Hommage. James Franco, acteur et réalisateur : «Je me sens lié à Deauville»

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Lundi 5 septembre, le festival du cinéma américain de Deauville a rendu hommage au comédien, réalisateur, écrivain, peintre, poète… La comédienne, Ana Girardot, également membre du jury, a composé un poème en son honneur. James Franco. Ce dernier en a profité pour présenté son dernier film, “In Dubious Battle”, une adaptation réussie du roman éponyme de Steinbeck, l’auteur des “Raisins de la colère”. Entretien.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’adapter Steinbeck et ce livre en particulier?

J’ai choisi ce livre car je suis un amoureux de littérature. La plupart de mes films sont des adaptations littéraires. Steinbeck est un de mes auteurs préférés. Il y a deux ans, j’ai joué dans une production théâtrale à Broadway de “Des souris et des hommes”. De plus, les meilleurs livres de Steinbeck ont déjà été adaptés en des grands films prestigieux : “Les Raisins de la colère”, “A l’est de d’Eden”… Ce n’était pas le cas de ce roman, “In Dubious Battle”. Je trouvais qu’au niveau de l’histoire, il était intéressant car il racontait un grand conflit épique et que cela pourrait faire un grand film. Quand j’ai décidé de le faire, on s’est aperçu que cela faisait écho avec l’actualité.

Je ne me présente pas à la présidence des Etats-Unis, je ne sais pas comment régler les problèmes actuels. Tout ce que je sais, c’est que les classes moyennes de notre société sont délaissées et que ce n’est pas une bonne chose. Il me semblait important de mettre de la lumière sur cette problématique.

 

Quelles ont été les difficultés à adapter ce roman pour le cinéma?

Ce roman est un des premiers de son auteur. Il est le premier volet d’une trilogie composée de “Des Souris et des hommes” et des “Raisins de la colère”. “In Dubious Battle” n’est pas aussi accompli que les deux autres, notamment le troisième qui lui avait valu de remporter le prix Pullitzer. Par la suite, il a appris à développer ses personnages et enrichir son récit. Néanmoins, dans ce livre, il a une bonne compréhension de la situation qu’il dépeint, car il a vécu dans le Nord de la Californie, il a travaillé dans un ranch. Il connaissait le milieu rural et les travailleurs dans ce milieu. Le livre n’a pas de personnages principaux comme dans ses autres romans écrits après. Nous avons donc travaillé à définir des personnages pour que l’histoire ne se limite pas à des thématiques de façon trop abstraite, mais bien aux personnes impliquées dans cette intrigue.

 

Quel est votre regard sur les hommes qui se sacrifient pour d’autres hommes?

Je n’ai jamais été très actif sur le plan politique dans ma vie. Mais je suis conscient d’être une figure publique et qu’en tant que tel, j’ai la possibilité de faire passer des messages, notamment aux plus jeunes, comme par exemple, l’importance d’aller voter. Je n’ai pas vraiment été impliqué dans des combats comme celui du film, avec des activistes radicaux. Concernant les classes moyennes, je pense qu’il est essentiel de ne pas les délaisser car elles sont inhérentes à la structure sociale de notre pays. Mon but est de faire prendre conscience de cette réalité, à travers mon film.

 

Vous êtes encore jeune, qu’est-ce que vous inspire cet hommage du festival?

Je suis très honoré. J’espère aussi que cela ne veut pas dire que ma carrière est terminée! (sourire)

Je suis venu à Deauville, il y a quinze ans, pour présenter un biopic sur James Dean, réalisé par Mark Rydell. C’était l’un des premiers projets dont j’étais vraiment fier en tant qu’acteur. Aujourd’hui, je suis heureux de revenir pour cet hommage et pour présenter “In Dubious Battle”, un autre projet dont je suis extrêmement fier. Je me sens lié à Deauville pour cette raison.

 

Que préférez-vous entre le métier d’acteur, réalisateur, écrivain, peintre, etc.?

J’adore jouer sur scène, réaliser, faire l’acteur. Depuis une dizaine d’années, j’aime pouvoir travailler sur des projets que les autres ne font pas. En tant que réalisateur, je m’intéresse à l’adaptation de grands classiques de la littérature américaine et mon but est d’apporter une nouvelle vitalité à ces histoires par le biais des techniques cinématographiques contemporaines.

 

Aimeriez-vous adapter vos propres romans?

J’ai écrit plusieurs romans. Le premier s’appelle “Palo Alto”, inspiré de mon expérience d’avoir grandi dans cette ville de Californie. Quand le libre est paru, je me suis posé la question de l’adapter en film. Et puis je me suis dit, que si je le faisais, je ne ferai que répéter la même histoire. En revanche, si quelqu’un d’autre la mettait en scène, l’histoire pourrait être filtrée par le biais de sa propre sensibilité. Nous avons rencontré Gia Coppola, la petite fille de Francis Ford Coppola. A l’époque, elle était jeune photographe et n’avait jamais réalisé de film. Mais on a eu un bon feeling avec elle, en se disant que si quelqu’un avait un talent cinématographique dans ses gènes, c’était bien elle. Au final, elle a réalisé un très beau film que je n’aurais pas fait de la même manière. Et c’est tant mieux.

Je pense que je continuerai à faire de la même manière pour mes autres livres. J’adore l’expérience d’adapter des histoires que j’aime. J’ai envie que d’autres puissent ressentir ce bonheur en leur laissant l’occasion d’adapter mes livres s’ils en ont vraiment envie.

 

 

 

“In Dubious Battle” : Une adaptation sage mais efficace du roman de Steinbeck

 

Après “Free State of Jones” et “Where to invade Next”, voici un nouveau film sélectionné au festival qui traite d’enjeux sociaux forts. Cette fois, l’intrigue se déroule en Californie dans les années de la Grande Dépression (années 30). James Franco réalise et se donne un des rôles principaux, celui d’un activiste radical qui, avec le soutien d’une jeune recrue, Jim, (Nat Wolff, vu dans “La Face cachée de Margo” ou dans “Nos étoiles contraires”) infiltre un groupe de cueilleurs saisonniers de pommes dans le but de déclencher un mouvement de grève. La cause semble juste puisque les propriétaires de ces immenses vergers ont injustement décidé de réduire le salaire pourtant convenu, de 3 à 1 dollar par jour.

 

La mise en scène est discrète, peut-être un peu trop sage, tout en étant efficace et placée au service de l’intrigue et de la psychologie des personnages. Au casting, on trouve des têtes connues, à la fois de l’ancienne génération : Ed Harris, Sam Shepard, Vincent d’Onofrio et de la nouvelle : Josh Hutcherson (”Hunger Games”), Selina Gomez (”Spring Break”). Tout le monde s’en sort avec les honneurs. Le thème central, à savoir la lutte pour une reconnaissance de son travail et le droit à une juste rémunération, est toujours d’actualité. Dommage que l’émotion ne soit pas aussi palpable que dans “Free State of Jones”, vu samedi à Deauville. Ceci dit, il serait dommage de bouder son plaisir en n’allant pas le voir en salles dès qu’il sortira (pas de date annoncée pour le moment).



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