Shame : Fuite en avant par le sexe

"Shame" de Steve McQueen, avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, Nicole Beharie. (DR)
"Shame" de Steve McQueen, avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, Nicole Beharie. (DR)

Vous connaissez l’expression : « c’est ceux qui en parlent le plus qui en font le moins », notamment sur le thème du sexe ? Eh bien, « Shame » (« honte », en anglais) nous gave visuellement de sexe sans que ses personnages n’en parlent à outrance. McQueen nous donne à voir, sans fausse pudeur. Sans tomber dans la gratuité pornographique, non plus (difficile néanmoins de comprendre que l’interdiction soit limitée aux moins de 12 ans).

Deux ans après son premier film, « Hunger », Steve McQueen signe un nouveau choc cinématographique qui risque de diviser le public. Une chose est sûre, son talent pour la mise en scène est intact. Les nombreuses scènes de rapports sexuels sont ainsi filmées avec un sens aigu de l’esthétique et de l’émotion. Chacune générant un trouble distinct chez le spectateur, et laissant systématiquement le même arrière-goût amer.

Brandon, interprété par l’acteur caméléon germano-irlandais, Michael Fassbender, est une sorte d’American Psycho. Sauf que ses pulsions ne sont pas meurtrières mais purement sexuelles. En lisant ces lignes on pense à un certain DSK. Mais la comparaison s’arrête vite, car, contrairement à l’ex-président du FMI, Brandon est jeune, bel homme et terriblement attirant (ah, ces yeux bleus qui ne lâchent pas prise !). Aucune femme ne semble lui résister et surtout pas les plus belles !

Plus qu’un appétit pour les belles femmes, le corps de Brandon éprouve un insatiable besoin de jouissance sexuelle. Brandon est un addict, dans le sens où il est régulièrement en manque. Mais ce n’est pas un violeur. Jamais, on ne le voit agresser une femme pour se satisfaire.

La tension dramatique du film prend toute son ampleur dès lors qu’entre en scène, Sissy, la sœur de Brandon (étonnante Carey Mulligan très loin de son image sage, véhiculée dans « Drive »). Lorsqu’elle débarque chez lui, Brandon ressent un profond malaise. La jeune femme, émotionnellement fragile, est le reflet de sa propre névrose, de sa propre « honte ». Elle incarne ces faiblesses qu’il cherche à fuir : le besoin d’affection et le besoin d’amour. Car l’impudeur manifeste de Brandon connaît une limite : il se refuse à ouvrir son cœur. La séquence avec la belle Marianne (Nicole Beharie, à suivre !), dans la chambre d’hôtel, en est l’illustration parfaite.

Incapable de répondre aux appels au secours de sa sœur, Brandon poursuit sa fuite en avant jusqu’à se perdre dans les abîmes orgiaques de sa propre détresse. La double séquence finale d’orgie sexuelle promet de rester dans les annales du cinéma. Tout comme la transformation physique, quasi cadavérique, du visage de Fassbender. Elle est stupéfiante, à l’image de ce beau film très dur.



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