Le vent se lève : Un (auto)portrait visuellement superbe mais bizarrement ennuyeux

"Le Vent se lève" de Hayao Miyazaki.
"Le Vent se lève" de Hayao Miyazaki.

Cela fait cinq ans qu’on l’attendait, le nouveau « bijou » d’Hayao Miyazaki est enfin sur nos écrans : « Le Vent se lève », à ne pas confondre avec le film de Ken Loach, palme d’or du festival de Cannes 2005. Le titre renvoie directement à la citation de Paul Valéry : “Le vent se lève, il faut tenter de vivre.”

En 2008, « Ponyo sur la Falaise » nous avait subjugués par sa fantaisie, sa narration à la fois passionnante et déroutante et surtout sa capacité à susciter une émotion sincère qui reste longtemps en nous. Toutefois, le défi, pour le cinéaste japonais, aujourd’hui âgé de 73 ans, était de réussir à atteindre le niveau de ses trois chefs-d’œuvre incontestés : « Le Voyage de Chihiro », « Princesse Mononoké » et « Mon Voisin Totoro ».

"Mon Voisin Totoro" de Hayao Miyazaki (1988).
"Mon Voisin Totoro" de Hayao Miyazaki (1988).

Ce n’est pas le cas, à mon sens. « Le vent se lève » est visuellement somptueux, les graphiques en 2D (personnages et décors) sont aussi séduisants et soignés que ceux de « Mononoké », « Chihiro » ou « Le Château ambulant » – ceux de Ponyo étaient volontairement plus sommaires. La déception provient du scénario et du faible impact émotionnel qu’il laisse sur nous. On s’ennuie même! Phénomène rare, voire inédit, pour tout fan du maître nippon!

Pourtant, il est évident qu’il s’agit-là d’un film très personnel à l’auteur, faisant de son protagoniste, Jiro, quasiment son double. Jiro Horikoshi (1903-1982) a réellement existé. Ingénieur aéronautique illustre dans son pays, il est l’inventeur d’avions de chasse, en particulier les fameux  « Zéro » qui ont malheureusement servis à des fins destructrices et meurtrières durant la Seconde Guerre mondiale, notamment dans la bataille de Pearl Harbour.

De son côté, Hayao Miyazaki est né dans le milieu de l’aéronautique, son oncle possédait l’entreprise Miyazaki Airplane que dirigeait son père. De là, est né son amour pour les avions et le fait de voler, thème récurrent dans ses films d’animation.

Par ailleurs, le cinéaste était très proche de sa mère, atteinte de la tuberculose vertébrale et alitée pendant neuf ans. Dans « Mon Voisin Totoro », la référence était claire. Elle l’est tout autant dans « Le Vent se lève », via le personnage de Naoko, le grand amour de Jiro.

Comment expliquer alors, qu’on ne s’enflamme pas davantage pour cette histoire?

Le film commence bien pourtant, nous entraînant, d’entrée de jeu, dans un voyage « aérien »sensationnel à bord d’un drôle de jouet volant, doté d’ailes d’oiseau. Le rêve incarné d’un jeune garçon aux allures de premier de la classe avec ses lunettes rondes encombrantes. Fasciné par l’aviation, il vit sa passion d’abord dans sa tête. C’est dans la représentation de ces songes que Miyazaki nous a démontré qu’il était le plus imaginatif et dépaysant (cf.« Le Voyage de Chihiro »).

"Le Voyage de Chihiro" de Hayao Miyazaki (2002).
"Le Voyage de Chihiro" de Hayao Miyazaki (2002).

Dans « Le Vent se lève », les nombreuses scènes oniriques de Jiro ne sont pas si délirantes que cela. Reflétant le côté obsessionnel du héros pour les avions (on en voit beaucoup!), elles jouent aussi une fonction initiatique – avec l’inventeur italien Caproni, en pseudo Jimini Cricket -, que ce soit au regard de l’orientation professionnelle du jeune héros (devenir ingénieur à défaut de pilote en raison de sa myopie), puis, plus tard, dans ses travaux de recherche pour améliorer la conception d’aéronefs ou encore, à la fin, lorsqu’il est confronté à la notion de deuil.

Peut-être ces scènes se ressemblent-elles trop dans la forme ou bien sont-elles trop nombreuses, toujours est-il qu’elles perdent de leur impact merveilleux et engendrent même une certaine lassitude.

On s’étonne aussi de ressentir une certaine frustration : soutenu par une bande originale inspirée de l’éternel complice, Joe Hisaishi, le scénario multiplie les promesses d’une montée en puissance dramatique (séquence du tremblement de terre, rivalité latente entre Jiro et Honjo, Jiro dans le collimateur de la police secrète, etc.), sans jamais aboutir.

De la même façon, le spectre de la guerre annoncé à multiple reprises dans le film (à commencer par la citation de Paul Valéry répétée avec insistance par les personnages) ne prend jamais chair et nous laisse de marbre.

Naoko, le grand amour de Jiro, est inspiré par la maman du réalisateur.
Naoko, le grand amour de Jiro, est inspiré par la maman du réalisateur.

Il en va de même concernant l’histoire d’amour avec Naoko qui cumule les maladresses.  Le réalisateur accomplit un miracle de poésie romantique et d’humour, en mettant en scène un simple avion de papier, puis il sombre dans le ridicule (la demande en mariage est tout de même très « cul-cul ») et dans l’émotion forcée qui laisse froid (l’annonce de la maladie).

En fait, d’une façon générale, on ne ressent pas de progression dans l’intrigue et le film se laisse regarder avec une attention polie, malgré les efforts de mise en scène pour nous faire aimer ces merveilleux fous dans leurs drôles de machines volantes. Décevant.



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