ceux que je connais le plus, même si je me suis renseignée. Je connais plus James Franco. Stanley Tucci, je l’ai vu dans des films mais je ne connais pas l’homme.

 

Et au regard des choix de films qu’ils ont faits?

Alors je dirais Stanley Tucci. Il y a beaucoup d’autodérision dans ses rôles, James Franco aussi d’ailleurs.

 

Quel film de Stanley Tucci vous vient immédiatement en tête?

Le dernier que j’ai vu, c’est “Hunger Games”, un personnage très excentrique.

 

 

Crédit Dominique Saint
Crédit Dominique Saint

 

Vous êtes dans le jury Révélation, que cherchez vous dans les films à ce titre?

Plutôt de la poésie, s’il me touche et me fait rire et puis aussi la mise en scène. Un film où on sent le point de vue, où cela dit quelque chose.

 

L’émotion vient après?

En général, elle en découle. D’autres peuvent être sensibles à l’intrigue, je suis plus contemplative.

 

Est-ce lié au fait que vous allez réaliser un court-métrage?

Oui, mais très vite, dans ce milieu, on étudie les films, on regarde comment ils sont faits. Aujourd’hui, l’histoire n’est pas le vecteur principal.

Audrey Pulvar, journaliste et présidente du jury Révélation : «La plage de Deauville au petit matin, c’est magique et hors du temps»

 

Crédit Dominique Saint
Crédit Dominique Saint

Entretien avec la célèbre journaliste de télévision, Audrey Pulvar. Elle préside la jury Révélation du 42e festival du cinéma américain de Deauville.

 

Comment avez-vous réagi lorsqu’on vous a proposé d’être présidente du jury Révélation?

Je n’en revenais pas car pour moi c’est un rêve ce qui m’arrive aujourd’hui. Je suis cinéphile comme beaucoup de gens. Mon métier c’est journaliste, je n’ai aucune expérience cinématographique. Mais je suis cinéphile depuis très longtemps. J’ai pu en parler à deux ou trois reprises dans des interviews ou des émissions, avec des comédiens ou réalisateurs que je rencontrais. Je ne m’attendais pas à ça. Quand Bruno Barde m’a appelée, je lui ai dit : “vous êtes sûr? Vous allez recevoir des tomates! e conférence de presse”. Il m’a dit que tout les gens à qui il en avait parlé trouvaient que c’était une très bonne idée.

 

Avez-vous hésité avant de dire oui?

Je n’ai pas hésité parce que j’étais super heureuse. Mais je lui ai demandé si c’était une bonne idée. Il m’a dit qu’il en était convaincu comme beaucoup d’autres au sein de l’organisation du festival, alors pourquoi dire non?

 

Vous qui aimez le cinéma qui ouvre sur des horizons différents, quel est votre regard sur le cinéma américain?

Il nous parle des Etats-Unis, c’est le côté pile de la pièce. Nous ce qu’on voit toujours c’est le côté face, avec la politique américaine, le discours du rêve américain qui nous est vendu en permanence. Mais il y a le côté pile avec la réalité et le quotidien de 300 millions d’Américains, les questions d’inégalités sociales, de pauvreté, de violence qui sont de plus en plus présentes. Le racisme, tous les conservatismes réunis. C’est ce qui fait le succès des séries américaines. On aime beaucoup critiquer les Etats-Unis mais on reste fasciné par ce pays. Il n’y a pas que de choses sombres, il y a parfois des films qui montrent le côté positif du quotidien des Américains, mais ce qui m’intéresse avec ces films indépendants c’est qu’ils nous donnent à voir la réalité et pas le rêve qui nous est vendu par les grosses productions américaines.

 

Quels sont les films américains qui font partie de votre panthéon?

Il y en a beaucoup. Je pense à James Gray avec “The Yards” ou “La Nuit nous appartient”, à Alan Parker avec “Midnight Express”, des films de Woody Allen m’ont ouvert des horizons comme “Manhattan” ou “Annie Hall”. John Casavettes avec “Une femme sous influence”. Des films plus anciens, comme “West Side Story”, le film que j’ai le plus vu dans ma vie. C’est une de mes premières grandes émotions au cinéma. Je l’ai vu enfant et je l’ai revu revu depuis. Je pourrais citer “Beignet de tomates vertes”, “Thelma et Louise”, “Et au milieu coule une rivière”… Il y a une grande variété du cinéma américain. Je pense à “Un été à Osage County” qui est une petite merveille ou “Mud” qui est un des films qui m’a le plus marqué des dernières années.

 

Qu’est-ce qui fait la singularité du cinéma américain indépendant par rapport à d’autres cinéma dans le monde?

Son âpreté. Le cinéma indépendant américain n’est pas le seul à avoir cette qualité là, mais ce qui me plaît dans ces films c’est le fait qu’il ne s’agisse pas d’enjoliver la réalité, mais au contraire de la montrer avec crudité et en même temps avec tendresse. Car il y a toujours une tendresse pour les personnages y compris quand ils sont très négatifs, sinon c’est une vision gratuite de la violence, des bas instincts humains. Je pense aux films de Michel Gondry, comme The We and the I, c’est un film formidable dans ce qu’il dit de la société américaine.

 

Les séries sont pour Philippe Augier le nouveau cinéma américain, êtes-vous d’accord?

Oui et vous remarquerez que de nombreux acteurs de cinéma considèrent que l’avenir du cinéma est à la télévision alors qu’il y a quelques années, c’était la honte d’être dans une série télé ou dans une pub. Quand vous voyez des séries comme “The Night Of”  qui est présentée au festival, avec John Turturro, c’est excellent. Ou une série comme “American Crime”, la saison 2 m’a bouleversée. Cette série dit des choses de la société américaine que j’ai rarement vu au cinéma et jamais dans d’autres séries. L’approche des questions raciales d’homophobie, de conservatisme, de non-dit de la société américaine est évoqué de façon hypersensible dans cette série et pour moi c’est vraiment du cinéma. La cinquième saison de “Breaking Bad” qui a été coupée en deux, il y a des plans de cinéma, surtout dans la dernière partie, il y a un rythme, des silences, des images de cinéma. On n’a plus du tout l’impression d’être dans une série télé.

 

Deauville, en dehors du festival vous évoque quoi?

Sourire. Deauville, c’est un endroit où j’aime beaucoup venir. D’abord parce que comme beaucoup de Parisiens, c’est la plage pas très loin. J’aime beaucoup le logo de Deauville avec le parasol qui fait le “i”. Deauville, c’est ça, les parasols fermés au petit matin quand il n’y a personne sur la plage. Voir cette plage avec les cabines et les grands noms de réalisateurs américains. Deauville ou plutôt Trouville, ce sont les fruits de mer. Ce sont les chevaux. Je ne suis pas fan de casino. Mais de pouvoir me balader très tôt sur la plage et de voir passer des chevaux, c’est magique et hors du temps.

 

Qu’est ce qu’il faut entendre par prix de la révélation?

Je considère que c’est le film qu’on aura préféré parce qu’il nous aura fait bouger sur nos bases. On a vu des films qu’on a vu qui sont très intéressants mais dont je trouve qu’ils sont de facture assez classique. Il y en a d’autres qui de prime abord touchent un moins grand public mais qui ont une audace et une singularité qui sont plus dans l’esprit du prix de la révélation. Il nous reste plusieurs films à voir. Le jury est très partagé. Rien n’est joué. Il y a des films qu’on peut considérer comme grand public qui sont très aimés du jury. On a une petite idée du trio de tête, même si on ne les a pas encore tous vus. Il y a des films qui nous ont vraiment touchés.

 

Entre Stanley Tucci, Michael Moore et James Franco auxquels le festival a rendu hommage, vous vous sentez proche duquel?

Je dirais qu’en tant que journaliste et que cinéphile je me sens plus proche de Michael Moore. je pense que le documentaire, c’est du cinéma. D’ailleurs, quand il a eu sa Palme à Cannes, les jurés ont bien souligné qu’ils avaient récompensé non seulement une oeuvre politique, non seulement un documentaire mais d’abord un film de cinéma. J’ai adoré James Franco dans “Spring Breakers”, un film que j’ai beaucoup aimé et lui dedans en particulier. Et Stanley Tucci, je pense à “Margin Call”, un film excellent.

 

Vous qui avez fait une partie de vos études à Rouen, comment êtes-vous arrivée dans cette ville?

Par hasard. J’ai fait mon collège et mon lycée à Paris. Je suis rentrée en Martinique l’année de ma terminale. C’était assez compliqué d’obtenir une fax parisienne. Mon petit ami habitait à Paris, je voulais être pas loin de Paris. J’avais déposé des dossiers à Rouen Montpellier et Strasbourg. J’avais été acceptée partout mais je préférais être pas trop loin de Paris. J’ai donc passée du temps à Rouen, une ville que j’ai beaucoup aimée. J’y suis retourné il y a quelque temps et j’ai eu du mal à retrouver des lieux.

 

Quel souvenir en gardez-vous?

C’est très froid. A Mont-Saint-Aignan, il y’a le vent qui tourne en haut. C’était un hiver où il avait fait super froid, c’était en 1990. Aujourd’hui quand j’y retourne, je vais plutôt dans le vieux Rouen qui reste très joli.

Diane Rouxel, comédienne, membre du jury Révélation : «C’est l’émotion d’abord»

 

Crédit Dominique Saint
Crédit Dominique Saint

 

Révélée dans “The Smell of Us” de Larry Clark puis “La Tête haute”, d’Emmanuelle Bercot, la jeune comédienne Diane Rouxel est actuellement membre du jury Révélation présidé par Audrey Pulvar, au festival du cinéma américain de Deauville.

 

Vous étiez membre du jury des courts métrages au dernier festival du film romantique de Cabourg, que retenez-vous de cette expérience?

C’était génial, et j’étais contente qu’on me repropose d’être jurée, c’est quelque chose que j’adore.

 

Quelles différences entre les deux festivals?

Les deux sont détendus. On s’entend très bien entre les membres du jury, comme à Cabourg. Les films sont bien. On discute beaucoup entre nous. A cabourg, c’était différent car cela ne durait qu’une journée, on n’a eu que deux heures de projection. Là c’est beaucoup plus intense.

 

Chaque jour, vous vous réunissez pour discuter des films?

On n’a pas encore fait de réunion mais on ne parle que de ça en fait. A la fin de chaque film on demande qui a aimé.

 

Que vous évoque Deauville en dehors du festival?

J’ai beaucoup de copains qui y vont souvent. Je n’y étais jamais allée avant. Ce que cela m’évoque… le Débarquement, peut être? (sourire)

 

Avez-vous le temps de découvrir la région?

Je suis là depuis quatre jours donc pas vraiment, mais je suis allée me promener sur la plage et je me suis baladée dans le centre-ville.

 

Avez-vous trouvé de bonnes adresses?

Pas encore. J’ai bu un café dans le centre, je ne sais plus où, qui était très sympa. Je trouve l’ambiance agréable. Ce soir, on va dîner à Trouville.

 

Avez-vous un lien avec ce festival?

Le film de Larry Clark dans lequel j’ai joué, “The Smell of Us” a été projeté à ce festival il y a deux ans. Je ne pouvais pas y aller. Larry y était.

 

Quand vous jugez un film, que regardez vous en priorité?

En général, c’est plutôt au coup de coeur, le film qui m’a le plus émue, ou le plus fait réagir, celui auquel je pense le plus le lendemain.

 

Là vous devez chercher une révélation?

Oui, c’est vraiment le film qu’on préfère et c’est ce qui est difficile. Ce n’est pas la meilleure mise en scène ou autre chose. On peut trouver le sujet génial, mais la mise en scène est moins bien. Il s’agit de trouver la balance entre tout ça. Si j’ai eu envie de pleurer quinze fois ou si j’ai rigolé autant, c’est d’abord l’émotion.

 

Quels films américains figurent dans votre panthéon?

Les premiers qui me viennent en tête : “Pulp Fiction”, “Lost in Translation” qui est un de mes films préférés. “Kids” ou “Another Day in Paradise” de Larry Clark. C’est grâce à Larry que j’ai commencé à m’intéresser au cinéma indépendant américain. C’est le premier contact que j’ai eu.

 

"The Smell of Us", de Larry Clark.
"The Smell of Us", de Larry Clark.

 

Qu’avez-vous appris de Larry Clark?

Tout, c’est le premier film que j’ai tourné. Il y a pas mal d’improvisation dans sa manière de faire du cinéma, c’est très spontané. Les choses ne sont pas bloquées.

 

Etes vous naturellement à l’aise pour l’improvisation?

Oui, ça va. Cela dépend des acteurs avec qui on joue et de la situation. Cela dépend de plein de facteurs.

 

Ce film vous a-t-il ouvert d’autres portes vers le cinéma américain?

Non… Avec ce film, un réalisateur français m’a proposé de jouer dans The Mouth, un court métrage à New York, en anglais. Je joue une beat boxeuse française qui arrive à New York. On peut le trouver sur Internet.

 

Stanley Tucci, Michael Moore, James Franco, duquel vous sentez-vous la plus proche?

Celui que je connais le plus c’est James Franco car il est plus de ma génération. J’ai vu plein de films dans lesquels il a joué. “In Dubious Battle” est le premier film qu’il a réalisé que je voyais. J’aime beaucoup Steinbeck. Cela m’intriguait. Je trouve qu’il a bien réussi à retranscrire l’ambiance des livres de Steinbeck.

 

 

Crédit Dominique Saint
Crédit Dominique Saint

 

Entre voir un film américain et un film français, vous choisiriez quoi?

C’et difficile. Il n’y a pas beaucoup de films indépendants américains qui sortent à Paris. Du coup, je vois plus de films français. Je vais aussi voir des gros blockbusters américains qui me font marrer. Ca ne me déplairait pas de jouer dans un.

 

Quels sont vos projets de films?

J’ai tourné Moka sorti il y a deux semaines. J’ai tourné “Les Garçons sauvages” de Bertrand Mandico qui va sortir au cours de l’année. C’est une bande de jeunes garçons qui commettent un crime abominable en groupe et sont pris en main par un capitaine de bateau censé les remettre sur le droit chemin.

 

Vous jouez quel rôle?

Je joue un garçon. Cela demande un petit peu de préparation. C’est dans l’attitude, avec le corps surtout. Je joue un garçon nonchalant.

 

Déjà dans “La Tête Haute” vous jouiez un garçon manqué…

Là, ce n’est pas le même style (sourire).

 

Vos prochains films?

J’en ai plusieurs, sans doute au printemps prochain. Un de Hélène Fillières, avec Lambert Wilson où je tiendrai le premier rôle. Ensuite, un film de Margot Bonhomme, premier film. Elle a longtemps été chef opérateur. J’ai un premier rôle. Enfin, un film avec Sylvain Labrosse qui a fait pas mal de courts-métrages qui sont très bien et ce sera son premier long.

Compétition. “Mean Dreams” : Derrière le thriller, une fable universelle

mean dreams 1

Autre bonne surprise de cette sélection 2016 du festival de Deauville, “Mean Dreams”, également remarqué au festival du film policier de Beaune, possède de nombreux atouts pour séduire le spectateur. L’histoire évoque des grands classiques du cinéma américain, de “La nuit du chasseur” de Charles Laughton, à “Badlands” de Terrence Malick.

 

Le réalisateur, Nathan Morlando, venu à Deauville avec sa compagne, la productrice Allison Black, a apporté toute sa créativité visuelle (la photographie est sublime) au service de cette fable universelle sur le passage de l’enfance à l’âge adulte, le tout sous le prisme du thriller. Soutenu par deux jeunes comédiens formidables de naturel et de justesse (Josh Wiggins, au charisme digne d’un jeune Leonardo Di Caprio et Sophie Nélisse), le film dégage une énergie, une tension et un souffle stupéfiants.

 

Mean Dreams 2
Le réalisateur Nathan Morlando et sa compagne et productrice Allison Black

 

Certes la musique est sans doute trop présente et a tendance à surligner certaines scènes (notamment celle de la tentative de noyade) qui auraient gagné en force sans cela, et Bill Paxton en grand méchant loup en fait parfois un peu beaucoup, reste que dans l’ensemble le résultat est parfaitement séduisant. Espérons qu’un prix au festival lui permette d’obtenir une sortie en salles.

 

 

Mean Dreams, de Nathan Morlando.
Mean Dreams, de Nathan Morlando.

 

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19562781&cfilm=242789.html

Première. “Comancheria” : western moderne sous influences

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Des hors la loi au grand cœur, une sorte de shérif bougon à leurs trousses, de grands espaces naturels qui ont appartenu aux Comanches pour décor, tout semble réuni pour composer le parfait western. C’est en quelque sorte le cas avec “Comancheria” que son réalisateur, le Britannique David Mackenzie (”Des poings contre les murs”) a présenté en avant première dimanche au CID.

L’accueil du public a été enthousiaste. Il faut dire que l’ensemble est fort bien réalisé, avec un scénario qui a l’inverse d’un “Collide” également présenté en avant première à Deauville, donne la part belle à ses personnages et non pas aux scènes d’action.
On sent les nombreuses références et influences cinéphiles, de “Sugarland Express” à “Seuls sont les indomptés” en passant par les westerns crépusculaires de Sam Peckinpah avec ce thème de la nostalgie du far ouest d’antan.
Seuls bémols : les interprétations excentriques de Jeff Bridges (on a l’impression qu’il parle avec des patates dans la bouche) et de Ben Foster. On préférera celle bien plus sobre et nuancée de Chris Pine, la star des récents “Star Trek”.

Compétition. “Goat” : Un regard sans concession sur une réalité qui dérange

 

Le réalisateur de "Goat", Andrew Neel.
Le réalisateur de "Goat", Andrew Neel.

 

Cinquième film présenté en compétition, “Goat” d’Andrew Neel est un film choc, moins par la forme de sa mise en scène que par l’histoire dérangeante à souhait qu’il raconte. L’intrigue tourne autour de Brad, un adolescent victime d’une violente agression, gratuite et traumatisante, après une soirée entre amis. Lorsqu’il rentre à l’université, il décide de rejoindre la confrérie à laquelle appartient son grand frère dont il est très proche. Seulement, avant d’être accepté, il doit subir avec d’autres une série d’épreuves particulièrement humiliantes, voire dangereuses.

 

Le thème du bizutage n’est pas neuf au cinéma, mais rarement le spectateur a-t-il l’occasion de ressentir aussi fortement le malaise qu’il suscite. Plusieurs spectateurs sont sortis de la salle (le film était présenté le matin). Montrer pour dénoncer. Les scénaristes (dont David Gordon Green, le réalisateur de “Joe” présenté en 2014 à Deauville) et le réalisateur ont l’intelligence de ne pas nous assommer d’un discours moralisateur. Ils plongent le spectateur au coeur des faits, générant naturellement en nous dégoût et rejet. L’efficacité est optimale, d’autant plus que l’intrigue est basée sur des faits réels racontés dans une autobiographie. Si le film ne restera pas dans les annales pour ses qualités cinématographiques, il présente un intérêt documentaire et politique indiscutable.