Panorama. « L’Âme du tigre », énigme familiale au sein de la diaspora chinoise de Paris

Présenté dans la catégorie Panorama du festival du film romantique de Cabourg, « L’Âme du tigre » de François Yang ne manque pas d’intérêt.

Xin Wang, Edouard Yang, Frédéric Siuen et Audrey Bastien.
Xin Wang, Edouard Yang, Frédéric Siuen et Audrey Bastien.

Il s’agit du premier long-métrage de fiction de ce réalisateur suisse d’origine chinoise qui a fait ses armes dans le documentaire. L’intrigue est très personnelle dit-il. « Je suis né en Suisse, je vis à Paris et j’ai découvert ma culture chinoise en réalisant des documentaires, j’ai appris ma langue d’origine sur le tard… » Le film qui mêle un casting français (dont la trop rare Audrey Bastien) et chinois raconte l’histoire d’un Parisien d’origine chinoise (Alex). À la suite du décès teinté de mystère de son frère Jun commence à fouiller dans le passé familial. Un passé particulièrement douloureux et même tabou en Chine : la Révolution chinoise. Les festivaliers se souviendront sans doute du magnifique film de Dai Sijie, « Balzac ou la tailleuse chinoise », présenté à Cabourg en 2002 et qui traitait également de cette période de l’histoire chinoise.

« Les deux comédiens qui jouent le père et l’oncle ont réellement vécu cette période et pendant le tournage je leur ai demandé de se rappeler de ces moments difficiles. À l’écran, c’est leur propre douleur que l’on perçoit. Leurs larmes sont sincères. C’était une façon de faire rejoindre la réalité et la fiction. »

Dans « L’Âme du tigre », François Yang filme, chose rare, la communauté asiatique et plus particulièrement chinoise du 13e arrondissement parisien. Ses réflexes de documentariste lui ont servi puisqu’il confie avoir « volé » des scènes de vie sur place, dans le but d’apporter un cadre réaliste à son intrigue. C’est ainsi qu’il a pu capturer des images de commerçants autour de l’esplanade Olympiades ou du Nouvel an chinois dans le quartier. « Les scènes dans le métro ont aussi été filmées discrètement avec une équipe réduite », souffle-t-il.

« Comme le personnage principal, j’ai moi aussi vécu le deuil d’un frère et je me suis rendu compte à cette occasion que je ne connaissais pas l’histoire de mes parents. » Son père a vécu à Taïwan avant de s’installer en Suisse. « Si on ne les interroge pas, on ne sait pas. Mon film est donc aussi une histoire de transmission. »

"L'Âme du tigre". ©Frenetic Films
"L'Âme du tigre". ©Frenetic Films

Le comédien principal, Frédéric Siuen, issu du conservatoire national de Paris s’est lui aussi posé la question de ses racines. « Je pense que tous les Français avec des origines différentes se la pose. Le plus gros travail pour ce film a été de distinguer Alex de moi-même. Mes parents sont arrivés en France il y a une trentaine d’années. Ils ne maîtrisaient pas bien la langue et m’ont transmis le cantonais comme langue maternelle. Mais comme Alex, je ne parle pas le mandarin. »

François Yang avait pensé tourner du côté de Belleville mais il s’est heurté à une forte opposition de la communauté sur place. « Apparemment, il y a beaucoup de sans papier. C’est une immigration plus récente que dans le 13e et motivée par des raisons économiques.  Dans le 13e, les gens sont arrivés dans les années 70 – 80 et comme on peut le voir dans le film, ils sont bien intégrés. »

Si le film a peu de chance de sortir en Chine en raison de la forte censure du gouvernement en place, il paraît incompréhensible qu’il ne dispose toujours pas de distributeur en France. « Nous avons tourné en grande partie à Paris, déclare François Yang et nous montrons une communauté eu visible au cinéma, j’aimerais bien que mon film puisse être vu à Paris et partout en France. » Le message est passé.



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