L’envie de faire du cinéma : « J’ai toujours aimé voir des films quand j’étais plus jeune mais jamais je m’étais dit que je deviendrait réalisateur de cinéma. Je suis resté environ dix ans sans emploi et au bout de 8 ou neuf ans, je me suis séparé de ma petite amie. Je n’arrivais pas à vaincre la tristesse de cette séparation. J’ai eu un accident de voiture et je n’avais pas d’argent pour payer les réparations. Alors, j’ai écrit un scénario et j’ai participé à un concours. J’ai été primé et j’ai empoché l’argent. On m’a dit que mon scénario ...
Vous débutez dans le cinéma et n’avez jamais tourné de film d’action. Non. « Inju » était un film de guerre, psychologique mais pas d’action. Etes-vous une fan du genre en tant que spectatrice ? Oui ! Je viens de Tokyo et je me souviens avoir vu un film de Hong-Kong quand j’étais petite, il y avait des fantômes qui marchaient comme ça (elle tend ses mains droit devant elle) et dès qu’on leur collait un bout de papier, ils ne bougeaient plus. Je ne me souviens plus du titre ! Après, quand j’ai vu Matrix, j’ai eu env...
Vous aviez l’ai étonné sur scène que le festival vous rende un hommage. Pensez-vous que les médias et les festivals en font trop sur votre œuvre et votre travail ? Je pense que n’importe qui à ma place serait mal à l’aise ! Mais comme on dit, il faut faire de mauvaise fortune bon cœur. Vous disiez être venu à Deauville il y a dix ans et un souvenir vous revenait à l’esprit : votre fille en train de dessiner sur la plage. N’avez-vous jamais envisagé de revenir tourner à Deauville ? J’ai tourné à Trouville pour le film « Night...
Le coup de coeur du festival de Deauville dans la catégorie thriller politique, "Fair Game" s'inspire de l'histoire vraie d'une agent de la CIA et de son mari ex-ambassadeur des USA au Gabon pris dans l'engrenage médiatico politique qui a conduit les Etats-Unis à déclarer la guerre contre Saddam Hussein en 2003. Doug Liman, réalisateur de "La mémoire dans la peau" et de "Mr and Mrs Smith" dirige Naomi Watts impeccable dans le rôle de Valerie Plame, cette mère de famille contrainte de dissimuler son identité réelle à ses proches pour mieux op...
« The Housemaid », traduire la servante de maison, est directement inspiré par le classique éponyme du cinéma coréen de 1960 tourné en noir et blanc par un certain Kim Ki-young. Cinquante ans après, Im Sang-soo repend la trame originale, l'actualise et adopte, non plus le point de vue du maître de maison, mais celui de la servante. L'intrigue est relativement simple : Eun-yi, une jeune femme un peu naïve et très douce, est recrutée pour s'occuper de la petite fille d'un riche couple dont la femme est sur le point d'accoucher. Le ma...

Deux actrices exceptionnelles ont été récompensées, en leur présence, samedi soir en clôture du 27e festival du film romantique de Cabourg : Catherine Deneuve et Emmanuelle Devos. Voici le palmarès complet.
“A chaque fois que l’on me pose cette question : quel est votre son préféré? Je réponds toujours : une voix, celle de Catherine Deneuve.” Par ces mots, la réalisatrice Emmanuelle Bercot a rendu hommage à la star des “Parapluies de Cherboug”, samedi 15 juin, au casino de Cabourg. Catherine Deneuve, qui célébrera ses 70 ans le 22 octobre prochain, joue dans le dernier long-métrage d’Emmanuelle Bercot (”Elle s’en va”, sortie en salles programmée le 13 septembre).
La star avait fait spécialement le déplacement dans la cité proustienne, pour participer à la 27e édition du festival du film romantique et recevoir le Swann du coeur. Le public nombreux, amassé le long du tapis rouge entre le Grand Hôtel et le Casino, a pu l’admirer dans une belle robe bleue. Radieuse, elle n’a pas hésité, en prime, à signer de nombreux autographes.

Une autre grande actrice française a reçu les honneurs du festival : Emmanuelle Devos, lauréate du Swann de l’actrice romantique de l’année. Une récompense, remise par le réalisateur de “Des hommes et des dieux”, Xavier Beauvois, qui salue son émouvante interprétation dans “Le temps de l’aventure” de Jérôme Bonnell.
Ce film, qui raconte l’histoire d’amour fortuite et passionnelle entre une comédienne et un professeur anglais de littérature (interprété par le grand acteur irlandais, Gabriel Byrne, malheureusement absent), repart, quant à lui, avec le Swann du film romantique de l’année. A juste titre. Notons que le prix a été remis par deux acteurs britanniques : Kristine Scott Thomas (”Le Patient anglais”) et Jonathan Rhys Meyer (”Match Point”).

Saluons également le choix du jury présidé par le réalisateur Stéphane Brizé (”Mademoiselle Chambon”, “Quelques heures de printemps”). Le grand prix du festival a été décerné à “Grand Central” de Rebecca Zlotowski avec Léa Seydou et Tamar Rahim, un film déjà remarqué au festival de Cannes dans la sélection parallèle (Quinzaine des réalisateurs). “L’amour naît de manière inodore, incolore et parfois, ça fait du bien quand ça s’arrête, a déclaré la réalisatrice au moment de recevoir son prix. “Je prends ce Swann comme un bon signe/cygne!”

Les festivaliers, très nombreux, cette année encore, ont voté à l’issue de chaque projection. Leur préférence est allée aux “Reines du Ring” (sortie en salles le 3 juillet), avec Audré Fleurot, Marilou Berry et Corinne Masiero. Toutes les trois ont représenté le réalisateur, Jean-Marc Rudnicki, parti trop tôt dans l’après-midi. “Il ne se doutait pas qu’il aurait un prix”, a déclaré Corinne Masiero.

Le reste du palmarès
Pierre Niney, pensionnaire de la comédie française, âgé de 24 ans, est l’acteur romantique de l’année, grâce à sa prestation face à Virginie Efira dans “20 ans d’écart” de David Moreau. Elodie Bouchez a salué “sa grâce, son élégance, son talent d’acteur qu’il nous balance en rafale depuis cette année.”

Lola Créton, 19 ans, est la révélation féminine romantique de l’année. Olivier Assayas l’avait choisie pour son film en partie autobiographique, “Après-mai”. On avait surtout découvert cette charmante jeune actrice dans le magnifique “Un amour de jeunesse” de Mia Hansen Love (2011).

Félix Moati, 23 ans, est la révélation masculine romantique de l’année, grâce à sa prestation dans “Télé Gaucho”, de Michel Leclerc.

Le jury jeunesse, composé de six lycéens bas-normands et parrainé par la réalisatrice Agnès de Sacy et le comédien Jules Sitruk, a donné sa préférence à “My sweet Pepperland” du réalisateur kurde Hiner Saleem. Absent, ce dernier avait adressé un message écrit aux jeunes jurés : “Vous m’encouragez dans mon combat contre l’obscurantisme, écrit-il. Soyons vigilants, les principes fondamentaux de note démocratie sont remis en cause, voire menacés. J’espère revenir bientôt présenter mon prochain film”.
Enfin, le jury des courts-métrages, présidé par le scénariste Giles Taurand, a distingué “On thé Beach” de Marie Elsa Sgualdo, sa comédienne, Joanne Nussbaum et Olivier Duval, acteur principal du court “L’amour bègue” de Jan Czarlewski.

Marilou Berry, fille de Josiane Balasko et actrice depuis dix ans, et Mehdi Nebbou, comédien basque et frère de Safy Nebbou, présentaient à Cabourg, “Joséphine” d’Agnès Obadia, d’après la bande-dessinée de Pénélope Bagieu. Le film sort en salle ce mercredi 19 juin.
Marilou Berry, est-ce la bande-dessinée qui vous a donné envie d’interpréter ce personnage de Joséphine?
Je connaissais la BD. j’aime le blog de Pénélope Bagieu. Elle n’a pas participé à l’écriture du scénario que j’ai lu avec le point de vue d’une spectatrice. Et j’ai eu envie de le faire. Je voulais aussi essayer le genre de la comédie romantique.
Votre personnage complexé, gaffeur et en quête de l’amour rappelle celui de Bridget Jones…
- Marilou Berry : Bridget Jones est quelqu’un de timide qui a peur de tout. A l’inverse, Joséphine est quelqu’un qui fonce. Après, le genre est commun aux deux films. Pour interpréter ce rôle, je me suis nourrie de la BD qui est une vraie bible de tous les personnages.
Mehdi Nebbou, parlez-nous de votre personnage, un faux moche et timide.
Je ne crois pas que ce soit un faux timide. En se rapprochant des amis de Joséphine, il s’épanouit. Au départ, il vient de se faire larguer, il n’a plus d’appart et passe son temps au travail. C’est le parcours du film qui pousse Gilles à dire ce qu’il pense.
“Joséphine” se veut-il un “feel good movie”, un film qui regonfle le moral?
- Marilou Berry : C’est vrai que les spectateurs ressortent généralement avec la banane. Je l’ai présenté dans une quinzaine d’endroits en France et les gens donnent l’impression d’avoir passé un bon moment.
- Mehdi Nebbou : Ce film apporte un message d’espoir sur l’amour. Cela parle aussi d’un problème générationnel : les femmes veulent maigrir, elles ont du mal à s’aimer et elles ont un cahier des charges tellement chargé que c’est compliqué pour elle de rencontrer l’amour. Le film nous dit qu’on ne regarde pas assez les gens autour de nous, car c’est là qu’on peut trouver l’homme ou la femme avec qui ont peut vivre cette histoire d’amour.

Quel est votre film romantique de chevet?
- Marilou Berry : “Un jour sans fin!”
- Mehdi Nebbou : Pas mal! Je dirai “L’Appartement” de Billy Wilder et “Eternal Sunshine of the spotless mind” de Michel Gondry.
Vous êtes fan du genre comédie romantique?
- Marilou Berry : J’aime beaucoup!”
- Mehdi Nebbou : J’aime quand c’est décalé, comme avec “Joséphine”. Ce personnage est “atta-chiante”, à la fois attachante et casse-bonbon. Elle est dure, elle peut être cruelle mais elle est aussi sensible et fragile.
Marilou Berry : A la lecture du scénario, on retient d’abord qu’elle fait saloperie sur saloperie, que c’est une garce. Mais, on comprend très vite qu’elle est désespérée.
Etes-vous déjà venus à Cabourg et dans la région?
- Marilou Berry : C’est ma première fois au festival.
- Mehdi Nebbou : Je suis venu trois fois en Normandie, à Etretat, j’ai loué une petite baraque pour un week-end romantique. Ici à Cabourg, c’est très romantique aussi!

Ce n’est donc pas Adèle Exarchopoulos (la révélation de “La Vie d’Adèle” d’Abdellatif Kechiche, palme d’or au dernier festival de Cannes), absente du festival, mais Victoire Bélézy qui a décroché le prix du “premier rendez-vous” féminin, l’équivalent du meilleur espoir féminin aux Césars.
La jeune comédienne, formée au conservatoire régional d’Aquitaine puis à l’école nationale d’art dramatique de Montpellier, se voit ainsi récompensée pour son interprétation du rôle principal dans “Fanny”, d’après Marcel Pagnol. Dans la continuité de “La fille du puisatier” qu’il avait tourné avec Astrid Berges-Frisbey et Nicolas Duvauchelle, Daniel Auteuil s’est lancé dans l’adaptation de la célèbre trilogie de Marcel Pagnol : Marius, Fanny et César. “Marius” sortira le 10 juillet prochain sur les écrans. “Fanny” n’a pas encore de date de sortie. “César” est en production.
Raphaël Personnaz, révélation masculine du festival de Cabourg en 2011, joue le rôle de Marius. Il était présent, vendredi soir pour décerner le prix du premier rendez-vous à sa jeune partenaire.
Le prix du premier rendez-vous masculin a été décerné à François Civil par Marie De Villepin, la fille de l’ancien premier ministre. Agé de 24 ans, François Civil a fait ses premiers pas dans le cinéma il y a près de dix ans, en 2005, dans Le Cactus de Gérard Bitton et Michel Munz. Puis, on l’a vu dans un petit rôle dans “Molière” (2007) de Laurent Tirat et Ariane Mnouchkine, avec Romain Duris et Fabrice Luchini.
Après une formation au cours Florent, il se retrouve face à Daniel Auteuil dans “15 ans et demi” (2008) puis tient le rôle principal de “Soit je meurs, soit je vais mieux de Laurence Ferreira Barbosa (2008). On l’a remarqué par la suite dans Bus Palladium de Christopher Thompson (2010), dans “Elles” (2011) de Malgorzata Szumowska avec Juliette Binoche et Anaïs Demoustier, puis dans “20 ans d’écart” qui réunit Virginie Effira et Pierre Niney (2012). Il vient de tourner dans un film britannique, “Frank” de Lenny Abrahamson, avec Michael Fassbender.
Cabourg a choisi de le récompenser pour son interprétation de Thomas, écrivain en herbe épris de la belle Julie (Camille Cléris, également présente à Cabourg) dans “Macadam Baby”, premier long-métrage de Patrick Bossard réalisé en 2012 et encore inédit en salles.

N’ayant ni lu le roman de Francis Scott Fitzgerald, ni vu l’adaptation cinéma de Jack Clayton avec Robert Redford et Mia Farrow (1974), « Gatsby le magnifique » version Baz Luhrmann était une découverte totale.
La bande-annonce dévoilait un ton étincelant et extravagant dans la forme, dans le lignée de « Moulin Rouge », sans être une comédie musicale. Les images s’enchaînaient à une vitesse épileptique sur une bande originale composée de tubes contemporains, créant un effet anachronique branché.
Le film sur sa durée (2 h 30) se révèle plus posé, voire longuet dans la dernière partie.
La première interrogation vient du parti-pris du scénario d’entretenir le mystère sur l’identité de Gatsby… alors que les spectateurs n’attendent que de voir, enfin, la star du film, Léonardo DiCaprio. Il faut se montrer patient… Son introduction est néanmoins bien amenée.
Comme à son habitude, DiCaprio ne se ménage pas et se plonge totalement dans son rôle. Ses yeux bleus brillent d’une intensité folle et traduisent le bouillonnement contenu du personnage. En ce sens, il nous renvoie à son interprétation hantée de flic tiraillé dans « Les infiltrés » de Scorsese en 2005. Dans une séquence de flash-back, on a aussi l’impression de revivre une scène-clé du film « Roméo+Juliette » avec le même DiCaprio soudain rajeuni.
Mais alors, pourquoi ponctue-t-il chacune de ses phrases avec cette expression « Old Sport ». L’effet de répétition est pour le moins irritant!

Ceux qui connaissent l’intrigue seront sans doute agacé par la durée de la mise en place. Dans la première partie, Gatsby est présenté comme l’homme de toutes les légendes. Tout le monde le connaît mais personne ne l’a (soi-disant) jamais rencontré. Et puis, contre-sens total, dans la seconde partie du film, on découvre qu’en fait, Gatsby a fait la une de tous les journaux en qualité de millionnaire sorti de nulle part.
A la fin du film, on réalise surtout que Gatsby aurait sa place dans un conte de fées de Tim Burton, un personnage ) la fois enfantin et monstrueux dans sa folie, qui croit naïvement en l’amour avec un grand « a »… à ses dépens. Il évoque aussi le célèbre magicien d’Oz, ce charlatan au grand coeur, enfermé dans son château comme dans ses illusions.
A l’image de son personnage principal condamné à faire les choses en grand, l’Ausralien Baz Luhrmann multiplie les effets de mise en scène et de caméra, s’appuyant sur des effets numériques pas toujours réussis, comme s’il cherchait à combler les vides d’un scénario relativement ténu.

Difficile, dans ce contexte, de donner chair à des personnages et surtout de susciter de l’émotion. Carey Mulligan, dans le rôle de Daisy, le grand amour inaccessible de Gatsby, réussit malgré tout à illuminer le film par son charme quasi enfantin. Sa scène d’introduction, tout comme celle de Gatsby, est sublime. Tobey Maguire, le Spiderman de Sam Raimi, compose un narrateur sympathique, auquel le spectateur s’identifie aisément. Dommage qu’on ne ressente pas ce tourbillon des années folles dans lequel il se trouve embarqué, avec alcool et sexe à volonté. A ce titre, le film se montre bien trop sage et artificiel pour émoustiller.
Quant à Joe Edgerton (Animal Kingdom), il cabotine à outrance dans le rôle du méchant de service, dommage.

Prétendant à la Palme d’or au dernier festival de Cannes, « Le Passé » de l’Iranien, Asghar Farhadi a sans doute refroidi le jury présidé par Spielberg. La faute à un ton résolument pesant et sans doute aussi, à une désagréable impression d’avoir tué le suspense à force de jouer la durée et d’abuser des rebondissements.
Heureusement, ce sentiment désagréable ne survient qu’en dernière partie du film. Pauline Burlet, la jeune interprète du rôle de l’adolescente névrosée qui lâche des bribes d’info au compte-goutte sur son « terrible » secret irrite bien plus qu’elle n’émeut. Dommage!

En revanche, le reste du casting est irréprochable, à commencer par Bérénice Béjo qui a remporté la palme de la meilleure actrice. Dans le rôle de Marie, jeune mère de famille tiraillée entre deux hommes, elle s’impose avec une rare intensité. On croit en son personnage, à sa douleur provoquée par Ahmad, ce mari iranien qui l’a largué sans explication, il y a quatre ans. Ce mari qui n’a rien d’un salaud pourtant. Il a les traits fins et doux d’Ali Mossafa, acteur et réalisateur réputé en Iran. Elle hurle et pleure tandis qu’il s’exprime avec calme et sagesse, tel un professeur. Le yin et le yang, si l’on peut dire. Ces deux-là s’opposent et s’attirent en permanence. Et puis, les apparences se révèlent trompeuses. Derrière le masque zen, transparaît le regret, la tristesse ou la colère contenue.
Le film ne repose pas que sur eux, les enfants occupent une place importante. En particulier le jeune Fouad, interprété avec un naturel désarmant par le jeune Elyes Aguis. Il joue le fils de Samir (Tahar Rahim, la découverte du Prophète de Jacques Audiard), gérant d’une laverie et surtout l’amant de Marie. Relativement effacé dans la première partie du film, son personnage prend de l’épaisseur par la suite. Sa distance surprenante vis-à-vis de Marie prend tout son sens dans la deuxième partie. Il faut être patient. Asghar Farhadi filme cette famille disloquée et plus ou moins recomposée au gré des circonstances (Marie a fait revenir Ahmad pour qu’il officialise le divorce et qu’elle puisse enfin refaire sa vie avec Samir) comme dans un film noir ou un thriller où les secrets les plus sombres finissent pas se dévoiler progressivement. Il n’y a pas les gentils et les méchants, mais simplement des hommes, des femmes et des enfants ancrés dans la réalité tourmentée des sentiments, que ce soit l’amour, la jalousie, la trahison, l’incompréhension. Personne ne fait illusion longtemps.

Que l’on soit Iranien, Français ou de n’importe quelle nationalité, chacun s’y retrouvera. C’est sans doute aussi ce qui rend le film si pénible à avaler après coup. Il ne laisse pas beaucoup de place à l’espoir et aux lendemains qui chantent.

Gaspard Noé a adoré “Only God Forgives”, on comprend pourquoi. Nicolas Winding Refn rend hommage au cinéaste chilien Alejandro Jodorowsky en signant un film étrange, dérangeant, outrancier, froid et entièrement au service d’une mise en scène maîtrisée, à l’esthétique visuelle et sonore somptueuses. Un exercice de style radical, à la fois onirique, fantasmagorique même, et viscéral, dans lequel se retrouve le réalisateur d’”Irréversible” et de “Enter the Void”. En revanche, les fans de Drive et de Ryan Gosling risquent de le rejeter en bloc.
Car si le réalisateur danois a renoué avec son acteur fétiche et le compositeur Clift Martinez, il choisit de prendre le contrepied de “Drive”. Winding Refn comparait son précédent film à une relation sexuelle qui se concluait par un orgasme. “Only God Forgives” ressemble à une relation sadomasochiste où le héros est incapable d’avoir une érection. Frustrant ? Frustrant. C’est l’effet recherché.

Un peu comme si le duo de “Drive” cherchait à défaire ce qu’ils avaient involontairement provoqué il y a deux ans : la “Goslingmania”. Tout le monde s’attendait à retrouver le délicieux frisson suscité par ce personnage du driver, mystérieux, mutique, sexy, romantique et indestructible. Ryan Gosling est forcément comme ça dans la vie…
On découvre un protagoniste, certes toujours aussi mutique, beau et musclé, mais dont l’apparente virilité est vite mise à mal, voire écrabouillée. L’effet sur nous, spectateur, est forcément désagréable. On partage la frustration du protagoniste confrontée à son impuissance. Ce n’est pas de l’empathie que l’on ressent à son égard, mais un profond agacement. C’est un peu comme si l’acteur, avec l’appui total de son pote réalisateur, testait la patience et la sincérité de son public. Courageux!

Plongés dans un univers oriental dénué de repères, quasi irréel, qui relève autant du rêve que du cauchemar, avec cette étonnante lumière rouge sang, les personnages d’”Only God Forgives” sont essentiellement symboliques. Comparables à des marionnettes fantomatiques ou monstrueuses, les trois protagonistes incarnent une curieuse famille recomposée. La mère, extravagante, cruelle et castratrice, est interprétée par Kristin Scott Thomas (un beau contre emploi), Gosling est le fils, torturé et impuissant, on l’a déjà dit. Enfin, l’acteur thaïlandais Vithaya Pansringarm (vu dans Very Bad Trip 2) fait office de père de substitution, à la fois rival œdipien et bras armé d’une justice implacable et questionnable. D’une certain façon, il rappelle ce guerrier silencieux, interprété avec intensité par Mads Mikkelsen dans le film éponyme de Winding Refn (2009). Film qu’adore Ryan Gosling.
Attention, “Only God Forgives” n’est interdit qu’aux moins de 12 ans, mais certaines scènes de torture, particulièrement gores, peuvent heurter la sensibilité de tous.