Benjamin Biolay, membre du jury à Deauville : « Ici, ce n’est pas du travail »

Le chanteur, compositeur, acteur était membre du jury compétition du 43e festival du cinéma américain de Deauville.

 

biolay

 

Quels sont vos liens avec Deauville, le pays d’Auge et la Normandie plus globalement?

En Basse-Normandie, j’y vais souvent et j’ai des gens de ma famille qui ont une maison. Quand j’étais jeune, j’allais beaucoup à Granville.

 

Où se trouve la maison?

Pas loin de Dreux.

 

Et Deauville?

Je connais bien. J’y ai joué souvent. Deauville, Trouville, Beuzeville, Canapville, je connais pas mal. J’avais des amis qui me prêtait une maison à Honfleur aussi, j’adorais!

 

Auriez-vous une adresse à recommander?

Il y a un restaurant ici qui est très bon : Le Comptoir et la table (Quai de la Marine, à Deauville, NDLR).

 

Quel regard portez-vous sur ce festival? Le voyez-vous comme des vacances? du travail? Prenez-vous le temps de composer ou d’écrire ici?

Non, je n’arrive pas à prendre le temps de composer ni d’écrire car il y a des dîners et d’autres choses comme ça. Il faut du temps pour écrire. Autrement, non ici, ce n’est pas du travail. Le travail, c’est plus dur que ça.

 

Donc, là vous soufflez?

Oui, quand même.

 

Vous voyez pas mal de films. En voyez-vous plus que la compétition?

Cela dépend des jours, deux parfois plus.

 

Êtes-vous habitué à voir beaucoup de films tout au long de l’année?

Pas au cinéma, du coup je suis content de voir autant de films en salles. Par contre, je mange beaucoup de films à la maison.

 

Vous êtes donc cinéphile?

Oui, mais tous genres. C’est ce que je n’arrête pas de dire ici. Je ne suis pas du tout sectaire dans le cinéma. Il y a des choses que j’adore et je sais que ce sont des navets et d’autres des chefs-d’oeuvre.

 

Votre film de chevet?

C’est compliqué à dire. Je ne saurais pas dire. J’en ai vu tellement avec ceux d’ici. Il y en a que j’ai beaucoup aimé mais je n’ai pas le droit de dire lesquels.

 

Quel est votre premier souvenir de cinéma?

En salle, “Star Wars”. Je suis né en 1973, le premier film américain qui faisait du bruit et que j’ai vu en salle, c’était ça. On était avec tous les cousins. J’ai une très grande famille, avec treize frères et soeurs et toute une ribambelle de cousins germains… Après, il y avait les figurines un vrai délire.

Même E.T., je n’étais pas bien vieux quand je l’ai vu, mais je suis resté scotché dès la première scène.

 

Etes-vous toujours fan au point d’attendre avec impatience le prochain volet de la saga?

Par principe oui, mais dire que je suis resté fan non. Je continue à regarder. L’été dernier avec des amis et les enfants, on a regardé l’intégrale de “Star Wars” dans l’ordre narratif, c’était pas mal.

 

Avez-vous été séduit par des musiques de films qui ont été présentés au festival cette année?

Non, c’est plutôt bon signe. Il n’y a pas une musique qui m’a cassé la tête ou que j’ai trouvée trop prenante. Ca veut dire que les films sont très intéressants. Je vais vous faire une confidence, il n’y a aucune musique dans cette cuvée. Il y a une chanson merveilleuse dans A Ghost Story, une grande chanson écrite pour le film, mais sinon il n’y a pas beaucoup de musiques. Quelques synchros, quelques chansons qui passent… Ce n’est pas un cinéma très musical.

 

Le cinéma américain indépendant que vous aimez, c’est quoi?

Todd Solondz, j’adore Cassavettes. Woody Allen aussi, mais est-il représentatif du cinéma indépendant? Il y a des grands chocs dans le cinéma américain indépendant. Je pense à “Easy Rider”, j’adore!

 

Vous êtes aussi acteur. Qu’est-ce que cela vous apporte au quotidien et êtes-vous en mesure de choisir vos rôles aujourd’hui?

Je choisis mes rôles moi-même et je vais assez vite. Je ne vais pas me chercher une raison de faire un film ou de ne pas le faire. J’ai un agent qui ne trie pas beaucoup pour moi car il sait que ça me gonfle et elle sait que je peux lire. Après, elle peut me dire : je pense que tu as tort, mais si j’ai envie de le faire, voilà!

Après ce n’est pas quotidien comme activité. Cela me permet de m’éloigner de moi et finalement de me retrouver. Alors que mon métier d’auteur compositeur est totalement autocentré, de temps en temps je me perds. C’est le grand paradoxe.

Quand je suis dans mes méandres et que je me dis : est-ce que je suis un gros nul, est-ce que je suis un génie? C’est très manichéen. J’ai fait une bombe ou j’ai fait une merde. Personne ne se dit j’ai fait une chanson “pas mal”. On se dit j’ai fait une bombe et après le temps fait son jugement et cela peut se révéler être une merde. Vous vous voyez écouter un album que vous trouvez moyen, vous?

 

Non, ce serait de la musique d’ascenseur…

Voilà!

 

Avez-vous un prochain film en vue?

J’ai deux films qui vont sortir, mais pour l’instant je n’ai pas de tournage sûr en vue. J’ai dû refuser de tourner des films car j’ai fait une bonne année et demie de tournée. Ca n’a pas été sans déplaisir. C’est dur. Il y a des moments où on a aucune tournée, personne ne vous propose des trucs corrects et évidemment quand on a 150 dates… Il y a une logique à ça. Quand on a 150 dates, c’est qu’on a sorti un album qui a marché, qu’on vous a vu à la télé, qu’on a parlé de vous dans les journaux, qu’on a lu votre pensée. Mais oui, c’est un peu rageant.

 

Pouvez-vous nous parler des deux films qui sortent?

C’est “Numéro Une” de Tonie Marshall avec Emmanuelle Devos, Richard Berry, Suzanne Clément, Anne Azoulay… C’est un film sur les difficultés pour une femme à devenir la numéro un dans le milieu du CAC 40. L’autre c’est “La Douleur” d’Emmanuel Finkiel, d’après Duras et cela se passe à la fin de la Seconde Guerre mondiale, un film très dur, avec Mélanie Thierry et BenoÎt Magimel.

 

Marguerite Duras qui est une figure de Trouville. Etes-vous fan?

Oui quand même. J’aime toute son oeuvre à une exception près : l’affaire du petit Grégory et ce texte “Sublime, forcément sublime Christine V.” qui incriminait Christine Villemin. Là, elle m’avait choqué.

Sinon, je suis un fanatique de Duras que j’ai mieux découvert avant de tourner le film. Je ne comptais lire que “La Douleur” pour le film, cela m’a plu et dans la foulée j’ai lu beaucoup de ses livres alors que j’en avais lu très peu jusque-là.

 

Et Duras la cinéaste?

Un peu moins. Je ne trouve pas ça rébarbatif, mais je suis un peu moins touché. J’aime son style tellement cru. Pour un auteur de chansons, c’est assez cool. Elle a une super musique, Marguerite Duras!

 

Etes-vous un spectateur patient avec les films?

Je peux me barrer quand je vais au cinéma. Mais je vais attendre l’heure de jeu. C’est comme en sport, à l’heure de jeu on voit comment va se passer le match.

 

Avez-vous eu envie de sortir de la salle cette année à Deauville?

Très peu. je ne sais pas si je l’aurais fait en vrai. Les seuls moments où j’ai eu envie de me barrer, c’est parce que je savais que je n’avais pas le droit. C’est mon côté rebelle à deux francs (sourire).

 

La tournée et les concerts reprennent en novembre.

Non quelques concerts, c’est le bouquet final. Je suis très content de l’accueil. Je n’avais pas sorti de disque depuis longtemps et j’en ai sorti deux en un an. Cela a été éprouvant mais j’ai pu faire partager ma passion pour l’Amérique latine, Buenos Aires, faire venir des musiciens… Plein de ponts se sont faits entre les musiciens français. Je suis très content. En plus, je suis passé sur Radio Latina, je n’en revenais pas!

 

Cette relation avec l’Amérique latine, allez-vous la prolonger?

Je vis un peu là-bas, je vais continuer à enregistrer des choses. J’ai des super musiciens. Mais je ne vais pas en parler ad vitam aeternam. Après, c’est aussi en moi. Si je me laissais aller, je ne ferais que ça. La musique latine est suffisamment vaste pour faire plein de choses différentes.



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