The place beyond the pines : Gosling et Cooper s’imposent dans un triptyque à la fin ratée

"The Place Beyond the Pines" de Derek Cianfrance. Avec Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva mendes. (DR)
"The Place Beyond the Pines" de Derek Cianfrance. Avec Ryan Gosling, Bradley Cooper, Eva mendes. (DR)

 

Le titre énigmatique – « The Place beyond the pines », traduire, « L’endroit au-delà des pins » – ne l’indique pas, mais la paternité est au coeur du deuxième long-métrage de Derek Cianfrance. Ce réalisateur s’était déjà distingué il y a deux ans avec une comédie dramatique très noire, « Blue Valentine », dans laquelle, il disséquait avec force et émotion, la dislocation d’un couple sous nos yeux. Il s’appuyait sur deux jeunes comédiens dont la cote de popularité a depuis grimpé en flèche (c’est peu de le dire) : Michelle Williams et un certain… Ryan Gosling! C’était avant le phénomène « Drive ».

Avis aux (nombreux) fans de l’acteur, Ryan Gosling n’est présent que dans un tiers de « The Place beyond the Pines ». Le film est en effet un triptyque multigénérationnel qui donne la part belle à deux autres jeunes comédiens : Bradley Cooper (le beau gosse de « Happiness Therapy ») et Dane Dehaan, jeune sosie de Leonardo DiCaprio remarqué dans « Chronicle ». Trois parties intimement liées mais très inégales. Clairement, j’aurais préféré que le film se termine après la deuxième. La troisième alourdit le propos et bascule dans l’invraisemblable, sans parler d’un défaut dans la continuité scénaristique, particulièrement gênant.

 

Bradley Cooper joue un flic ambitieux et tiraillé.
Bradley Cooper joue un flic ambitieux et tiraillé.

Ryan Gosling, 32 ans, Bradley Cooper, 38 ans. Tous deux rivalisent de charisme tandis que leur jeu est distinct et complémentaire. Le premier incarne l’anti-héros qui a pourtant tout du héros. Il s’exprime avant tout par le langage corporel et le regard. Très peu de mots. Une technique qu’il employait déjà dans «Drive », avec ce magnétisme animal comparable à celui de la star de « Bullitt », Steve McQueen. Le second porté aux nues comme un héros par tous les personnages secondaires, est davantage dans le verbe et l’expressivité. Très vite, il brise l’image lisse du gentil en exprimant la fragilité, la naïveté et l’arrogance d’un homme vicié comme chacun d’entre nous. Au final, on se dit quel dommage que les deux ne partagent l’écran que quelques minutes. La troisième partie aurait pu les réunir, d’une manière ou d’une autre.

 

Ryan Gosling, le cascadeur, rappelle une fois de plus Steve McQueen.
Ryan Gosling, le cascadeur, rappelle une fois de plus Steve McQueen.

Sur le plan de la mise en scène, le réalisateur réussit à nous captiver dès les premières images. Le plan séquence du début n’est pas sans rappeler celui de « The Wrestler » de Darren Aronofsky. La caméra suit Ryan Gosling de dos, dissimulant son visage et ne montrant que ce corps musclé recouvert de tatouages et cette chevelure blonde peroxydée. Il enchaîne avec une impressionnante scène de cascade à moto qui en appellera d’autres. Entre temps, il change de registre : Gosling le cascadeur (comme dans « Drive » décidément!) découvre qu’il est papa d’un petit garçon de 1 an. Malheureusement, la mère (sobre Eva Mendes, compagne de Ryan Gosling dans la vie) avec qui il avait eu une aventure un an plus tôt, a refait sa vie depuis. Il va alors tenter de se raccrocher, tant bien que mal, à cette famille qui aurait dû être la sienne…

 

Eva Mendes, compagne de Ryan Gosling dans la vie, joue la sobriété.
Eva Mendes, compagne de Ryan Gosling dans la vie, joue la sobriété.

En alternant les ambiances et les genres, (mélodrame, film d’action et de suspense), s’appuyant sur une bande originale éclectique et inspirée, le réalisateur maintient une tension continue qui enveloppe à la fois les personnages et le spectateur. Il applique le même schéma narratif dans la deuxième partie, mettant l’accent sur une intrigue policière à la « Serpico » (Sidney Lumet, 1973). Heureusement, Cianfrance réussit à sortir des sentiers battus et nous tient en haleine jusqu’au bout. On retiendra, notamment, la mystérieuse scène de perquisition avec un Ray Liotta plus flippant que jamais.

Reste cette troisième partie à la Iñarritu (« 21 Grammes »), grossièrement ficelée et trop prévisible qui rate son objectif, à savoir élever l’intrigue au rang de fable à la morale optimiste (Mon père, ce héros). En allusion au titre, on pourrait dire qu’elle sent le sapin. Bref, oublions-la!



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