Audrey Bastien, actrice : “Cabourg, c’était tout doux”

Audrey Bastien, 25 ans, actrice révélée dans “Simon Werner a disparu”, de Fabrice Gobert (créateur de la série “Les Revenants”) était présente au 31e Festival du film romantique de Cabourg pour présenter “L’Âme du tigre”, de François Yang.

(crédit Dominique Saint)
Audey Bastien photographiée à Cabourg, samedi 17 juin. (Crédit Dominique Saint)

Vous étiez déjà venue 2011 au festival de Cabourg pour présenter “J’aime regarder les filles” avec Pierre Niney. Avec “L’Âme du tigre”, présenté en section Panorama, c’était votre deuxième visite. Que retenez-vous de votre séjour ?
Avec Fréd (Frédéric Siuen, l’acteur principal de « L’Âme du tigre », NDLR) on s’est chamaillés tout le long (rire). Je n’ai pas vu de films… Je dirais bonne nourriture, vacances et soleil !

Comment avez-vous été approchée pour jouer Eloane dans « L’Âme du tigre » ?
Fréd était pris depuis des années. J’ai passé deux essais dont un avec Christel Baras, la directrice de casting. Elle m’avait vue dans “À la source” (2014), un court-métrage de Steve Achiepo dans lequel je joue une fille partie faire ses études à Paris et qui revient dans sa banlieue. C’est Christel qui est venue me chercher et c’est grâce à elle que j’ai eu le rôle.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le personnage d’Eloane?
C’est une femme casse-cou. Face au personnage joué par Fréd, on s’était dit qu’il fallait une fille qui lui tienne tête, pas une midinette. Mon personnage est censé être musicienne, même si on ne le voit pas à l’écran.

Ce film vous a-t-il donné envie de tourner en Chine ?
Oui ! J’aimerais beaucoup. Les gens qui vont voir le film pensent qu’on a tourné là-bas.

C’est bien aussi d’avoir tourné dans le 13e à Paris, un quartier qu’on ne voit pas souvent au cinéma…
Oui, c’est vrai. En fait, moi, j’ai tourné en Suisse mais c’était pas mal aussi !

Audrey Bastien avec Frédéric Siuen, sur le tapis rouge de Cabourg.
Audrey Bastien avec Frédéric Siuen, sur le tapis rouge de Cabourg.

Vous avez déclaré lors de la projection du film à Cabourg que vous étiez Vosgienne, c’est vrai ?
Non c’était pour rigoler. Mon père est Vosgien et je venais de tourner un film dans les Vosges. Je suis née à Courcouronnes (91) mais j’ai déménagé à peu près tous les trois ans dans ma vie.

Vous avez vécu aux États-Unis, je crois ?
Oui à Washington DC de 9 à 11 ans.

Vous êtes donc parfaitement bilingue…
Je peux faire genre (sourire).

Vous avez joué en anglais récemment dans le film “For This is My Body” de Paule Muret…
Oui. la réalisatrice voulait que j’appuie sur l’accent français.

Vous parlez habituellement avec un accent américain, j’imagine ?
Oui.

En quoi ce film est-il votre préféré parmi tous ceux que vous avez tournés jusqu’à présent ?
Quand j’ai lu le scénario, j’ai eu l’impression de lire un roman. C’est une histoire de rencontre entre Paula mon personnage et celui de Carl (Barât). C’est sans doute la rencontre humaine la plus forte de ma vie. Ce film parle tellement bien de la solitude. Cela m’a fait penser à mon film préféré quand j’étais plus jeune : « Lost in Translation », de Sofia Coppola. Mon personnage est tellement perdu dans ce film !

Vous avez obtenu une licence d’anglais après votre bac ES. Comment êtes-vous devenue comédienne ?
Grâce à Internet. Si j’avais des bonnes notes, je pouvais avoir des billets de train pour passer des castings. À l’époque, je vivais dans la campagne près de Bordeaux. À l’époque je regardais plein de films et ça m’a donné envie.

Y a-t-il un personnage de cinéma que vous auriez aimé incarner à l’époque ?
Incarner je ne sais pas. Mais, j’aime beaucoup “Chloé” avec Marion Cotillard. C’est tellement beau même si c’est un film hyper sombre sur la prostitution. Marion, je la trouve tellement belle et bonne actrice. Elle m’a donné envie de vivre des choses aussi fortes qu’elle.

C’est rigolo, car Marion Cotillard était présidente du jury à Cabourg cette année. D’ailleurs, le président du jury courts-métrages était Gabriel Le Bomin avec qui vous venez de tourner « Nos patriotes » (en salles depuis le 14 juin, NDLR)…
Je joue un petit rôle. Mon grand-père était maquisard. Et encore fort, celle qui joue ma grand-mère dans le film a été prof de SVT (sciences de la vie et de la terre) de mon père ! Ma scène préférée du film c’est quand elle tient la main de Mamadou Addi Bâ, le personnage principal. De mon côté, je joue une jeune fille qui va cacher Mamadou Addi Bâ dans le grenier.

Que fait votre père dans la vie ?
Aujourd’hui il est à la retraite, mais il était dans l’armée de l’air. Ma mère était mère au foyer.

Avez-vous un frère ou une sœur ?
Non.

En dehors de Marion Cotillard, y a-t-il des acteurs ou des actrices que vous admirez le plus ?

Béatrice Dalle. Je l’ai vue dans “37°2 le matin”. Je l’avais enregistré en douce. Elle était sublime dans ce film ! Je dirais Florence Loiret-Caille aussi.

À part “Lost in Translation”, quels films aimez-vous particulièrement ?
Je dirais “Dancer in the Dark” (de Lars Von Trer, 2000). Je suis folle de Björk, je l’ai vue en concert il y a un an.

J’ai grandi en voyant plein de films. Je pense à ce film (”Maman à 16 ans“, de Didier Bivel) avec Florence Loiret-Caille. Elle jouait une fille enceinte de 16 ans. Je le regardais en boucle quand je devais avoir 12 ans. Ça me donnait envie d’avoir un bébé et d’être une adulte. C’était ce genre de films plus pour les adultes, de type cinéma d’auteur, qui passaient tard à la télé et je les enregistrais.

Votre premier film important c’est “Simon Werner a disparu” (2010) de Fabrice Gobert. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre interprétation de ce personnage machiavélique ?
À l’époque, j’étais deja très dure avec moi-même.  Aujourd’hui, si je devais revoir “Simon Werner”, j’imagine que je serais plus  bienveillante. Je n’avais que 17 ans. C’est un rôle riche, mais tellement court.

Vous étiez allée à Cannes pour présenter le film. Quel souvenir ?
C’était ma première fois à Cannes. Surtout, ça a été magique de voir le film dans la grande salle du Palais. Il y a eu de beaux applaudissements à la fin.

J’imagine qu’en comparaison Cabourg était moins formel ?
Cabourg, c’était tout doux…

Dans le film “J’aime regarder les filles” de Frédéric Louf, vous incarnez un personnage plus romantique, amoureuse de littérature. Êtes-vous plus à l’aise pour jouer ce genre de personnage ?
Je préfère quand je joue des méchantes, mais bon, je suis aussi très romantique en vrai…

Lorsque vous jouez un personnage, quelle est votre méthode pour exprimer des émotions à l’écran ?

J’apprends. je n’ai pas pris de cours, je n’ai pas de méthode. Je vois bien ces comédiens qui mécaniquement arrivent à pleurer au bout de vingt secondes. Je ne juge pas. Je n’ai pas de truc.

Audrey Bastien et Solène Rigot à Cabourg. (crédit Dominique Saint)
Audrey Bastien et Solène Rigot à Cabourg. (Crédit Dominique Saint)

Dans “Puppy Love” (2014) de Delphine Lehéricey, vous retrouvez Solène Rigot comme partenaire. Elle m’a confié que vous étiez complémentaires. Que pensez-vous d’elle en tant qu’actrice ?
Ce qu’elle est vraiment et ce qu’elle dégage ne sont pas du tout la même chose. C’est pourquoi c’est déroutant lorsqu’elle est à l’écran. On n’est pas des midinettes et c’est pour ça, je crois qu’on s’entend si bien depuis tant d’années et qu’on a joué ensemble, que ce soient des cousines, des sœurs, des amies/amoureuses !

Dans ce film il est question de sexualité adolescente. Quel rapport entretenez-vous avec votre corps à l’écran ?
Je ne suis pas pudique et je me fiche des regards sur le plateau au moment où le réalisateur dit « Action ! ». Et à l’écran, ça ne me fait rien de me voir nue. Je ne me reconnais pas, je vois juste quelqu’un.

En dehors de “For this is my body”, votre prestation dans “Puppy Love” est l’une des plus remarquables de votre jeune carrière…
Oui, ce rôle m’a permis de faire des choses par la suite, des réalisateurs m’ont fait confiance. Malheureusement, le film n’est pas sorti en salles en France. Il a surtout été vu en Belgique. Mais j’ai vu qu’il était programmé sur Netflix aux États-Unis, et ça, c’est cool !

Dans “2 Automnes, 3 Hivers”, de Sébastien Betbeder, vous jouez face à Vincent Macaigne, le partenaire de Solène Rigot dans « Tonnerre »…
J’adore Vincent ! C’est quelqu’un de très intéressant ; J’aimerais trop le voir dans une belle histoire d’amour passionnelle sans qu’on se moque de son personnage ni de son physique. En plus, je le trouve trop beau. Beaucoup de gens le trouvent émouvant mais moi, je le trouve vraiment canon !

AImeriez-vous jouer dans cette histoire d’amour passionnelle ?
Bien sûr ! Je suis peut-être un peu trop jeune…

Comment avez-vous été approchée pour jouer dans ce film ?
Le réalisateur m’avait vue dans « Simon Werner a disparu » et il m’a envoyé le long monologue face caméra. Je me suis mis la pression, c’était le texte le plus long de ma vie ! J’étais angoissée. Mais quand je l’ai rencontré, j’ai compris qu’il m’avait déjà choisie pour le rôle. C’était bon !

Êtes-vous plus à l’aise pour jouer des personnages avec peu de textes et laisser votre corps et votre visage exprimer les émotions plus que des mots ?
Je ne sais pas. Les mots, c’est beau. Grâce aux mots des autres, j’ai l’air moins bégayante, je suis plus à l’aise. Après, il n’y a pas très longtemps, j’ai joué un avatar, un rôle presque muet. J’ai adoré !

Êtes-vous sollicitée pour jouer dans des films américains ?
Oui j’ai eu des occasions, mais cela n’a pas marché. Je me mettais trop de pression. Comme si je me sabotais.

Quel est le film romantique par excellence selon vous ?
Je ne sais pas… J’en ai vu dernièrement qui est trop cool : « Love Steaks » (de Jakob Lass), un film romantique allemand. L’acteur (Franz Gorowski) est incroyable ! D’ailleurs, il joue dans le prochain Haneke (”Happy End” sortira en salles le 4 octobre, NDLR).

Et dans votre filmographie ?
“For this is my body” !

Quels sont vos projets ?
J’ai tourné dans “Deux Mondes”, une série en réalité virtuelle produite par Canal + et le Studio Bagel Productions qui travaille habituellement pour Youtube. J’ai joué un avatar, avec Come Levin, l’acteur que l’on voit dans le film “Amsterdam” (de Stefan Miljevic, 2013). En plus, le réalisateur Louis Farge est un ami depuis huit ans. C’était la première fois que je tournais pour un ami.

Avez-vous envie de passer derrière la caméra ?
Oui ça me parle beaucoup depuis des années. J’ai déjà essayé de filmer mais je tremble. Il suffirait de bien s’entourer. J’écris des choses, mais j’ai besoin de quelqu’un qui puisse écrire avec moi, qui mettrais en forme ce que j’ai dans la tête…



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