Claire Vaye Watkins lauréate du prix littéraire Lucien-Barrière

Le jury du prix littéraire Lucien-Barrière, prix créé en même temps que le festival du cinéma américain de Deauville, a choisi de récompenser, mercredi 6 septembre, une auteure californienne de 33 ans, Claire Vaye Watkins, pour son roman “Les Sables de l’Amaragosa” (éd. Albin-Michel).

 

claire baye watkins

 

Lionel Chouchan, président du Public System a d’abord rendu hommage à Gonzague Saint-Bris, décédé le 8 août dernier. L’auteur habitué du festival de Deauville était membre du jury du prix littéraire Lucien-Barrière. Le président a tenu à reprendre une citation de Jean-Claude Lamy dans son ouvrage sur Jean Edern Allier : « Gonzague Saint-Bris, c’était Freud à minuit, Proust le jour retrouvé, Alfred de Musset toute l’année, le tout revu par Barnum pour les cirques spectaculaires de notre fin de siècle.»

 

Puis Eric Neuhoff, critique de cinéma et écrivain, membre du jury littéraire, a parlé de l’ouvrage récompensé en ces termes : « On y voit que la Californie ne ressemble décidément pas à la Normandie. Même dans un futur proche… Il ne pleut jamais. La sécheresse écrase le paysage, il n’y a plus une goutte d’eau, les piscines sont vides. Une ex-mannequin et un ancien soldat essaient de survivre. Ils partent dans le désert en compagnie d’une petite fille de 2 ans au vocabulaire approximatif. Leur odyssée croisera le chemin d’une secte dirigée par un gourou à l’image de Charles Manson, frissons garantis.»’


Il poursuit : « Claire Vaye Watkins, entre “Mad Max” sans Tina Turner et “la Route” en mieux, décrit l’apocalypse qui nous guette. C’est son premier roman, c’est une surprise. En français, on appelle ça une révélation. Chaque page se confond avec un uppercut. Le cinéma a déjà acheté les droits. En attendant, l’auteure a l’avenir devant elle. Qu’elle se rassure, ce soir au dîner, personne ne mourra de soif. Deauville est un bien bel endroit pour attendre la fin du monde.»

 

L’auteure a enfin pris la parole pour dénoncer les mensonges de l’Amérique. « Wallace Stegner a dit que l’Ouest américain était défini par le mouvement. L’Amérique est une nation construite sur les ossements des colonisés et des esclaves. Les fantômes de l’histoire nous entourent aujourd’hui. Et nombreux sont ceux qui s’efforcent de les ignorer. D’où je viens, dans l’Ouest américain, c’est le pinacle de la destinée américaine, un euphémisme pour ce qui fut une conquête sanglante. Rien de plus qu’une image de propagande. Son paysage fut utilisé pour nourrir le mensonge d’une exception américaine Peut-être est-ce pour cette raison que les Américains de l’ouest aiment prendre la route. Nous n’aimons pas rester trop longtemps au même endroit ni regarder trop loin en arrière, sinon nous finirons par y trouver de la honte.»


Claire Vaye Watkins a ensuite affirmé qu’à travers son roman, elle a voulu embarquer le lecteur dans un road trip sans mentir sur l’histoire de l’Amérique. «Je voulais apporter de l’espoir pour cette planète, les espaces sauvages que j’aime. Mais je ne suis pas sûre d’y être arrivée. Peut-être que l’espoir a changé, peut-être que l’honnêteté l’a remplacé.»

 

Pratique

“Les Sables de l’Amaragosa” , éd. Albin-Michel. Prix : 24 euros.



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