Jamie M. Dagg et Christopher Abbot, de “Sweet Virginia” : « Une étude de personnages »

Entretien avec Jamie M. Dagg et Christopher Abbott, respectivement réalisateur et acteur de “Sweet Virginia”, présenté en compétition au 43e festival du cinéma américain de Deauville. Un film noir dans la lignée des classiques des années 40, avec un faux-air des frères Coen.

 

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Comment avez-vous appréhender votre rôle de sociopathe?

Christopher Abbott : J’ai eu la chance d’être choisi pour le rôle assez tôt, quelques mois avant le tournage. Avec Jamie, nous avons discuté du rôle. On voulait éviter le maximum de clichés. Il y a beaucoup de pièges à éviter, comme jouer un homme qui est fou sans raison, etc. L’idée motrice c’était voilà un homme qui éprouve du dégoût pour les gens, à l’exception du personnage de Sam interprété par Jon Bernthal.

 

Quelles ont été vos influences/références pour l’ambiance du film?

Jamie M. Dagg : Une grande influence ont été les films des studios américains des années 70, en particulier ceux réalisés par Alan J. Pakula : “Les hommes du président”, “A cause d’un assassinat”, “Klute”, surtout. Et puis, notamment, le travail du chef opérateur de tous ces films, mais aussi du “Parrain”, Gordon Willis. Son utilisation de la lumière et es effets d’ombre m’ont toujours inspirés. En préproduction, j’essaie de ne pas regarder de films pour ne pas être influencés. Je suis évidemment influencé mais je voulais que cela reste inconscient plutôt que de regarder un film et dire ah ça c’est un super plan, je pourrais le refaire, etc.

 

Quel regard portez-vous sur le cinéma américain aujourd’hui?

Jamie M. Dagg : Il y a des grands films qui sont réalisés. Je ne suis pas réalisé par des films où les personnages portent des collants et des capes. Cela détruit le cinéma ou tout au moins celui que l’on voit en salles aux Etats-Unis. Entre les univers Marvel et DC, cela occupe tellement d’écrans. Je suis en train de me griller là, on ne me proposera jamais de réaliser aucun de ces films (rire).

La révolution numérique a un impact. Quand j’ai démarré il y a dix quinze ans, on tournait avec du 35 mm ou du 16 mm. C’était plus compliqué que de filmer avec son Iphone, comme cela a été fait pour “Tangerine”. C’est intéressant mais aussi effrayant.

Une plateforme comme Netflix investit énormément d’argent. Je pense au film de Scorsese sur la vie de Jimmy Hoffa, le budget était de 100 millions de dollars! Ils ont tellement d’argent, même les studios ne sont pas capables de rivaliser.

Il y a quelque chose de revigorant de voir un film dans une salle de cinéma, notamment celle du CID, c’est une expérience collective. Quand je suis entré dans la salle, j’ai été époustouflé.

Je ne pense pas que tous les films ont besoin d’être vus sur un grand écran, mais pour beaucoup d’entre eux, cela donne lieu à une expérience collective très intéressante.

 

Pourquoi avoir choisi cette histoire, ce thème?

Jamie M. Dagg : J’ai grandi dans une petite ville et j’ai toujours été fasciné par les personnes qui n’échappent pas à leur passé. Au départ, l’histoire devait se dérouler en Virginie dans les années 70 mais je ne voulais pas faire un film noir sudiste et gothique… J’ai donc changé pour un film contemporain et je l’ai basé en Alaska avec sa beauté âpre sans pareil en Amérique du Nord. J’ai passé pas mal de temps là-haut quand je vivais à Whitehorse, au Canada. Beaucoup de gens atterrissent dans cette région pour échapper à quelque chose. C’est l’endroit le plus éloigné où l’on puisse aller aux Etats-Unis. Cela m’a toujours fasciné. Et cela me semblait un cadre approprié pour le personnage de Sam qui a perdu sa femme, sa fille, qui a été blessé mais aussi pour Elwood.

 

Quel serait le message de votre film?

Jamie M. Dagg : Je ne considère pas qu’il porte un message. C’est plutôt une étude de personnages. Les gens peuvent avoir plusieurs interprétations, mais au-delà de l’idée de personnes qui tentent d’échapper à leur passé, ou de la rédemption, il n’y a pas de message précis. Je ne suis pas intéressé par le fait de faire des films avec un côté moralisateur ou didactique.

Nous avons changé la fin. Au départ, il y avait un cliché, les deux pointant leurs armes l’un vers l’autre. Et puis, il s’est posé la question de savoir qui tire le premier. Avec les deux acteurs, Chris et Jon nous en avons longuement parlé. Nous avons réécrit la fin jusqu’au denier moment, le matin du tournage de la scène. Au final, nous avons opté pour la solution que Sam décide de le tuer de sang froid. Il me semblait important que Sam prenne ses responsabilités plutôt qu’il agisse en légitime défense. Dans son esprit, il ne voulait pas qu’Elwood parte par crainte qu’il mette en danger d’autres personnes. Au final, il est clair que ce n’est pas de la légitime défense, il le tue. J’aime les personnages moralement ambigus.

 

Parlez-nous du choix du plan séquence dans la scène de la cabine téléphonique.

Jamie M. Dagg : Le scénario était à l’origine très violent, parfois même gratuitement. On ressent l’horreur de la violence mais je ne voulais pas la montrer au plus près. Montrer un visage se faire exploser par une balle, cela ne m’intéresse pas. Le plan séquence me semblait être le plus adapté pour ces scène. il y a eu des contraintes, nous avons dû découper un morceau de la voiture. Au départ, la scène de bagarre était assez longue, mais cela ne correspondait pas au ton du film que j’essayais de faire. Il me semblait qu’il valait mieux avoir un seul point de vue, de façon un peu caché, mais qui permette malgré tout de ressentir la violence plutôt que de la montrer.



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