Emmanuelle Béart, présidente du jury du 30e festival du film de Cabourg : «Je ne médiatise plus ce que je soutiens»

Emmanuelle Béart. Crédit Dominique Saint
Emmanuelle Béart. Crédit Dominique Saint

La comédienne révélée il y a trente ans par Manon des Sources a été choisie pour être la présidente de la 30e édition du festival du film romantique de Cabourg. Emmanuelle Béart parle de cinéma et de ses engagements.

Entre Cabourg et vous, c’est une histoire d’amour qui remonte à quand ?
Je crois que j’étais là il y a trente ans pour la première édition du festival. J’avais reçu le Swann du jeune espoir pour Manon des Sources.

Et vous revenez chaque année ?
Tout dépend des tournages, du théâtre, de mon travail. J’essaie d’être fidèle à la fois par plaisir et par sens du devoir. J’accompagne ce festival avec Suzel Piétri, Sandrine Bonnaire et Guillaume Laurant. C’est un festival à échelle humaine, il n’y a pas de tourbillon ni d’isolement. Cabourg, c’est la simplicité, un lieu accueillant, même si le succès du festival est grandissant.

Le public a plus facilement la possibilité d’échanger avec les stars à Cabourg…
Il y a en effet une grande accessibilité pour le public. Ce n’est pas le festival d’une élite mais un festival populaire, dans le bon sens du terme. Il n’y a pas de barrières, j’ai envie de dire qu’il n’y a pas de cinéma dans le cinéma.

Avez-vous des bonnes adresses à Cabourg ?
La pharmacie pour l’aspirine (rire). Il y a un restaurant que j’adore, mais je ne me souviens plus du nom. Et le spa dont je profite largement !

Vous disiez accompagner le festival. Quel est votre rôle plus précisément?
Je suis une sorte de marraine bienveillante. Chaque année, on essaie de faire quelque chose de nouveau. J’essaie de donner des idées à Suzel Piétri qui a créé ce festival avec son amour de la littérature et du cinéma et à la sueur de son front. Je me souviens des débuts, c’était tout petit, très agréable et doux. Elle a réussi à en faire un festival incontournable tout en gardant sa forme de douceur et d’intimité. Et à la fin cela se termine toujours autour du piano à 4h du matin. C’est là aussi que se font de joies rencontres.

Cette année, vous avez été choisie pour être la présidente du jury, c’est une première je crois ?
Je ne l’ai jamais fait en effet. C’est une responsabilité. Et j’ai accepté aussi parce que je proposais de mettre en avant cette association que je soutiens depuis sept ans : Children of the sun. Elle fait un travail remarquable pour les enfants non adoptables en Éthiopie. Cela fait bien longtemps que je ne médiatise plus ce que je soutiens.

Est-ce la question de l’enfance qui vous touche particulièrement avec cette association ?
La question pour l’enfant de pouvoir rester dans son pays, en bénéficiant d’un encadrement structurant qui lui permette de se développer. L’Éthiopie est à nouveau touché, encore qu’elle n’a jamais cessé de l’être. Mais je ne m’occupe pas que de la question des enfants. Certes l’enfance blessée m’atteint depuis longtemps mais de la même façon que l’homme blessé ou la femme blessée. C’est ce que je résume par les sans-voix, ceux qui n’ont pas la parole et pas seulement dans les médias.

En regardant votre filmographie, je pense aux deux films de Sautet pour incarner le cinéma romantique. Êtes-vous d’accord ?
Je n’y avais pas réfléchi. J’avais plutôt pensé à des films en dehors de ceux que j’ai faits. Un film romantique parle d’amour, de la recherche de l’amour, de passion. J’aurais plutôt pensé aux “Destinées sentimentales” ou même à “Manon des Sources”.

Et ces autres films auxquels vous aviez pensé?
J’en ai vu un hier qui m’a déchiré le cœur : “Elle et Lui” de Leo McCarey, avec Cary Grant et Deborah Kerr. Je pense aussi à “Out of Africa” et à tous les films de Douglas Sirk que j’ai beaucoup regardés au moment où on tournait “Une Femme française”. Régis Wargnier nous les avait tous fait regarder. Mais il n’y a pas que les grands films hollywoodiens. Je citerais “Amour” de Haneke, “In the Mood for Love” de Wong Kar Wai, “La Vie d’Adèle” de Kéchiche aussi.

Ce sont des styles de films très différents !
Oui, mais tous ces films ont pour axe principal la passion, la mélancolie, le moi en souffrance qui est aussi le propre de la littérature romantique. Je pense à tous ces auteurs : de Chateaubriand à Hugo que ma grand-mère me lisait, en passant par Musset que j’ai interprété. Cette période du XIXe est née d’un désenchantement d’une génération, après la chute de l’Empire et la Restauration, la déception d’une époque, l’inquiétude de l’avenir. ça pourrait coller, à mon sens, à notre génération et à celle qu’on a mis au monde. Beaucoup de désir et peu d’illusion.

Parlez-nous du film que vous allez réaliser ?
C’est trop tôt. Je suis en pleine écriture. Il aura un côté romanesque. Là je repars au théâtre et je continuerais l’écriture en parallèle. C’est un projet qui prend trois ans de sa vie. J’y travaille depuis des mois. Je ne peux pas dire quand il sortira en salles.

Pratique
Le festival du film romantique de Cabourg se déroule du 8 au 12 juin. Rens. http://www.festival-cabourg.com



Laisser un commentaire

Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image