Nymphomaniac : Lars Von Trier s’enlise dans le ridicule à défaut d’être mordant

"Nymphomaniac première partie", de Lars Von Trier. Avec Stacy Martin, Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Christian Slater, Uma Thurman.
"Nymphomaniac première partie", de Lars Von Trier. Avec Stacy Martin, Charlotte Gainsbourg, Stellan Skarsgard, Christian Slater, Uma Thurman.

« Nymphomaniac », première partie, est clairement pornographique. Le message pré-générique du film explique que l’oeuvre présentée est le résultat d’un montage non-voulu par le réalisateur. En d’autres termes, une version censurée. En réalité, la censure n’a pas été totale puisque le spectateur est amené à voir distinctement à l’écran un sexe en érection, une fellation et une pénétration. Rien que ça!

 

Le film est-il au moins excitant? Bof. Seules deux scènes parviennent à émoustiller : celle de la fellation justement. Elle se déroule dans un train et renvoie au fantasme commun d’expérimenter un rapport sexuel en public, avec le risque d’être découvert. L’autre survient à la fin, lorsque la jeune héroïne demande à son amant de lui « remplir tous ses trous », ce qu’il s’empresse d’accomplir à l’aide de sa langue, de ses doigts et de son sexe.

Stacy Martin en écolière en chaleur.
Stacy Martin en écolière en chaleur.

Lars Von Trier ne s’est pas contenté de réaliser un film de cul. Peut-être aurait-il dû… A défaut de signer une oeuvre génialement scandaleuse telle que l’annonçaient, plusieurs semaines avant sa sortie, les nombreuses affiches aguicheuses du film, le bad boy danois nous livre un pensum boursouflé, dégoulinant de prétention et de mépris pour le spectateur et tristement ridicule.

 

Le film démarre pourtant bien, avec une minute d’écran noir qui nous invite à nous concentrer sur l’ambiance sonore, le bruit de l’eau qui se transforme en une partition de musique. Puis la caméra insiste sur ce décor urbain isolé, une arrière-cour, où l’on découvre finalement le corps allongé d’une femme au visage tuméfié (Charlotte Gainsbourg). Un homme (Stellan Skarsgard) qui passe par là, la remarque et la recueille chez lui.

 

La mise en place fait penser à un film noir, à suspense. Qui est cette femme, que lui est-il arrivé? Mais là, le film bascule dans l’invraisemblable et le n’importe quoi. Plutôt que de raconter les faits qui viennent de se produire, Joe, la jeune femme jouée par Charlotte Gainsbourg, se met à raconter ses expériences sexuelles depuis son enfance et son adolescence, à ce parfait inconnu qui n’est absolument pas un psy!

Et lui, Seligman, impassible, en profite pour sortir sa science. C’est ainsi qu’en réponse aux confidences sexuelles de Joe, persuadée d’être une mauvaise personne et une perverse,  Seligman se prend à faire un cours illustré de pêche à la mouche, de musique classique, de littérature ou encore de mathématiques. On croit rêver!

Uma Thurman apparaît dans une scène. Elle joue le rôle d'une épouse trahie et en colère.
Uma Thurman apparaît dans une scène. Elle joue le rôle d'une épouse trahie et en colère.

Le procédé est totalement artificiel, Joe interrompant son récit à plusieurs reprises en faisant une remarque sur un objet qu’elle a repéré dans la chambre : un hameçon (qui donne lieu au cours de pêche), un livre de Edgar Allan Poe (prétexte à parler non pas de l’oeuvre mais de la folie (delirium) de l’auteur), un lecteur de cassettes audio dans laquelle se trouve un enregistrement de Bach (et là attention les oreilles, Lars Von Trier à travers Seligman, nous explique, comme s’il avait affaire à des “petits nenfants ignares”, le principe de la polyphonie).

A chaque fois, ces cours didactiques du “professeur Seligman” sont appropriés par la nymphomane Joe qui fait le parallèle avec ses expériences sexuelles. Mais bien sûr!

Vision polyphonique à trois voix d'après Bach. Comment ça vous ne voyez pas?
Vision polyphonique à trois voix d'après Bach. Comment ça vous ne voyez pas?

Le résultat est confondant de bêtise, d’autant plus qu’on ne voit pas très bien où le film veut en venir, à fur et à mesure que l’on perd de vue la question de départ : Qu’est-il arrivé à cette femme retrouvée dans la rue?

En martelant aussi maladroitement qu’il est un artiste, un intellectuel, un érudit, Lars Von Trier réussit, en réalité, à se faire passer pour quelqu’un de profondément antipathique (que diable cherche-t-il en faisant de nouveau allusion, dans son film, au scandale cannois qu’il a seul engendré, en tenant des propos choquants au sujet des Juifs et d’Israël?).

Au final, le seul véritable intérêt de ce film, c’est la révélation d’une jeune actrice franco-britannique, jusqu’alors méconnue, la très talentueuse et charismatique Stacy Martin. Si Charlotte Gainsbourg échappe aux scènes de sexe, la jeune Martin n’hésite pas à se livrer corps et âme dans le rôle de Joe adolescente (pour les scènes de sexe, elle a laissé faire sa doublure porno). Sa prestation, d’une grande justesse, force le respect. Je crois savoir qu’on ne la voit pas dans la deuxième partie, ce qui en limite d’autant plus l’intérêt.

PS : La distribution du film est impressionnante sur l’affiche : Christian Slater, Shia Laboeuf, Uma Thurman, Connie Nielsen, Willem Dafoe, Jamie Bell…  Les deux derniers de cette liste n’apparaissent pas avant “Nymphomaniac deuxième partie”. Connie Nielsen (Gladiator) est quasiment invisible. Christian Slater et Uma Thurman assurent dans des petits rôles. Shia Laboeuf s’en sort pas trop mal, c’est un compliment.

Charlotte Gainsbourg et Stellan Skarsgard parlent et parlent et parlent et...
Charlotte Gainsbourg et Stellan Skarsgard parlent et parlent et parlent et...



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