Party Girl : Portrait juste et émouvant d’une mère en lutte avec ses peurs

Party Girl 2
Angélique Litzenburger et les trois réalisateurs de "Party Girl" : Claire Burger, Marie Amachoukeli et Samuel Theis.

 

Peur de la vieillesse, peur de la solitude, peur du regard des autres, peur de renoncer à ses rêves, peur de ne plus pouvoir être soi-même…

Chacun se reconnaîtra sans doute dans la somme de toutes ces peurs, celles d’Angélique Litzenburger, la protagoniste de “Party Girl”, premier long-métrage très réussi d’un trio de jeunes réalisateurs français : Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. Ce dernier est d’ailleurs le fils d’Angélique Litzenburger. Elle joue ici son propre rôle : une femme de la nuit, entraîneuse vieillissante, qui travaille dans un cabaret à séduire les clients pour les pousser à consommer. Avec les années, un seul client lui est resté fidèle, Michel, ancien mineur, au physique peu engageant mais au caractère qui inspire la confiance. Un jour, Michel propose à Angélique de l’épouser. Elle hésite.

 

 

Angélique Litzenburger.
Angélique Litzenburger.

“Party Girl” se présente comme un audacieux hybride entre film biographique, quasi documentaire, et oeuvre de fiction mettant en scène les membres de la famille d’Angélique (et de Samuel Theis) et des comédiens non professionnels. “L’histoire est celle de ma mère, confirme Samuel Theis, lors de la projection au festival du film romantique de Cabourg où le long-métrage est présenté en compétition. Elle est inspirée d’un mariage qu’elle a fait il y a quelques années, pour tenter de sortir de sa situation. Les quatre enfants dans le film sont ses vrais enfants. Mais ça me tenait à coeur d’écrire un film de fiction avec un scénario. Tous les trois, nous avons inventé des scènes et, ainsi, par moments, la réalité vient soutenir la fiction et, à d’autres, c’est la fiction qui apporte de la lumière sur la réalité.”

 


On imagine toute la difficulté pour un fils d’entrer dans l’intimité de sa mère, tout comme on frissonne à la vue d’Angélique rejouant sa vie chaotique et marginale sur grand écran. “Je n’étais pas d’accord pour faire ce film, confie l’intéressée, avec un fort accent germanique, au public de Cabourg. Mais mon fils m’a mise en confiance et, finalement, j’ai dit : “Pourquoi pas?”. Il m’a sortie du pétrin où je me trouvais et je le remercie de ce qu’il a fait pour moi.”


Party Girl 4
L'équipe du film présente "Party Girl" à Cabourg.


Loin du portrait bienveillant, “Party Girl” frappe par sa justesse de ton qui, sans artifice, fait jaillir des torrents d’émotion (impossible de ne pas verser une larme en assistant à la scène des retrouvailles entre Angélique et la jeune Cynthia ou bien à celle des discours des enfants pendant le mariage) et de sensualité (la caméra indiscrète aime effleurer les peaux et montrer les regards en gros plans). Le film suscite tour à tour une tendresse ou, au contraire, un certain malaise.

A aucun moment on reste indifférent, c’est l’universalité de son propos. Il génère même du suspense dès lors qu’Angélique exprime ses doutes sur ses sentiments à l’égard de Michel tandis que la machine du mariage semble définitivement lancée.

 

On saluera la qualité d’interprétation des filles du cabaret et surtout, celle épatante de Joseph Bour, qui joue le rôle de Michel, le client amoureux. “Ce mec, il a la soixantaine et on a été subjugué par la force de son jeu, déclare Claire Burger. Il se donne à la caméra avec une générosité hallucinante. Mais tout le monde n’est pas capable de faire ça.” Marie Amachoukeli poursuit : “Michel a été trouvé à une semaine du tournage. Angélique nous refusait tous les mecs qu’on lui proposait… Cela a été compliqué de le convaincre qu’il allait jouer ce second rôle important du film. On lui a donné les règles qu’il ne connaissait pas. Pendant le tournage, il a appris à être comédien. Il avait ce talent d’être au premier degré, de se comporter comme s’il connaissait Angélique depuis des années. C’est émouvant d’assister à la naissance d’un comédien.”

 

Party Girl


N’éclipsons pas la performance impressionnante d’Angélique Litzenburger. “Ce n’était pas si facile de tourner avec un gars qui n’est pas ton genre, dit-elle amusée. On voit dans le film qu’il ne me plaît pas, mais, s’ils m’avaient trouvé un mec qui me plaisait, j’aurais joué l’amoureuse! J’aurais aimé aller encore plus loin dans le film. J’aime bien la fête, j’aime bien danser. Peut-être qu’il y aura un “Party Girl 2″?”.

Réussite majeure de l’année, “Party Girl” a été récompensé à juste titre de la Caméra d’or, lors du dernier festival de Cannes. Il mérite d’obtenir un Swann, à Cabourg. Verdict ce soir!

 



Laisser un commentaire

Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image