Le Transperceneige : huis clos épatant et surprenant handicapé par une fin décevante

Chris Evans joue Curtis, le leader de la révolte des pauvres du Transperceneige.
Chris Evans joue Curtis, le leader de la révolte des pauvres du Transperceneige.

N’ayant jamais lu la bande dessinée française de Jacques Lob (scénariste) et de Jean-Marc Rochette, c’est avec un oeil vierge que j’ai découvert l’adaptation cinématographique du “Transperceneige”, (Snowpiercer en version internationale). Adaptation signée Bong Joon-Ho, un réalisateur coréen réputé et admiré dans le monde entier, grâce à sa filmographie, brève mais irréprochable (1). Le cinéaste est d’ailleurs venu le présenter, accompagné des auteurs de la bande dessinée et de l’actrice britannique Tilda Swinton, en septembre dernier, au festival du film américain de Deauville.

“Le Transperceneige” raconte l’histoire d’une révolte dans une ambiance de fin du monde. Suite au réchauffement climatique, les hommes ont tenté d’inverser la tendance en ayant recours à un produit chimique appelé CW7. Malheureusement, les conséquences ont été dramatiques : toute vie sur Terre s’est arrêtée suite à un phénomène de glaciation. Les hommes et femmes qui ont survécu ont rejoint le Transperceneige, un train brise-glace gigantesque, sans cesse en mouvement et capable de faire le tour du monde en une année. Cet équivalent de l’Arche de Noé a été conçu par le mystérieux Wilford, sorte de Messie invisible.

Ses occupants ont été répartis par wagon, selon leur statut social et niveau de revenus ; les plus pauvres ayant été parqués comme des bêtes dans les wagons de queue. Parmi ceux-ci, un petit groupe prépare une opération pour tenter de prendre le contrôle du train. Pour y parvenir, ils doivent surmonter de nombreux obstacles et atteindre l’avant du Transperceneige où se trouve le responsable de leurs malheurs, Wilford.

L'actrice anglaise Tilda Swinton, grimée, joue la ministre Mason : affreusement drôle.
L'actrice anglaise Tilda Swinton, grimée, joue la ministre Mason : affreusement drôle.

Si l’on s’arrête à ces lignes, on se dit pourquoi pas? Quitte à mettre entre parenthèses nos interrogations pragmatiques secondaires (par exemple, d’où viennent les bovins qui terminent en steaks pour les passagers de première classe?), l’idée de reproduire à échelle réduite le système inégalitaire et injustement hiérarchisé de l’humanité, dans le but de le dénoncer et de le renverser,  est très intéressante. Malheureusement, l’intrigue s’englue dans des rebondissements censés nous faire croire à une vaste machination… tarabiscotée!

Le scénario, signé par le réalisateur lui-même et par Kelly Masterson (auteur du très bon “7 h 58, ce samedi-là” de Sidney Lumet) se montre astucieux et complexe jusqu’à la dernière partie maladroite et peu crédible (y en a marre de la théorie du complot!). C’est le défaut majeur d’un film par ailleurs épatant dans la forme et dans l’interprétation.

Ewen Bremner, alias Spud dans Trainspotting, joue un père de famille qui perd son fils et son bras.
Ewen Bremner, alias Spud dans Trainspotting, joue un père de famille qui perd son fils et son bras.

Bong Joon-Ho réussit à surpasser les contraintes techniques du huis-clos et donne la sensation au spectateur de progresser physiquement avec les protagonistes dans cet espace confiné, tour à tour insolite (la classe d’école, la serre, la boîte de nuit, etc.), hostile (que se cache-t-il derrière chaque porte?), voire carrément horrifique (la bagarre générale sanglante à l’arme blanche). Contrairement à l’habituel blockbuster hollywoodien qui privilégie l’action à l’atmosphère, le cinéaste coréen parvient à un juste équilibre entre les deux, misant aussi sur un mélange de tons, entre humour (surtout l’humour noir), bons sentiments, angoisse et violence gore. C’est audacieux mais le cinéaste nous y avait habitués dans ses films précédents.

Ajoutons ce bémol : les scènes extérieurs du train, dans la neige et la glace ne donnent pas totale satisfaction, la faute à des effets numériques trop voyants qui nuisent sensiblement au réalisme.

L’anglais est la langue principale du film. Seul le formidable Song Kang-Ho (une star en Corée que le réalisateur a fait tourner dans “Memories of Murder” et “The Host”) parle dans sa langue natale et signe au passage les meilleures répliques du film, même si la théorie de la chaussure, avancée par une Tilda Swinton – détestable et enlaidie comme jamais, et quel accent! – trouvera sans doute une place dans les annales du pire de la pensée sociologique du 21e siècle.

Song Kang-Ho joue un addict plus malin qu'il n'en a l'air.
Song Kang-Ho joue un addict plus malin qu'il n'en a l'air.

Chris “Captain America” Evans s’en sort très bien en pseudo Moïse au passé trouble, guidant le peuple de la plèbe vers la liberté, à la force du poing. Les seconds rôles sont très bien interprétés par des pointures de différentes générations et nationalités : Jamie Bell (”Billy Elliot”), John Hurt (”Elephan Man”), Octavia Spencer (”La Couleur des sentiments”), Ed Harris (”Abyss”), Ewen Bremner (”Trainspotting”), Ko Ah-sung (”The Host”, “Une vie toute neuve”), Tomas Lemarquis (”Noi l’Albinos”), etc. Dommage qu’il n’y ait pas de Français à bord!
(1) “Barking Dogs Never Bite” (2000), comédie romantique à l’humour délicieusement noir avec la géniale actrice Bae Doo-Na ; “Memories of Murder”, grand prix au festival policier de COgnac 2004, son chef d’oeuvre ; “The Host” (2005), film catastrophe apocalyptique, drôle et angoissant, très similaire dans le ton du “Transperceneige” ; “Mother” (2009) thriller intimiste doublé d’un beau portrait de mère.



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