The Grand Master : Ode à la culture chinoise sublimée par la mise en scène et Zhang Ziyi

 

Zhang Ziyi est étincelante dans le dernier film de Wong Kar Wai.
Zhang Ziyi est étincelante dans le dernier film de Wong Kar Wai.

 

Les amateurs de film de kung fu chinois connaissent et apprécient “Yip Man” (2008) et sa suite, “Yip Man 2″(2010), deux productions hong-kongaises plutôt réussies avec Donnie Yen dans le rôle titre. Ces deux films parvenaient à un équilibre entre les scènes d’action spectaculaires et une intrigue incarnée par des personnages complexes. L’annonce d’une nouvelle adaptation de l’histoire de celui qui a été le maître de Bruce Lee et le défenseur du style Wing chun, pouvait laisser perplexe, au regard de son utilité.

En 1994, Wong Kar Wai avait réalisé “Les Cendres du temps”, un film de sabre chinois (on parle aussi de “wu xia pan”) étonnant, voire déroutant dans sa forme et sa narration. Pour faire, simple, que celui qui a compris quelque chose à l’intrigue de ce film se manifeste. Avec “The Grand Master”,  le résultat dépasse toutes les attentes, sans pour autant, avoir l’outrecuidance de renvoyer aux oubliettes les deux films précités de Wilson Yip.

 

Donnie Yen dans Ip Man de Wilson Yip (2008).
Donnie Yen dans Ip Man de Wilson Yip (2008).

 

Immédiatement, on retrouve la patte de l’auteur de “In the Mood for Love” et de “2046″ dans la richesse esthétique de la photographie, dans ses fameux ralentis qui donnent vie aux éléments naturels (l’eau en particulier), dans ses plans hyper travaillés dans lesquels rien ne semble laissé au hasard, dans son talent à sublimer les visages de ses actrices. Celui de Zhang Ziyi en premier lieu. Le réalisateur tourne avec l’héroïne de “Tigre et Dragon” pour la seconde fois, huit ans après “2046″. L’actrice chinoise au visage parfaitement immaculé (en dépit de ses 34 ans), est impressionnante d’assurance et de nuances, aussi bien dans les scènes physiques que dans les scènes intimes. La scène de sa dernière rencontre avec Ip Man est peut-être la plus poignante du film. On voit son visage se transformer imperceptiblement, comme si elle portait un masque jusque-là impassible et qu’ se fissurait devant nos yeux. La scène est bouleversante sans être larmoyante.

 

Tony Leung Chiu Wai dans le rôle du Grand Master fait illusion, sachant qu'il n'est pas un expert en arts martiaux chinois dans la vie.
Tony Leung Chiu Wai dans le rôle du Grand Master fait illusion, sachant qu'il n'est pas un expert en arts martiaux chinois dans la vie.

Tony Leung Chiu-Wai, joue la même carte de la sobriété et réussit en plus l’exploit de s’imposer comme un expert du wu shu, ce qu’il n’est pas dans la vie, à l’inverse de Donnie Yen. Son personnage ressemble à un vieux sage, discret mais qui impose le respect. Chang Chen a un rôle beaucoup plus limité, on peut le regretter, d’autant plus qu’à deux reprises, le réalisateur nous laisse à penser qu’il va jouer un rôle-clé dans la vie de deux personnages centraux incarnés par Tony Leung et Zhang Ziyi.

 

Comme le dit le réalisateur lui-même, son film est moins l’histoire d’un homme, que celle des arts martiaux chinois – il utilise la formule “Il était une fois le wu shu” et emprunte même la musique d’Ennio Morricone (Deborah’s Theme d’”Il était une fois en Amérique”). Il raconte la confrontation de deux écoles, celle du Nord et celle du Sud, mais aussi leur disparition. Les ambitions individualistes des nouvelles générations prennent le pas sur les codes d’honneur finalement très similaires d’une école à une autre.

Le propos n’est certes pas nouveau (pour certains aux dents longues, les arts martiaux deviennent un outil de pouvoir individuel et non plus un mode de vie basé sur le respect des règles et de son aîné), mais il est porté par une mise en scène formidable, qui surprend et passionne sans cesse.

 

Wong Kar Wai aborde évidemment le contexte historique international (l’invasion des Japonais). Sans tomber dans la propagande anti-japonaise primaire, mais avec un sentiment de nostalgie certain, il livre une déclaration d’amour à la culture traditionnelle de son pays (l’opéra, le thé, les arts martiaux, etc.) histoire qu’elle ne sombre pas dans l’oubli collectif.

Le film sortira en salles le 17 avril.



Laisser un commentaire

Captcha en cours de génération.....Version audio
Changer l'image