Argo : Ben Affleck joue avec nos nerfs et on adore ça

 

"Argo" de et avec Ben Affleck. Avec John Goodman, Alan Arkin. (DR)
"Argo" de et avec Ben Affleck. Avec John Goodman, Alan Arkin. (DR)

“Argo? A(h)r go fuck yourself!” Derrière la blague, cette réplique répétée à plusieurs reprises résume le ton à la fois ironique et critique du dernier film de Ben Affleck. “Argo” prend la forme d’un thriller réussi, au suspense croissant. Une sorte de “Mission impossible” ancrée dans un contexte historique, teinté d’un humour acerbe, politiquement engagé. “Argo” c’est aussi le titre d’un film dans le film qui fait office de cheval de Troie. On revient ainsi à la mythologie grecque. Argo est réputé pour être le nom du bateau qui a transporté Jason et les Argonautes sur les traces de la Toison d’or…

L’intrigue, fondée sur une histoire vraie, se déroule à la fin de l’année 1979, au début de la révolution iranienne. L’ambassade américaine est assaillie par des milliers de manifestants qui prennent en otage l’ensemble du personnel. Ils réclament, contre leur libération, l’expatriation du Shah, réfugié aux Etats-Unis. Seulement, six employés de l’ambassade ont réussi à s’échapper et sont cachés chez l’ambassadeur canadien. La CIA entreprend de les faire sortir avant que les Iraniens ne les trouvent.

 

 

John Goodman et Alan Arkin dans "Argo" (DR)
John Goodman et Alan Arkin dans "Argo" (DR)

Cheveux longs et barbe fournie, Ben Affleck est méconnaissable dans le rôle de l’agent Antonio Sanchez, à des années lumières de sa belle gueule de jeune premier dans des grosses productions insipides (Daredevil, Pearl Harbour). Séparé de sa femme et de son fils de 10 ans, il semble porter sur ses épaules et dans ses yeux toute la tristesse du monde. Toujours est-il qu’il entreprend un plan extra-ordinaire pour tenter d’évacuer les six réfugiés : Avec l’aide d’un réalisateur (Alan Arkin) et d’un spécialiste du maquillage (John Goodman), il fait croire à Hollywood qu’il veut produire pour le Canada, un film de fantaisie-fiction – dans la lignée de “Star Trek” et de “Star Wars”, les phénomènes cinématographiques de l’époque. Et surtout, qu’il veut le tourner en Iran! Le film s’appelle “Argo”. L’idée consiste à faire passer les 6 Américains pour des membres canadiens de l’équipe de tournage… Pas gagné d’avance!

 

On partage le plaisir de Ben Affleck dans sa façon de se moquer de Hollywood, décrit comme un univers du chacun pour soi, où la règle est de mentir à tout va. John Goodman et Alan Arkin s’en donnent à coeur joie dans des scènes à l’humour grinçant (voir la confrontation verbale entre le personnage d’Arkin et le scénariste). L’humour sert aussi à dénoncer l’ignorance irresponsable des “chefs” de l’administration américaine, ceux-là même qui se prennent pour les gendarmes du monde.

 

Cet humour contrebalance l’impressionnant réalisme de toutes les scènes iraniennes. Dans les premières scènes du film, Ben Affleck alterne entre images d’époque et images tournées, avec un sens impeccable du montage et de la continuité. Les personnages des réfugiés américains existent à l’écran. Ils ont un look pas possible, mais comme on peut le voir à la toute fin, très fidèle.

On pourra sans doute reprocher le manichéisme dans la représentation des Iraniens en chiens enragés. Mais à l’inverse, cela renforce aussi l’impression de souricière et de danger permanent. Par un jeu de montage alterné, dans la dernière partie du film, le réalisateur joue avec nos nerfs jusqu’à frôler le point de rupture.

Après “Gone Baby Gone” et “The Town”, Ben Affleck, confirme, à seulement 40 ans, qu’il est devenu un des tout meilleurs réalisateurs américains.

 



One Response to “Argo : Ben Affleck joue avec nos nerfs et on adore ça”

  1. Excellent résumé de ce film et du talent de réalisateur de Ben Affleck. Cela me donne envie de découvrir “The Town”

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