Compétition. Todd Solondz, réalisateur du “Teckel” : “Je voulais faire un film de chien”

todd solondz 1

 

Spécialiste de la comédie décalée et subversive, le réalisateur américain Todd Solondz a présenté ce dimanche matin, son douzième film, “Le Teckel”, en lice pour le grand prix du festival. Une comédie au ton doux-amer construite autour de quatre petites histoires ayant pour fil conducteur un teckel et le thème de la mortalité.

 

Votre film montre un travelling remarquable montrant des déjections canines sur un caniveau, le tout sur un air de Debussy. Racontez-nous d’où vient ce plan?

Dans le scénario, à la place de ce long plan d’une minute, il est écrit : le chien laisse une crotte sur le trottoir. J’ai été inspiré par Godard et son fameux plan de circulation dans son film “Week-end”. Si j’avais limité le plan à quelques secondes, cela aurait sans doute été perçu comme une blague. Mais le mariage de la scatologie et du sublime incarné par “Clair de lune” de Debussy raconte en fait la mortalité du chien. La mortalité étant le thème central du film. C’est un bon exemple de ce que j’essaie de faire en tant que réalisateur : la friction de deux éléments qui aboutit à la création d’un troisième sens. Ce plan est à la fois terriblement triste et possède sa propre part de comédie.

 

Avez-vous songé à une autre race que le teckel pour le chien?

J’avais fait mourir un personnage qui s’appelle Dawn Wiener dans mon film “Palindromes” (2004) et j’ai eu envie de la faire revenir sous une forme ou une autre. Cette race de chien est tellement mignonne et adorable, je trouvais que cela convenait parfaitement. En réalité, nous avons eu recours à trois chiens différents, tous aussi remarquables de stupidité. Je pensais qu’ils comprendraient des consignes aussi simples que “assis” ou pas bouger. Mais non, l’un d’eux a même mordu le petit garçon. Pour l’entracte, on avait placé le chien sur un tapis roulant. Il a fallu tourner trois heures pour obtenir les douze secondes convenables que l’on voit dans le film… Les gens me disent de ne pas tourner avec des enfants ni avec des chiens. Mais je ne comprends pas pourquoi on associe les enfants avec les chiens. Les enfants sont même plus faciles à travailler que les adultes car ils font ce qu’on leur dit, sans difficulté.

 

D’où vient l’idée du film?

Je voulais faire un film de chien. J’ai regardé “Au revoir Balthazar”, de Robert Bresson et j’ai constaté que la narration était oblique, complexe. Je ne me suis pas dit que j’allais faire un film sur le thème de la mortalité, je m’en suis rendu compte au cours de l’écriture du scénario. C’est en faisant les choses que l’on réalise ce que l’on fait. Cela vaut pour l’écriture mais aussi pour le tournage ou le montage. Tout mon travail est une réponse au monde dans lequel je vis, à savoir la capitale du capitalisme et du consumérisme. Mes films sont une quête de sens dans un monde inondé de toxines de toutes sortes.

 

todd solondz 2

 

Avez-vous des animaux domestiques?

Non. J’ai des enfants qui aimeraient en avoir mais, c’est une trop grande responsabilité pour moi et pour eux. J’aime les chiens, c’est pourquoi je n’en ai pas. J’ai grandi avec des chiens, en revanche. Ils ne vivaient pas très longtemps. Un animal de compagnie est généralement la première expérience de la mortalité pour un enfant. Posséder des animaux domestiques est quelque chose d’intéressant, car le propriétaire a toujours tendance à projeter en son animal des vertus d’innocence ou de pureté. Du fait de notre réflexe à voir les choses de façon anthropomorphique, on ne voit plus le chien comme un chien.

Je me dis que si des extraterrestres supérieurs aux hommes débarquaient sur notre planète et disaient en nous voyant, oh, ils sont si mignons et faisaient de nous leur animal domestique, puis décidaient de nous stériliser, continuerait-on alors à considérer les extra-terrestres comme nos meilleurs amis?

 

Etes-vous un cinéaste humaniste?

Peu de gens m’ont qualifié d’humaniste. A mon sens, être humain c’est avoir la capacité d’une grande bonté et d’une grande cruauté. Je trouve narcissique de qualifier d’humaniste un comportement dès lors qu’il est associé au bien. C’est une célébration mensongère de tout le ben que nous sommes. Or nous ne sommes pas formidables. Nous sommes des êtres faillibles et fragiles. Je ressens beaucoup d’émotion à l’égard des personnes qui ne réussissent pas à vivre ce qu’ils veulent vivre.

 

Pour votre scénario avez-vous appliqué la règle de votre personnage : Et si, et après?

Personne ne me l’a enseigné, cela m’aurait sans doute aidé. J’enseigne à l’école de cinéma NYU de New York. J’adore ce travail, même si l’école est remarquablement corrompue. Le plus grand défi pour les étudiants est de réussir à raconter une histoire. Ce principe du Et si et après peut être un outil utile pour certains d’entre eux. L’idée d’étudier dans une école pour devenir un artiste est fausse car personne ne peut enseigner cela. En revanche, comme dans n’importe école, c’est une façon de grandir et de mieux se comprendre soi même.

 

todd solondz 3

“Le Teckel” : humour et désespoir font bon ménage


Habitué du festival de Deauville, le cinéaste américain Todd Solondz, 57 ans, a présenté son dernier-né, en cesctermes “une comédie remplie de désespoir”.
Le film se découpe en quatre petites histoires de qualité inégale mais partageant un même ton lunaire et décalé, quatre portraits représentatifs des États-unis d’aujourd’hui, dont les thèmes : la solitude, la mort, la différence, la recherche d’un sens à sa vie, ont une portée universelle.
Le réalisateur possède un talent rare pour faire rire avec un fond d’une profonde tristesse. “Plus les personnes sont dépressives, plus je trouve ça drôle”, confie-t-il. Le teckel du titre qui passe de main en main en quête d’un foyer assure le lien entre chaque histoire mettant en scène des personnages hyper sensibles livrés à eux mêmes dans une société qui ne les comprend pas, jusqu’à ce qu’une lueur d’espoir surgisse et leur donne envie d’aimer la vie.
Todd Solondz nous donne l’immense plaisir de revoir des grands devenus bien trop rare à l’écran, notamment la comédienne Ellen Burstyn (excellente en mamie aigrie) et Danny de vito (émouvant en prof de cinéma détesté par ses élèves et ses collègues).
Le film a ses chances au palmarès.



Laisser un commentaire

Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image