Anton Corbijn à Deauville : “Il me fallait un acteur avec une réelle présence physique”

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Quelles ont été les difficultés à adapter le roman de John Le Carré?

C’est un roman très dense et très épais, très difficile à réduire à un scénario pour un film de deux heures. Le plus gros élément du livre auquel nous avons renoncé, c’est toute la partie avec les services secrets britanniques. Il me fallait un personnage principal de sorte que les spectateurs puissent suivre l’histoire à travers ses yeux. Nous avons inventé le personnage de Jamal pour les besoins du scénario. John Le Carré et ses deux fils sont producteurs du film. Ils étaient d’accord avec ces changements.

Comment était-ce de tourner à Hambourg?

Le choix de Hambourg était obligatoire car le livre se situe là. En tant que réalisateur, j’étais très content de tourner dans cette ville car je savais que n’importe où je planterais ma caméra, personne parmi les spectateurs n’auraient eu la sensation d’avoir déjà vu cela dans un autre film. Le seul film tourné à Hambourg qui m’a quelque peu inspiré, c’est “The American Friend” de Wim Wenders. Nous en avons parlé ensemble. C’est étonnant que si peu de films aient pour cadre cette grande ville portuaire.

De plus, avec l’appui de Philip Seymour Hoffman, j’ai eu l’aval pour pouvoir tourner en automne. Je trouvais que cette saison correspondait parfaitement à l’ambiance du film. Pour moi, l’humanité est arrivé à la phase automnale, malheureusement. C’est une vision pessimiste, je l’accorde, mais elle me paraît réaliste.

Hambourg est une ville très diversifiée. Outre les quartiers riches que l’on peut voir notamment avec la maison de Thomas Brue dans le film, il y a toute une seconde génération issue de l’immigration qui vit là. Autour du port, on trouve des mouvements anarchistes, il y a la zone de sexe. J’ai filmé ces quartiers pour faire contraste avec les zones plus huppées de la ville.

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Avez-vous réalisé un travail de recherche sur ce monde de l’espionnage?

Nous nous sommes principalement fondés sur le roman de John Le Carré. Nous avons visité les services secrets sur place. Nous avions un conseiller de l’Islam pour toutes les scènes descriptives, notamment celle du bain. Par exemple, j’ai appris que l’Islam tolérait que l’on prenne une douche nu à la condition que l’on puisse toucher les parois de la douche ou de la pièce avec ses mains. Autrement, la pièce est jugée trop grande et la nudité indécente. Nous avons eu aussi de très bons conseils sur la façon dont les espions entretiennent des relations de proximité avec leurs indics. Par exemple, si l’indic est victime d’une rupture sentimentale, il faut être là pour lui.

Vous fiez-vous à votre intuition lorsque vous tournez?

Oui, je me fie à mon intuition dès que je dois prendre une décision. ¨Par exemple, je ne travaille pas avec de story-board. C’est mon intuition qui m’a aussi poussé à choisir Willem Dafoe dans le rôle du banquier. Le public est habitué de le voir jouer un rôle de mauvais et c’était amusant de prendre le contre-pied.

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Comment avez-vous conçu cette scène finale formidable de la signature?

Il faut beaucoup d’aide. Pour ce genre de scène, on travaille avec les sons, ceux qu’on enregistre en direct et ceux qu’on enregistre de façon indirecte. Le son est important pour créer un sentiment de tension croissant!

Parlez-nous de votre collaboration avec Philip Seymour Hoffman.

Je l’ai rencontré pour la première fois en 2011. Il a accepté de faire ce film. Nous avons travaillé son accent. On ne voulait pas faire comme dans certains films américains où les personnages perdent très vite leur accent. On était plus dans la continuité de “La Liste de Schindler”. Philip m’envoyait régulièrement des enregistrements pour montrer ses progrès.

Il me fallait un personnage avec une réelle présence physique, une intelligence, une personne ouverte d’esprit. Bachmann n’est pas islamophobe. Par contre, c’est quelqu’un qui est tellement pris par son travail qu’il néglige son apparence.

Nous avons beaucoup échangé sur ce personnage et je lui ai laissé pas mal d’espace de créativité. Il a apprécié cette méthode et après des semaines d’intenses discussions, c’est devenu très facile de travailler ensemble. On s’était même mis d’accord pour retravailler ensemble sur un prochain film…

Philip était un acteur qui n’acceptait pas qu’on lui raconte des histoires. J’adore la façon dont il s’est plongé dans ce personnage, avec tout son art. Il suffit de le regarder dans le film pour juger de la qualité de son travail.

Teniez-vous à véhiculer un message politique à travers ce film?

C’est ce qui m’a intéressé dans ce livre. Il a été écrit durant la période de George W Bush et se montre très critique à l’égard de la réponse aux attentats du 11 septembre, en particulier l’invasion de l’Irak. Cela n’a pas rendu notre société meilleure. Ce livre nous dit qu’il faut s’interroger sur les réponses que l’on apporte aux problèmes.

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