Audrey Bastien, actrice : “Cabourg, c’était tout doux”

Audrey Bastien, 25 ans, actrice révélée dans “Simon Werner a disparu”, de Fabrice Gobert (créateur de la série “Les Revenants”) était présente au 31e Festival du film romantique de Cabourg pour présenter “L’Âme du tigre”, de François Yang.

(crédit Dominique Saint)
Audey Bastien photographiée à Cabourg, samedi 17 juin. (Crédit Dominique Saint)

Vous étiez déjà venue 2011 au festival de Cabourg pour présenter “J’aime regarder les filles” avec Pierre Niney. Avec “L’Âme du tigre”, présenté en section Panorama, c’était votre deuxième visite. Que retenez-vous de votre séjour ?
Avec Fréd (Frédéric Siuen, l’acteur principal de « L’Âme du tigre », NDLR) on s’est chamaillés tout le long (rire). Je n’ai pas vu de films… Je dirais bonne nourriture, vacances et soleil !

Comment avez-vous été approchée pour jouer Eloane dans « L’Âme du tigre » ?
Fréd était pris depuis des années. J’ai passé deux essais dont un avec Christel Baras, la directrice de casting. Elle m’avait vue dans “À la source” (2014), un court-métrage de Steve Achiepo dans lequel je joue une fille partie faire ses études à Paris et qui revient dans sa banlieue. C’est Christel qui est venue me chercher et c’est grâce à elle que j’ai eu le rôle.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans le personnage d’Eloane?
C’est une femme casse-cou. Face au personnage joué par Fréd, on s’était dit qu’il fallait une fille qui lui tienne tête, pas une midinette. Mon personnage est censé être musicienne, même si on ne le voit pas à l’écran.

Ce film vous a-t-il donné envie de tourner en Chine ?
Oui ! J’aimerais beaucoup. Les gens qui vont voir le film pensent qu’on a tourné là-bas.

C’est bien aussi d’avoir tourné dans le 13e à Paris, un quartier qu’on ne voit pas souvent au cinéma…
Oui, c’est vrai. En fait, moi, j’ai tourné en Suisse mais c’était pas mal aussi !

Audrey Bastien avec Frédéric Siuen, sur le tapis rouge de Cabourg.
Audrey Bastien avec Frédéric Siuen, sur le tapis rouge de Cabourg.

Vous avez déclaré lors de la projection du film à Cabourg que vous étiez Vosgienne, c’est vrai ?
Non c’était pour rigoler. Mon père est Vosgien et je venais de tourner un film dans les Vosges. Je suis née à Courcouronnes (91) mais j’ai déménagé à peu près tous les trois ans dans ma vie.

Vous avez vécu aux États-Unis, je crois ?
Oui à Washington DC de 9 à 11 ans.

Vous êtes donc parfaitement bilingue…
Je peux faire genre (sourire).

Vous avez joué en anglais récemment dans le film “For This is My Body” de Paule Muret…
Oui. la réalisatrice voulait que j’appuie sur l’accent français.

Vous parlez habituellement avec un accent américain, j’imagine ?
Oui.

En quoi ce film est-il votre préféré parmi tous ceux que vous avez tournés jusqu’à présent ?
Quand j’ai lu le scénario, j’ai eu l’impression de lire un roman. C’est une histoire de rencontre entre Paula mon personnage et celui de Carl (Barât). C’est sans doute la rencontre humaine la plus forte de ma vie. Ce film parle tellement bien de la solitude. Cela m’a fait penser à mon film préféré quand j’étais plus jeune : « Lost in Translation », de Sofia Coppola. Mon personnage est tellement perdu dans ce film !

Vous avez obtenu une licence d’anglais après votre bac ES. Comment êtes-vous devenue comédienne ?
Grâce à Internet. Si j’avais des bonnes notes, je pouvais avoir des billets de train pour passer des castings. À l’époque, je vivais dans la campagne près de Bordeaux. À l’époque je regardais plein de films et ça m’a donné envie.

Y a-t-il un personnage de cinéma que vous auriez aimé incarner à l’époque ?
Incarner je ne sais pas. Mais, j’aime beaucoup “Chloé” avec Marion Cotillard. C’est tellement beau même si c’est un film hyper sombre sur la prostitution. Marion, je la trouve tellement belle et bonne actrice. Elle m’a donné envie de vivre des choses aussi fortes qu’elle.

C’est rigolo, car Marion Cotillard était présidente du jury à Cabourg cette année. D’ailleurs, le président du jury courts-métrages était Gabriel Le Bomin avec qui vous venez de tourner « Nos patriotes » (en salles depuis le 14 juin, NDLR)…
Je joue un petit rôle. Mon grand-père était maquisard. Et encore fort, celle qui joue ma grand-mère dans le film a été prof de SVT (sciences de la vie et de la terre) de mon père ! Ma scène préférée du film c’est quand elle tient la main de Mamadou Addi Bâ, le personnage principal. De mon côté, je joue une jeune fille qui va cacher Mamadou Addi Bâ dans le grenier.

Que fait votre père dans la vie ?
Aujourd’hui il est à la retraite, mais il était dans l’armée de l’air. Ma mère était mère au foyer.

Avez-vous un frère ou une sœur ?
Non.

En dehors de Marion Cotillard, y a-t-il des acteurs ou des actrices que vous admirez le plus ?

Béatrice Dalle. Je l’ai vue dans “37°2 le matin”. Je l’avais enregistré en douce. Elle était sublime dans ce film ! Je dirais Florence Loiret-Caille aussi.

À part “Lost in Translation”, quels films aimez-vous particulièrement ?
Je dirais “Dancer in the Dark” (de Lars Von Trer, 2000). Je suis folle de Björk, je l’ai vue en concert il y a un an.

J’ai grandi en voyant plein de films. Je pense à ce film (”Maman à 16 ans“, de Didier Bivel) avec Florence Loiret-Caille. Elle jouait une fille enceinte de 16 ans. Je le regardais en boucle quand je devais avoir 12 ans. Ça me donnait envie d’avoir un bébé et d’être une adulte. C’était ce genre de films plus pour les adultes, de type cinéma d’auteur, qui passaient tard à la télé et je les enregistrais.

Votre premier film important c’est “Simon Werner a disparu” (2010) de Fabrice Gobert. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre interprétation de ce personnage machiavélique ?
À l’époque, j’étais deja très dure avec moi-même.  Aujourd’hui, si je devais revoir “Simon Werner”, j’imagine que je serais plus  bienveillante. Je n’avais que 17 ans. C’est un rôle riche, mais tellement court.

Vous étiez allée à Cannes pour présenter le film. Quel souvenir ?
C’était ma première fois à Cannes. Surtout, ça a été magique de voir le film dans la grande salle du Palais. Il y a eu de beaux applaudissements à la fin.

J’imagine qu’en comparaison Cabourg était moins formel ?
Cabourg, c’était tout doux…

Dans le film “J’aime regarder les filles” de Frédéric Louf, vous incarnez un personnage plus romantique, amoureuse de littérature. Êtes-vous plus à l’aise pour jouer ce genre de personnage ?
Je préfère quand je joue des méchantes, mais bon, je suis aussi très romantique en vrai…

Lorsque vous jouez un personnage, quelle est votre méthode pour exprimer des émotions à l’écran ?

J’apprends. je n’ai pas pris de cours, je n’ai pas de méthode. Je vois bien ces comédiens qui mécaniquement arrivent à pleurer au bout de vingt secondes. Je ne juge pas. Je n’ai pas de truc.

Audrey Bastien et Solène Rigot à Cabourg. (crédit Dominique Saint)
Audrey Bastien et Solène Rigot à Cabourg. (Crédit Dominique Saint)

Dans “Puppy Love” (2014) de Delphine Lehéricey, vous retrouvez Solène Rigot comme partenaire. Elle m’a confié que vous étiez complémentaires. Que pensez-vous d’elle en tant qu’actrice ?
Ce qu’elle est vraiment et ce qu’elle dégage ne sont pas du tout la même chose. C’est pourquoi c’est déroutant lorsqu’elle est à l’écran. On n’est pas des midinettes et c’est pour ça, je crois qu’on s’entend si bien depuis tant d’années et qu’on a joué ensemble, que ce soient des cousines, des sœurs, des amies/amoureuses !

Dans ce film il est question de sexualité adolescente. Quel rapport entretenez-vous avec votre corps à l’écran ?
Je ne suis pas pudique et je me fiche des regards sur le plateau au moment où le réalisateur dit « Action ! ». Et à l’écran, ça ne me fait rien de me voir nue. Je ne me reconnais pas, je vois juste quelqu’un.

En dehors de “For this is my body”, votre prestation dans “Puppy Love” est l’une des plus remarquables de votre jeune carrière…
Oui, ce rôle m’a permis de faire des choses par la suite, des réalisateurs m’ont fait confiance. Malheureusement, le film n’est pas sorti en salles en France. Il a surtout été vu en Belgique. Mais j’ai vu qu’il était programmé sur Netflix aux États-Unis, et ça, c’est cool !

Dans “2 Automnes, 3 Hivers”, de Sébastien Betbeder, vous jouez face à Vincent Macaigne, le partenaire de Solène Rigot dans « Tonnerre »…
J’adore Vincent ! C’est quelqu’un de très intéressant ; J’aimerais trop le voir dans une belle histoire d’amour passionnelle sans qu’on se moque de son personnage ni de son physique. En plus, je le trouve trop beau. Beaucoup de gens le trouvent émouvant mais moi, je le trouve vraiment canon !

AImeriez-vous jouer dans cette histoire d’amour passionnelle ?
Bien sûr ! Je suis peut-être un peu trop jeune…

Comment avez-vous été approchée pour jouer dans ce film ?
Le réalisateur m’avait vue dans « Simon Werner a disparu » et il m’a envoyé le long monologue face caméra. Je me suis mis la pression, c’était le texte le plus long de ma vie ! J’étais angoissée. Mais quand je l’ai rencontré, j’ai compris qu’il m’avait déjà choisie pour le rôle. C’était bon !

Êtes-vous plus à l’aise pour jouer des personnages avec peu de textes et laisser votre corps et votre visage exprimer les émotions plus que des mots ?
Je ne sais pas. Les mots, c’est beau. Grâce aux mots des autres, j’ai l’air moins bégayante, je suis plus à l’aise. Après, il n’y a pas très longtemps, j’ai joué un avatar, un rôle presque muet. J’ai adoré !

Êtes-vous sollicitée pour jouer dans des films américains ?
Oui j’ai eu des occasions, mais cela n’a pas marché. Je me mettais trop de pression. Comme si je me sabotais.

Quel est le film romantique par excellence selon vous ?
Je ne sais pas… J’en ai vu dernièrement qui est trop cool : « Love Steaks » (de Jakob Lass), un film romantique allemand. L’acteur (Franz Gorowski) est incroyable ! D’ailleurs, il joue dans le prochain Haneke (”Happy End” sortira en salles le 4 octobre, NDLR).

Et dans votre filmographie ?
“For this is my body” !

Quels sont vos projets ?
J’ai tourné dans “Deux Mondes”, une série en réalité virtuelle produite par Canal + et le Studio Bagel Productions qui travaille habituellement pour Youtube. J’ai joué un avatar, avec Come Levin, l’acteur que l’on voit dans le film “Amsterdam” (de Stefan Miljevic, 2013). En plus, le réalisateur Louis Farge est un ami depuis huit ans. C’était la première fois que je tournais pour un ami.

Avez-vous envie de passer derrière la caméra ?
Oui ça me parle beaucoup depuis des années. J’ai déjà essayé de filmer mais je tremble. Il suffirait de bien s’entourer. J’écris des choses, mais j’ai besoin de quelqu’un qui puisse écrire avec moi, qui mettrais en forme ce que j’ai dans la tête…

Stacy Martin glamour sur la plage de Cabourg

À 26 ans, la révélation française de “Nymphomaniac” est venue accompagnée du réalisateur Michel Hazanavicius pour présenter “Le Redoutable” en séance de clôture du 31e festival du film romantique de Cabourg. Stacy Martin s’est aussi livrée au jeu du photo-call sur la plage.

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“Une femme fantastique” et “Mobile Home”, les deux coups de cœur du jury de Marion Cotillard

La 31e édition du festival du film romantique de Cabourg a dévoilé son palmarès samedi soir. Le Swann d’or du meilleur film revient à Sage Femme de Matin Provost tandis que le jury présidé par Marion Cotillard a récompensé à la fois le film chilien « Une femme fantastique » (Grand Prix) et Mobile homes du Français Vladimir de Fontenay.

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« Nous avons eu deux coups de cœur. » Marion Cotillard, présidente du jury des longs-métrages en compétition de la 31e édition du festival du film romantique de Cabourg a annoncé deux lauréats pour le prix du jury, samedi soir au Casino de Cabourg.

Le premier est un film chilien, “Une femme fantastique”, également récompensé par le jury composé de lycéens bas-normands. Son réalisateur, Sebastian Lelio ne pouvait être présent, pour cause de tournage avec Rachel Weisz et Rachel McAdams à Londres, mais il a adressé un message vidéo de remerciement. « À un moment où le monde entier sembler aller à reculons vers le Moyen Âge, ce film invite à explorer les limites de notre empathie et à exercer notre élasticité spirituelle. Merci d’avoir donné cette reconnaissance au film et cela l’aidera à être distribué rapidement en France. »

Exceptionnellement, une mention spéciale du jury a été attribuée à un second film : “Mobile Homes” du réalisateur français Vladimir de Fontenay, ou l’histoire d’un couple et de leur enfant de 8 ans, engagés dans une fuite inexorable entre les États-Unis et le Canada.
« Nous avons fait ce film au Canada à -35° dans des conditions difficiles, nous avons dû retourner trois fois le film », a confié le réalisateur au moment de recevoir son prix, saluant la confiance de son équipe et la prestation de ses comédiens. « Imogen Poots comme tous les acteurs de ce film nous ont bouleversés », a commenté de con côté Marion Cotillard.

Par ailleurs, le jury du court-métrage présidé par le réalisateur Gabriel Le Bomin a décerné trois prix. Celui du meilleur court-métrage, « parmi sept films traitant d’un même thème l’amour et le désir mais avec des variations » revient à “Journée Blanche” de Félix de Givry. « Le romantisme dans le sens de la recherche de la poésie, c’est quelque chose pour lequel il faut se battre a déclaré le comédien et réalisateur. Deux acteurs formidables sont entrés dans ce film et en les voyant jouer, c’était comme de la poésie. »


Le prix de la meilleure interprète dans un court-métrage est attribué à Adèle Simphal dans “L’Attente” d’Eric du Bellay.

Deux jeunes hommes, Théo Cholbi et Zacharie Chasseriaud repartent avec un prix ex æquo pour leur prestation dans “Tropique” de Marion Defer. « Un acteur n’est rien sans son partenaire », ont estimé les membres du jury court-métrage. « Avec Zacharie, on s’est rencontrés sur ce tournage, a déclaré fou de joie Ttéo Cholbi au moment de recevoir le prix. On est devenus inséparables et infréquentables. »


Dans la section panorama dix films concouraient pour le prix du public… dont le Grand Prix de Cannes 2017, “120 Battements par minute” de Robin Campillo. Logiquement, le public a voté majoritairement pour lui. C’est la comédienne Julie Ferrier qui a remis le prix au réalisateur, ne pouvant s’empêcher juste avant, de se moquer gentiment des Normands en lançant un « Boujou, ça va-t’y ? Y fait rien beau ! »
Avec une autre forme d’humour, plus discrète, Robin Campillo s’est posé la question : « Je ne sais pas si mon film était le plus romantique du festival. En tout cas, je crois beaucoup à la romance. Mes distributeurs vont être rassurés de savoir que j’ai reçu le prix du public Cabourg. »
Ce beau film qui évoque les années Sida et le combat des militants d’Act-Up contre l’indifférence générale dans les années 90 sortira en salles le 23 août prochain.

“Sage-Femme” remporte le Swann d’or à Cabourg

Le Festival décerne chaque année ses Swanns à des films sortis dans l’année écoulée. Cette année, il a choisi de remettre son Swann du meilleur film à “Sage Femme”, de Martin Provost, avec Catherine Deneuve et Catherine Frot.

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La comédienne Yolande Moreau a remis le prix au réalisateur avec qui elle avait tourné “Séraphine” en 2008. « Avec lui on parle de tout et même parfois de rien, a-t-elle commenté sur scène. On évoque l’écologie, Trump et les flatulences de l’oncle René avec le même bonheur, c’est toujours plein de délicatesse, d’intelligence, de bienveillance. Parce qu’il prend soin des autres, parce qu’il connaît bien les femmes et en parle si bien, parce que par son regard on se voit toujours grandir et parce que je suis tellement contente d’être de ses amis, je suis très heureuse de remettre ce Swann d’or à mon ami Martin Provost. »

Ce dernier a alors expliqué qu’il avait failli mourir quand il est né. « J’ai été sauvé par une sage-femme, d’où ce film. Quand je vois cet objet (le Swann), je m’imagine pointant mon œil, disant mon Dieu qu’est-ce qui m’attend ? Et i m’attendait du sang parce qu’il fallait nous en changer. C’était fondamental sinon je ne serais pas là, d’où ce film. Quand j’ai rencontré Yolande pour “Séraphine”, tu m’attendais dans ton jardin et je t’ai parlé de cette histoire incroyable, de ce rôle et tout de suite quelque chose s’est passé. Tu as été d’une certaine façon, une sage-femme pour moi. Tout au long de ma vie, je vois que je suis soutenu par les femmes. »


Citons enfin les deux prix de la révélation : Dora Tillier dans “Monsieur et Madame Adelman” de Nicolas Bedos, – ce dernier était présent pour lui remettre le prix.

Rabah Nait Oufella dans le formidable “Nocturama” de Bertrand Bonello. Il était également très bon dans “Grave” de Julia Ducournau, un film d’horreur doublé d’une belle histoire d’amour.

Le Swann du meilleur acteur à Reda Kateb pour “Django”

Comédien révélé chez Jacques Audiard, Reda Kateb, 40 ans, est devenu l’un des meilleurs comédiens français de sa génération. Le festival du film romantique de Cabourg a choisi de lui attribuer un Swann d’or en récompense de sa prestation dans “Django” d’Étienne Comar. Le prix lui a été remis par Juliette Binoche et Xavier Beauvois, samedi 17 juin.

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« Je ne devais pas être un très bon second rôle, a commenté non sans humour Xavier Beauvois au moment de remettre le prix. Dans “Django”, je joue un médecin collabo qui veut à tout prix envoyer Django dans les camps et tout à coup me voici en train de lui décerner le prix du meilleur acteur dans le soleil de Normandie. C’est vraiment la magie du cinéma. »

Juliette Binoche a, de son côté, encensé l’homme et le comédien : « Tu es beau, obstiné, sincère, nerveux, bravo ! »

Et Reda Kateb de répliquer : « J’ai toujours su que j’étais romantique même si je n’ai pas commencé par jouer des rôles qui l’étaient. “Django” est un vrai romantique qui se donne des airs de Clark Gable, merci Cabourg ! »

L’hommage de Dominique Besnehard à Béatrice Dalle

Moment fort de la soirée de clôture du 31e festival du film romantique de Cabourg :  la remise du Swann de la meilleure actrice, avec un standing ovation, à Béatrice Dalle.

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Le Virois Dominique Besnehard qui lui a décerné le prix a trouvé les mots justes : « J’ai été très longtemps l’agent de Béatrice et son ami. Je ne lui ai jamais vraiment fait de compliment. Qui aurait pu imaginer que la jeune femme de 20 ans, Béatrice Cabarrou, avec qui j’avais donné rendez-vous pour le casting de « 37°2 le matin » serait trente ans plus tard face à moi pour recevoir de mes mains le Swann de la meilleure actrice ? Quand Béatrice apparut ce jour-là, avant de lui dire bonjour et de l’inviter à s’asseoir à la table, je ne vis que sa bouche trop grande, démesurée. Je me disais comme c’est dommage, cette fille a l’allure, le physique de Betty, mais avec des lèvres aussi voluptueuses cela ne passera jamais à l’écran. J’oubliais que les grandes stars qui ont incarné la sensualité au cinéma ont de belles et grandes bouches : Jeanne Moreau, Brigitte Bardot, Sophia Loren entre autres.»

«Si j’avais été démiurge, avec le pouvoir de créer mon actrice, c’est absolument le portrait de Béatrice qui apparaîtrait comme celui en pointillé du futur président un soir d’élection sur une chaîne de télévision. En dehors de sa beauté physique singulière, de son animalité, de cette peau blanche satinée contraste étonnant avec la noirceur de sa chevelure, avec ce regard marron clair qui varie de la langueur à l’étincelle. Béatrice, c’est une belle personne. »

Le prix récompensait sa prestation dans « Chacun sa vie » de Claude Lelouch.

Marion Cotillard, radieuse présidente du jury à la cérémonie de clôture

Les festivaliers ont eu le plaisir de redécouvrir la comédienne rayonnante et à l’écoute, samedi 17 juin, lors du défilé sur tapis rouge qui a précédé la soirée de clôture du festival du film romantique de Cabourg.

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Soufiane Guerrab et Léna Magnien, lauréats du prix Premiers rendez-vous

Deux jeunes comédiens ont reçu, vendredi 16 juin, le prix Premiers rendez-vous du festival du film romantique de Cabourg.

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Soufiane Guerrab et Léna Magnien à Cabourg. ©Dominique Saint

Léna Magnien, 16 ans, est la révélation de « Jamais contente », la comédie d’Émilie Deleuze avec Alex Lutz, sortie en salles en janvier dernier. Il y a deux ans, elle avait été repérée par l’équipe de casting du film, à la sortie de son collège à Paris. « Depuis que je suis toute petite, j’ai toujours voulu faire du théâtre ou du cinéma. Et là, mon désir s’est renforcé. »
Fille d’un chef opérateur et d’une maman russe traductrice – « elle a notamment fait de la traduction pour des films », Léna Magnien a également un frère de 20 ans qui étudie le cinéma. « Il veut devenir réalisateur. » Actuellement, en classe de seconde, elle a démarré des cours de théâtre dans son lycée. « C’est même une spécialité à Victor-Hugo où je suis. »


Ce prix arrive comme une surprise pour elle. « Le film est sorti il y a longtemps, je pensais que c’était fini. En fait, non. Tant mieux ! Ce film a été une expérience extraordinaire ! »
Si c’est sa première fois au festival du film romantique, elle connaît déjà Cabourg. « Nous avons une maison de campagne pas très loin et je suis déjà venue à Cabourg pour la plage. »


De son côté Soufiane Guerrab, Parisien de 30 ans est comédien au cinéma et à la télévision depuis dix ans. Il s’est déjà fait un nom grâce à une série télévisée, “Les Beaux Mecs“, diffusée sur France en 2011. Vu dans “La Loi du marché” de Laurent Cantet, c’est pour sa prestation remarquée dans « Patients », le long-métrage de Grand Corps Malade et Mehdi Idir sorti en salles en novembre dernier.
« C’est le rôle qu’on veut tous quand on est acteur, confie le jeune homme tout sourire. Je n’avais pas lu le livre au moment de passer le casting, je ne connaissais pas Fabien (Marsaud, alias Grand Corps Malade, NDLR). Cela a été une de mes plus belles découvertes artistiques et personnelles. »

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©Dominique Saint

Jouer avec deux réalisateurs n’a pas été une difficulté. « Au contraire, Fabien et Mehdi sont super potes. Mehdi réalise les clips de Fabien depuis dix ans. Ils ont la même sensibilité à l’art et ça s’est ressenti pendant le tournage. C’était d’une simplicité, ça paraissait facile. » Pour son rôle, Soufiane a dû apprendre à manipuler un fauteuil roulant. « Avec les autres comédiens, on a été suivi par l’ancien kiné de Fabien qui nous disait quoi faire et ne pas faire pour être crédibles. Et autour de nous c’étaient de vrais patients, ce qui nous a permis d’être bien immergés dans nos personnages. »

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Son prix du festival de Cabourg il le dédie à ses camarades acteurs du film. « Nous avons déjà eu un prix collectif au festival de Sarlat. On a de la chance d’avoir un film qui, partout où il passe, repart avec un prix. C’est un film qui se joue à plusieurs et pas tout seul, depuis le début on est une équipe et ce prix, en réalité, il est pour tout le monde. »

Compétition. « Ava », un portrait d’ado sensible et épris de liberté

Audacieux, sincère et surprenant. « Ava », premier long-métrage de la scénariste Léa Mysius est tout cela à la fois et plus encore.

Remarqué à Cannes où il concourait à la Semaine de la Critique, le film mérite tous les éloges malgré ses quelques petites imperfections. Un prix du jury à Cabourg aurait été amplement mérité.
« Ava », c’est Noée Abita, une révélation très prometteuse qui malgré son jeune âge (son personnage a 13 ans) réalise une performance époustouflante de naturel et de puissance évocatrice. Ses yeux ultra-expressifs régulièrement filmés en gros plan par la réalisatrice, happent toute l’attention du spectateur captivé par leur intensité magnétique.

Ils sont sans doute le vecteur essentiel des émotions à fleur de peau de cette adolescente qui entretient avec sa mère (impeccable Laure Calamy) une relation affective pour le moins chaotique. Ils deviennent même tout l’enjeu de l’intrigue dès lors qu’Ava apprend qu’elle est condamnée à progressivement perdre la vue. C’est alors une course contre la montre qui s’ensuit, la jeune fille va s’empresser de développer ses autres sens et se mettre en quête de la beauté qu’elle souhaite figer dans sa mémoire avant de plonger définitivement dans le noir.

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Au fur et à mesure que son champ de vision se rétrécit, c’est aussi l’innocence de l’enfance qui disparaît progressivement pour laisser place à la jeune femme, consciente de son corps et de ses désirs et maîtresse de ses choix, avec la volonté de prendre son destin en main. Cela passe d’abord par sa relation avec Lupo, un magnifique chien-loup couleur de geais qu’elle prend en affection (il ressemble à un loup géant sorti de Game of Thrones) et se termine par une belle histoire d’amour avec un bel espagnol ténébreux.

Léa Mysius, réalisatrice de "Ava".
Léa Mysius, réalisatrice de "Ava".

Tel un pied de nez à l’expression « broyer du noir », Ava n’a rien d’un mélo pathétique et se révèle, au contraire, une œuvre lumineuse (solaire), sans cesse surprenante comme l’est la vie et animée d’un souffle de liberté dans le ton, la forme et le mélange des genres qui n’est pas sans évoquer le cinéma de la Nouvelle Vague. Les scènes où le jeune couple peint de la tête au pied braque les plaisanciers sur la plage rappellent « Pierrot le fou » de Godard.
Attention, certaines scènes peuvent choquer, notamment dans la représentation sans détour de la sexualité.

Panorama. « L’Âme du tigre », énigme familiale au sein de la diaspora chinoise de Paris

Présenté dans la catégorie Panorama du festival du film romantique de Cabourg, « L’Âme du tigre » de François Yang ne manque pas d’intérêt.

Xin Wang, Edouard Yang, Frédéric Siuen et Audrey Bastien.
Xin Wang, Edouard Yang, Frédéric Siuen et Audrey Bastien.

Il s’agit du premier long-métrage de fiction de ce réalisateur suisse d’origine chinoise qui a fait ses armes dans le documentaire. L’intrigue est très personnelle dit-il. « Je suis né en Suisse, je vis à Paris et j’ai découvert ma culture chinoise en réalisant des documentaires, j’ai appris ma langue d’origine sur le tard… » Le film qui mêle un casting français (dont la trop rare Audrey Bastien) et chinois raconte l’histoire d’un Parisien d’origine chinoise (Alex). À la suite du décès teinté de mystère de son frère Jun commence à fouiller dans le passé familial. Un passé particulièrement douloureux et même tabou en Chine : la Révolution chinoise. Les festivaliers se souviendront sans doute du magnifique film de Dai Sijie, « Balzac ou la tailleuse chinoise », présenté à Cabourg en 2002 et qui traitait également de cette période de l’histoire chinoise.

« Les deux comédiens qui jouent le père et l’oncle ont réellement vécu cette période et pendant le tournage je leur ai demandé de se rappeler de ces moments difficiles. À l’écran, c’est leur propre douleur que l’on perçoit. Leurs larmes sont sincères. C’était une façon de faire rejoindre la réalité et la fiction. »

Dans « L’Âme du tigre », François Yang filme, chose rare, la communauté asiatique et plus particulièrement chinoise du 13e arrondissement parisien. Ses réflexes de documentariste lui ont servi puisqu’il confie avoir « volé » des scènes de vie sur place, dans le but d’apporter un cadre réaliste à son intrigue. C’est ainsi qu’il a pu capturer des images de commerçants autour de l’esplanade Olympiades ou du Nouvel an chinois dans le quartier. « Les scènes dans le métro ont aussi été filmées discrètement avec une équipe réduite », souffle-t-il.

« Comme le personnage principal, j’ai moi aussi vécu le deuil d’un frère et je me suis rendu compte à cette occasion que je ne connaissais pas l’histoire de mes parents. » Son père a vécu à Taïwan avant de s’installer en Suisse. « Si on ne les interroge pas, on ne sait pas. Mon film est donc aussi une histoire de transmission. »

"L'Âme du tigre". ©Frenetic Films
"L'Âme du tigre". ©Frenetic Films

Le comédien principal, Frédéric Siuen, issu du conservatoire national de Paris s’est lui aussi posé la question de ses racines. « Je pense que tous les Français avec des origines différentes se la pose. Le plus gros travail pour ce film a été de distinguer Alex de moi-même. Mes parents sont arrivés en France il y a une trentaine d’années. Ils ne maîtrisaient pas bien la langue et m’ont transmis le cantonais comme langue maternelle. Mais comme Alex, je ne parle pas le mandarin. »

François Yang avait pensé tourner du côté de Belleville mais il s’est heurté à une forte opposition de la communauté sur place. « Apparemment, il y a beaucoup de sans papier. C’est une immigration plus récente que dans le 13e et motivée par des raisons économiques.  Dans le 13e, les gens sont arrivés dans les années 70 – 80 et comme on peut le voir dans le film, ils sont bien intégrés. »

Si le film a peu de chance de sortir en Chine en raison de la forte censure du gouvernement en place, il paraît incompréhensible qu’il ne dispose toujours pas de distributeur en France. « Nous avons tourné en grande partie à Paris, déclare François Yang et nous montrons une communauté eu visible au cinéma, j’aimerais bien que mon film puisse être vu à Paris et partout en France. » Le message est passé.