Mommy : Prodigieux portrait de famille recomposée dans la douleur

 

"Mommy", de Xavier Dolan. Avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pinon, Suzanne Clément. (DR)
"Mommy", de Xavier Dolan. Avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pinon, Suzanne Clément. (DR)

Depuis le buzz de Cannes, tout le monde l’attendait ce fameux “Mommy”, cinquième long-métrage de Xavier Dolan, ce “génie” québécois, seulement âgé de 25 ans. Favori pour la Palme d’Or, il avait pourtant été supplanté, à la surprise générale, par le Turc “Winter’s Sleep”.  Depuis, il est annoncé dans tous les médias comme le film événement de l’année. Alors qu’en est-il?

 

Chapeau bas, M. Dolan. Votre film est un bijou brut, imparfait mais ô combien prodigieux! Le sujet est ordinaire mais son traitement est rare, puisque vous nous invitez à assister, quasiment en temps réel, à la (re)naissance d’une famille non conventionnelle. Il est aussi d’actualité et suscite toujours la polémique, à en juger par le réveil des partisans de la Manif pour tous, ces derniers jours.

 

Diane, alias Die (Anne Dorval), la cinquantaine, est veuve. Excentrique et forte en gueule, elle se comporte, presque malgré elle, en éternelle ado. Un jour, elle est amenée à reprendre la garde de son fils, Steve (Antoine-Olivier Pinon), un ado psychologiquement troublé, capable d’excès de violence fulgurante, et qui voue pour sa mère un amour possessif. La cohabitation entre les deux est difficile, mais une forme d’équilibre est atteinte dès lors qu’entre en scène, la voisine, Kyla (Suzanne Clément), une enseignante timide et bègue qui se prend d’affection pour Steve et pour sa mère.

 

 

Le film a obtenu le prix du jury au dernier festival de Cannes.
Le film a obtenu le prix du jury au dernier festival de Cannes.

 

Pour être franc, il y a un cap à passer avant d’entrer totalement dans l’univers du film. A commencer par la langue. En entendant Die, puis Steve déblatérer les mêmes expressions quasi incompréhensibles (merci les sous-titres), avec un niveau sonore et de vulgarité ahurissant, le premier sentiment est à l’agacement. Et pour ne rien arranger, on pense aussitôt aux sketchs des “Têtes à claque”, cette série animée humoristique québécoise qui a connu un énorme succès populaire sur Internet avant de débarquer sur Canal Plus, il y a quelques années. Pas très sérieux, ni très subtil tout ça.

 

Et puis, une fois passé cette phase des présentations à traits forcés, le ton change peu à peu, grâce à l’introduction du personnage charismatique, nuancé, voire mystérieux, de Kyla. On se laisse alors happer par la puissance émotionnelle et dramatique du récit. Xavier Dolan a volontairement réduit le format du cadre à un carré pour, dit-il, qu’on puisse se concentrer sur les visages des personnages. L’effet est saisissant. On s’aperçoit, au fur et à mesure de l’évolution des relations entre les trois personnages, que le cadre change régulièrement de format selon que l’ambiance qui règne dans cette pseudo famille recomposée est tendue ou heureuse. Xavier Dolan joue ainsi avec nos attentes. le changement de cadre étant annonciateur d’un changement de ton.

 

La mise en scène est, une fois de plus, épatante. Il nous avait déjà bluffé dans “Lawrence Anyways”, avec ses plans d’une formidable beauté plastique et ses parenthèses enchantées et surréalistes. Avec “Mommy”, il nous démontre qu’il en a toujours à revendre dans sa besace de magicien de l’image, du son et de la musique (avec lui, même Céline Dion devient audible).

Le film est peuplé de séquences appelées à rester dans les annales du cinéma. La plus belle et la plus émouvante est, indéniablement, ce flash-forward, à la Christopher Nolan, qui nous projette dans l’avenir de Steve. D’une puissance folle, elle nous donne à ressentir comme rarement, la mélancolie du temps qui passe. L’effet est aussi saisissant que la fameuse introduction de “Up!”, des studios Pixar.

 

 

Suzanne Clément dans le rôle de Kyla.
Suzanne Clément dans le rôle de Kyla.

 

“Mommy” est aussi un grand thriller, avec des scènes d’une tension extrême. On pense à la première confrontation physique entre Steve et sa mère, ou encore à la séquence du karaoké. Mais, la plus saisissante est sans doute l’explosion de rage du personnage de Kyla. Suzanne Clément prouve, une fois de plus, combien elle est une actrice extraordinaire. Elle était déjà la valeur ajoutée de “Lawrence Anyways”. Dans “Mommy”, elle a beau être plus en retrait, c’est bien elle qui nous captive au premier chef. On se prend à rêver d’une suite centrée, cette fois, sur son personnage et son mystère si intriguant.

 

Les Combattants : Fascinante Adèle

 

"Les Combattants" de Thomas Cailley. Avec Adèle Haenel, Kévin Azaïs. (DR)
"Les Combattants" de Thomas Cailley. Avec Adèle Haenel, Kévin Azaïs. (DR)

En 2002, on découvrait une ado de 12 ans tellement investie dans son rôle qu’on en oubliait qu’elle jouait la comédie. Un rôle d’enfant autiste, muet, tout en expression physique et quelle présence à l’écran! Elle était sidérante. Le film s’appelait “Les Diables”, de Christophe Ruggia. La comédienne, Adèle Haenel. A ses côtés, une autre révélation du jeune cinéma français : Vincent Rottiers (”A l’origine”, “Qu’un seul ne tienne et les autres suivront”, “Renoir”, etc.).

 

Douze ans plus tard, le corps de l’ado s’est transformé en un étonnant alliage de sensualité féminine et de robustesse masculine. Ce beau et doux visage “à la Isabelle Adjani”, éclairé par de grands yeux clairs écarquillés suscite un formidable émoi. Et puis, on entend le son de sa voix, grave et brut, à l’image de sa façon de se mouvoir et de se tenir, tout en puissance. Adèle Haenel est l’incarnation ostensible d’un deux en un, généralement plus intérieur : féminin-masculin.

 

Dans “Les Combattants”, premier long-métrage de Thomas Cailley, le rôle de Madeleine était écrit pour elle : une jeune femme, à fort tempérament, décide d’abandonner ses études d’économie pour se lancer dans un programme de survie. Elle veut être prête lorsque surviendra la fin du monde. Tous ses camarades la prennent pour une folle. Sauf Arnaud, un jeune menuisier de 20 ans, qui tombe sous le charme.

 

Arnaud est interprété par un certain Kévin Azaïs, la révélation du film. Blond aux yeux bleus, il n’est pas sans rappeler Vincent Rottiers. Rien d’étonnant, ils sont frères. Mais, contrairement aux rôles nerveux, voire hystériques, habituellement tenus par son aîné, Kévin Azaïs joue ici la carte de la sobriété et de la justesse. Face à une Madeleine excentrique, qui ne tient pas en place et veut en découdre, Arnaud est d’abord celui qui s’efforce en vain de l’apaiser, avant de lâcher prise pour mieux la révéler à elle-même.

 

 

Kévin Azaïs et Adèle Haenel. (DR)
Kévin Azaïs et Adèle Haenel. (DR)

 

La relation entre les deux est fascinante. Tout en suggestion, elle évolue sous nos yeux, à la fois fragile et évidente, incertaine et fusionnelle. On y croit d’autant plus que le film accorde une grande importance à l’environnement, au contexte et aux personnages secondaires : le frère d’Arnaud est angoissé de devoir prendre subitement la place du chef de famille, les copains d’Arnaud nous font rire avec leurs réflexions désabusées, les militaires aussi nous font rire, mais du fait de leur bêtise ou disons de leur logique particulière.

 

Le scénario, très bien construit, n’est pas pour autant cynique ni moqueur. Il réussit à nous interpeller sur des questions essentielles : la quête du bonheur, le sens des priorités, la résilience… Et, contrairement à “Take Shelter” de Jeff Nichols, film-catastrophe auquel on pense immédiatement en voyant certaines scènes des “Combattants”, la menace de la fin du monde, aux côtés de Madeleine et d’Arnaud, n’est plus une fatalité. “La prochaine fois, on sera prêts”, se disent-ils les yeux dans les yeux. On a envie de leur répondre : “Vivement la prochaine fois, qu’on les revoie!”

 

A lire également : Rencontre entre deux jeunes comédiens révélés à Cabourg : Ambre Grouwels et Kévin Azaïs

 

Whiplash et les autres filmés primés à Deauville

Les lauréats accompagnés des membres du jury.
Les lauréats accompagnés des membres du jury. (Crédit photo Dominique Saint)

Le palmarès du 40e festival du cinéma américain de Deauville a été dévoilé, samedi 13 septembre.

Grand prix : “Whiplash” de Damien Chazelle.

Prix du jury : “The Good Lie” de Philippe Falardeau.

Prix du public : “Whiplash” de Damien Chazelle.

Prix de la critique internationale : “It Follows” de David Robert Mitchell.

Prix de la révélation Cartier : “A Girl Walks Home Alone at Night” de Ana Lily Amirpour.

Prix Michel d’Ornano : “Elle l’adore” de Jeanne Herry.

Prix du 40ème anniversaire : “Things People Do” de Saar Klein.

L'ensemble des lauréats.
L'ensemble des lauréats. (Crédit photo Dominique Saint)

Mike Cahill à Deauville : “J’aime les histoires scientifiques”

Mike Cahill était de retour à Deauville, après "Another Earth". Il a cette fois présenté "I Origins". (Crédit photo Dominique Saint)
Mike Cahill était de retour à Deauville. Après "Another Earth" en 2011, il a, cette fois, présenté "I Origins". (Crédit photo Dominique Saint)

Déjà présent au festival du cinéma américain de Deauville en 2011 avec “Another Earth”, Mike Cahill était de retour sur les planches avec son deuxième long-métrage, “I Origins”, double histoire d’amour, émouvante et originale qui confronte l’univers des sciences à celui de la foi.

Astrid Bergès-Frisbey qui incarne le rôle de Sofi illumine à elle seule votre film. Comment l’avez vous choisie?
Le premier acteur du film que j’ai choisi a été Michael (Pitt), puis Brit (Marling) qui à mes yeux était idéale pour le personnage de Karen. Pour le personnage de Sofi, j’ai pris plus de temps. Je voulais une étrangère, de préférence de type européen. Il y a quelque chose d’intrigant à New York lorsque vous rencontrez une personne pour qui l’anglais n’est pas la langue première. C’est comme si vous aviez découvert le morceau apparent d’un iceberg, une pièce visible d’un ensemble caché. Dans la scène où le personnage livre sa théotie des vers aveugles qui ne sont pas conscients de la lumière qui les entoure, elle porte le message essentiel du film. Je voulais donc une comédienne qui croyait dans un monde spirituel, quelqu’un de profondément libre et certaine de ses croyances. Ce sont des choses très difficiles à exprimer à l’écran pour un acteur.

En rencontrant Astrid, j’ai tout de suite vu qu’elle était idéale. J’avais vu deux de ses films, “La Fille du Puisatier” et “Le sexe des anges”. Elle habite Paris et elle est venue me voir à New York. Je savais que je faisais le bon choix car ce n’était pas celui qui était attendu. J’aime quand les gens font des choix qui surprennent, car ils sont authentiques.

Les yeux d’Astrid sont tellement puissants qu’ils restent inscrits dans la tête longtemps après avoir vu le film… Comment avez-vous fait pour les photographier de la sorte en très gros plan?
Il faut un objectif macro avec suffisamment de lumière pour obtenir une telle profondeur des couleurs. Il faut être très stable également. Un plan a été compliqué à réaliser : lorsque la caméra part des yeux sur le panneau géant, en Inde, puis fait un mouvement panoramique jusqu’aux yeux de la petite fille. Techniquement, il a fallu passer d’un objectif grand angle de 30 mm à un macro de 280 mm.

Les yeux de la petite fille sont-ils réels?
Non, nous avons utilisé les yeux d’Astrid pour les coller numériquement à ceux de la petite indienne. Cela a été très compliqué à réaliser!

Avez-vous fait des recherches pour toutes les données scientifiques exposées dans le film, notamment sur la possibilité de créer des yeux sur des vers aveugles?

Mon frère est un scientifique spécialisé dans la macro-biologie. Michael Pitt a passé beaucoup de temps avec lui pour préparer son rôle. Je ne l’ai su qu’au moment du tournage. J’aime les histoires scientifiques. Mon prochain film sera un film d’extraterrestre comme on n’en a jamais vu. Les sciences peuvent apporter une certaine narration. Dans ce film, les sciences sont comme une religion. Le personnage a besoin de croire en ce qu’il sait. Cela relève de la foi.
Concernant les vers, c’est tout à fait vrai. Ils ont un gêne appelé Pack 16 qui a permis de faire en sorte qu’ils puissent devenir sensible à la lumière. C’est l’ébauche d’un oeil. On peut même décider s’ils préfèreront la pénombre ou la lumière.

Dans le film, on remarque des plans de New York, sans les tours jumelles, puis avec la nouvelle tour du World Trade Center encore en construction. Pourquoi accorder une importance à ces images?
Quand vous voyez ces plans, vous pensez immédiatement à la notion de reconstruction. Or, le personnage de Ian Gray (Michael Pitt) se trouve dans une position où il doit reconstruire sa vie.

Avez-vous eu le temps de visiter Deauville et les environs, cette fois-ci?
L’autre jour, je me suis aventuré sur la plage au soleil couchant. Cela m’a rappelé la scène finale de “Tree of Life” de Terrence Malick. Je regardais le soleil, une superbe boule et je me suis demandé ce qui se passerait si les étoiles venaient à disparaître. Elles viennent du passé et nous ne savons pas quand elles s’éteindront. Et puis j’ai remarqué les coquillages sur le sable. J’ai marché sur un tout en longueur. Cela a provoqué un craquement dans le silence qui m’a d’abord plu. Et puis, je me suis dit, que je venais de le détruire. Alors, j’ai continué à marcher en m’efforçant d’éviter les coquillages. C’est vraiment beau ici et puis les gens sont si accueillants. Vous avez de la chance de vivre ici!

I Origins : Coup de foudre pour un bijou d’imagination et de sensibilité

 

"I Origins" de Mike Cahill, avec Michael Pitt, Brit Marling, Astrid Beges-Frisbey. En salles le 24 septembre.
"I Origins" de Mike Cahill, avec Michael Pitt, Brit Marling, Astrid Bergès-Frisbey. En salles le 24 septembre.

Attention chef d’oeuvre! “I Origins” de Mike Cahill, présenté en compétition au festival du cinéma américain de Deauville est sans doute la plus belle surprise de cette 40e édition, voire de l’année. On ressort de la projection transformé, ému aux larmes, et enthousiasmé comme rarement.

 

En 2011, le réalisateur avait déjà marqué les esprits avec son premier long-métrage de fiction, “Another Earth”, histoire d’amour, sur fond de science-fiction, entre une jeune femme responsable d’un accident de la route ayant provoqué la mort de toute une famille, à l’exception du père, et ce père survivant. Le film soulevait des thématiques intéressantes, notamment la frontière ténue entre le sentiment amoureux et la pitié, le deuil, la recherche du pardon et de la rédemption, etc. Le film avait également révélé une brillante comédienne et scénariste, Brit Marling.

 

Trois ans plus tard, Mike Cahill, 36 ans, renoue avec la blonde comédienne et, cette fois, signe seul le scénario. “I Origins” qui aurait pu s’écrire “Eye Origins”. Les yeux sont le fil rouge d’une intrigue passionnante, fruit d’une imagination folle (la science fiction est toute proche) mais ancrée dans des thématiques essentielles autour des relations humaines, à commencer par les différentes formes de l’amour.

 

 

Michael Pitt, Brit Marling et Steven Yeun.
Michael Pitt, Brit Marling et Steven Yeun.

 

Le narrateur s’appelle Ian Gray (Michael Pitt), jeune scientifique plongé, avec l’aide d’une brillante stagiaire (Brit Marling), dans l’étude de l’oeil, dans le but de prouver factuellement, nous dit-il, que cet organe hyper sophistiqué sinon le plus complexe du corps humain, n’est pas le fruit d’une intervention divine, mais bien d’une évolution naturelle établie sur des faits. Un regard changera le cours de son existence à jamais. Celui de Sofi (Astrid Bergès-Frisbey), une mannequin d’origine étrangère, aussi belle que mystérieuse. Ils se rencontrent par hasard, se perdent de vue avant de se retrouver par un formidable coup du destin. La passion qui les lie l’un à l’autre est instantanée, évidente. Ils sont manifestement faits l’un pour l’autre. Sauf qu’elle croit dans un monde supérieur, celui des esprits. Lui, en bon scientifique, ne voit là que des enfantillages. Et puis survient un drame, aux conséquences insoupçonnées.

 

La suite du scénario mérite d’être gardée sous silence pour mieux ressentir l’incroyable puissance émotionnelle d’un film riche en rebondissements et en questionnements. La mise en scène de Cahill parvient à se faire oublier, là où d’autres auraient choisi d’accentuer les effets pour être sûrs d’entraîner le spectateur dans la direction souhaitée (tout l’inverse de “Whiplash”, contestable grand prix de cette 40e édition du cinéma américain de Deauville). La formidable prestation des trois comédiens principaux, sans oublier la jeune Kashish que l’on découvre à la fin, est l’autre pilier majeur de la réussite incontestable de ce bijou cinématographique.

 

On croit à 200% en leurs personnages et en ce qu’ils vivent et ressentent. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait des études d’ingénieur pour partager la ferveur des deux scientifiques, d’abord pour leurs recherches, puis, dans un deuxième temps, pour leurs espoirs un peu fous défiant les lois scientifiques (se pose ici la question de la frontière entre la religion et la foi). Mentions spéciales à Michael Pitt, jeune comédien américain qui nous avait habitués à des rôles antipathiques, voire apathiques (”Les Innocents”, “Funny Games”, “Last Days”, etc.).

 

 

Asrid Berges-Frisbey lors de la présentation du film, jeudi à Deauville.
Astrid Bergès-Frisbey lors de la présentation du film, jeudi à Deauville. (Photo Dominique Saint)

 

Il est ici d’une sobriété extraordinaire et, en même temps, il nous bouleverse comme jamais. Et puis, cocorico!, Astrid Bergès-Frisbey éblouit le film de sa grâce, de sa présence magnétique, quasi animale. La caméra de Mike Cahill révèle magnifiquement son regard, son visage, son corps, mais aussi la fascinante personnalité de son personnage. De la même façon qu’elle a marqué à jamais le personnage de Ian Gray, l’âme de Sofi, matérialisée notamment dans ces yeux magnifiques réincarnés, vient s’imprimer à jamais dans notre esprit et dans notre coeur.

 

A défaut de coup de foudre, il s’agit bien d’un (gigantesque) coup de coeur. On en redemande!

 

Pierce Brosnan à Deauville : “Je suis très fier de mon aventure en tant que James Bond”

 

Pierce Brosnan lors de la conférence de presse à Deauville, vendredi 12 septembre.
Pierce Brosnan lors de la conférence de presse à Deauville, vendredi 12 septembre.

James Bond en la personne de Pierce Brosnan était présent, vendredi 12 septembre, au festival du cinéma américain de Deauville, avec, à ses côtés, l’actrice ukrainienne, Olga Kurylenko (”A la Merveille”). Son film “November Man”, adaptation d’une série de romans d’espionnage signés Billl Granger, était projeté en avant première.

 

 

L’inspiration dans l’interprétation de votre personnage de “November Man” a-t-elle ses sources en Irlande?

Pierce Brosnan : Je suis irlandais, ça c’est certain. J’ai vécu à Londres et aujourd’hui, au bout 30 ans, je suis enfin installé à Hollywood. J’ai voulu faire ce film avec mon amie et collaboratrice Beau Saint-Clair avec qui j’ai fondé la maison de production Irish Dreams, juste après avoir tourné “Golden Eye”.

Les livres de Bill Granger sont une source très riche d’information pour composer mon personnage. En plus le personnage me paraît plus intime, car le projet vient de moi, contrairement à Bond qui a été un superbe cadeau que l’on m’a fait. L’idée était de réaliser un thriller palpitant et musclé. Nous avons utilisé le volume 7. Le personnage est complexe, cultivé, dur à cuire, extravagant dans sa façon de conduire les opérations. Comme on dit en anglais, il y a de la viande sur l’os. James Bond était plus fantastique.

 

 

Olga Kurylenko, actrice de November Man.
Olga Kurylenko, actrice de November Man.

Le personnage de James Bond était moins consistant?

Ian Fleming a écrit si peu sur qui était réellement James Bond. Casino Royal, le premier livre était le plus détaillé de tous et a servi de modèle de base pour l’élaboration du personnage dans les films. J’ai toujours essay de le jouer de façon réelle et humaine. A l’inverse November Man est comme une tapisserie extrêmement riche sur le plan de l’écriture. Le fait qu’il soit père de famille lui permet d’avoir des secrets. Et l’idée du film est de lever le rideau et de montrer le déroulement de sa vie au fur et à mesure sur le film avance.

 

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Il paraît que vous avez dit que vous étiez déçu de votre prestation dans le costume de James Bond?

Pierce Brosnan : Non, jamais! Au contraire, je suis très fier de mon aventure en tant que James Bond. C’était un énorme aboutissement. Je suis fier de mon travail au fil des années passées dans le costume de Bond. Je garde ce souvenir très proche de mon coeur. Après, il arrive que je regarde mon travail en général et je me dis que j’aurais pu mieux faire. Mais cette exigence, n’importe quel artiste l’a.

 

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Aimeriez-vous retravailler avec John McTiernan, avec qui vous avez tourné le remake de “Thomas Crown”, présenté ici à Deauville en 1999?

Absolument! John est un “heart beat”. Nous avons une longue relation d’amitié, lui et moi. J’ai joué dans son tout premier film. Rentrer dans les chaussures de Thomas Crown n’était pas quelque chose d’aisé. John n’avait jamais fait de film romantique, car à mon sens, ce film est avant tout une histoire d’amour. Il a apporté une telle créativité au film. Je pense qu’il vieillit très bien sur son étagère (sourire).

 

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It follows : Un cauchemar cinématographique qui flanque efficacement la trouille

 

"It Follows" de David Robert Mitchell, avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Olivia Luccardi, Lili Sepe. En salles en janvier 2015.
"It Follows" de David Robert Mitchell, avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Olivia Luccardi, Lili Sepe. En salles en janvier 2015.

Changement radical de ton pour le jeune radiateur américain David Robert Mitchell. Après la fraîcheur optimiste et réjouissante de son premier long-métrage, The Myth of the American Sleepover, prix du jury au festival du cinéma américain de Deauville en 2010, il revient avec un film de fantôme qui flanque efficacement la trouille.

 

“It follows”, traduire, “cela suit”, raconte l’histoire d’une malédiction, en forme de cauchemar éveillé : Jay (Maika Monroe) couche pour la première fois avec son nouveau petit-ami. Mais ce dernier la séquestre. Il ne lui veut pas de mal, simplement, il lui explique qu’il vient de lui transmettre un méchant fardeau. Jay sera désormais perpétuellement poursuivie par un mystérieux fantôme qui voudra la tuer. Ce fantôme prend l’apparence de n’importe quelle personne, connue ou inconnue d’elle. La seule façon de la reconnaître : elle marche sans cesse et personne d’autre qu’elle ne peut la voir. Charmant programme!

 

Sans doute dérivé du jeu de carte le paquet de merde? Mais qu’on ne s’y trompe pas, le ton n’est pas à la parodie. Le réalisateur prétend avoir été nourri aux films d’horreur depuis toujours. Grand fan, il a voulu ici rendre hommage aux plus grands réalisateurs du genre, de Jacques Tourneur à David Cronenberg, en passant par Sam Raimi, John Carpenter ou Dario Argento.

 

 

Maika Monroe au premier plan, Jake Weary au second.
Maika Monroe au premier plan, Jake Weary au second.

 

Le résultat est surprenant, dans le bon sens du terme. Malgré une légère impression de déjà-vu, “It follows” parvient à garder un rythme soutenu et joue allègrement avec nos nerfs et nos sens (y compris sexuels). L’ensemble s’appuie sur tous les codes du genre, notamment un important travail sur la musique et le son. Le scénario est à la fois classique dans sa construction et imprévisible dans son dénouement.

 

Et puis le casting est irréprochable. Les jeunes comédiens (Maika Monroe en tête) se montrent totalement convaincants dans des rôles codifiés, certes, mais ancrés dans une réalité certaine. Le film nous interroge sur nos peurs. La peur de l’autre, la peur du sexe, la peur de l’engagement. Pas mal pour un “simple” film de genre!

 

“it Follows” a remporté le prix de la critique internationale lors du 40e festival du cinéma américain de Deauville.

 

 

Maika Monroe.
Maika Monroe.

David Robert Mitchell, à Deauville : “Je suis un grand fan de films d’horreur”

 

David Robert Mitchell, descendant les marches du Centre international de Deauville, vendredi 12 septembre.
David Robert Mitchell, descendant les marches du Centre international de Deauville, vendredi 12 septembre.

Entretien, avec le réalisateur de “t Follows”, film d’épouvante bien fait, présenté en compétition au 40e festival du cinéma américain de Deauville, vendredi 12 septembre. Il est reparti avec le prix de la critique internationale.

 

 

La créature du film est-elle une métaphore d’un virus, notamment le Sida?

C’est en fait plusieurs choses. Lorsque j’ai écrit le scénario, j’avais plusieurs symboles à l’esprit. J’aime à penser que cela peut représenter plus d’une chose. La version que vous me proposez est valable. Mais il y en a d’autres! J’ai mes idées, mais je ne veux pas les dire. Cela dégonflerait l’impact du film. Mon but n’est pas de passer un message puritain au regard du sexe. Le film est un cauchemar. C’est impossible d’expliquer un cauchemar, car cela va à l’encontre de toute logique.

 

 

On voit dans vos films de nombreuses références à des films de John Carpenter ou bien pour la scène finale dans la piscine, à Cat People de Jacques Tourneur. Est-ce intentionnel?

Oui! Je suis un grand fan de films d’horreur. J’ai voulu faire un film qui reflète les choses que j’aime. il y a des référence à de nombreux cinéastes : Jacques Tourneur, John Carpenter mais aussi à David Cronenberg, etc. J’ai regardé quantité de films d’horreur avant de me lancer dans la réalisation du mien. Toutes ces influences sont ressorties dans le mien d’une manière ou d’une autre. La scène de la piscine est clairement une référence à “Cat People”!

 

 

Lors de la présentation du film "It Follows", à Deauville.
Lors de la présentation du film "It Follows", à Deauville.

 

Parlez-nous de votre travail sur la musique et le son.

La musique et le son sont deux éléments très importants. Ils étaient détaillés dans le scénario. Pour la musique, il y a quelques années, j’étais un grand fan d’un jeu vidéo qui s’appelle “Fez”. J’adorais la musique. Pour mon film, je me suis mis à la recherche du compositeur et lorsque je l’ai rencontré, je lui ai proposé de composer la B.O. Il a fait un “disaster piece”, un morceau désastre. On a beaucoup parlé du caractère électronique que devrait prendre la bande originale, en faisant allusion aux musiques des films de Carpenter, Argento ou même à Vangélis pour “Blade Runner”. Je voulais quelque chose d’à la fois mélodique et d’agressif, un peu comme du bruit sous contrôle.

 

 

Y a-t-il un lien entre votre premier film et celui-ci?

Oui il y en a. Dans les deux cas, l’interprétation est proche du naturalisme. L’idée était de reprendre les mêmes personnages et de les plonger dans un cauchemar pour regarder leurs réactions. Mes films sont avant tout concentrés sur les personnages et les tons.

 

 

D’où vient l’envie de faire ce film?

L’idée principale vient d’une série de cauchemars que je faisais lorsque j’avais 9 ou 10 ans. Dedans, j’étais poursuivi par quelque chose qui prenait l’apparence de personnes différentes. Et les autres ne pouvaient pas la voir. Dans le cauchemar, il était facile d’échapper à la chose mais l’aspect dérangeant provenait du fait que cette chose en avait après moi et que quoi qu’il arrive elle était en route pour me trouver. Une fois devenu adulte, je me suis souvenu de tout cela et j’ai développé un scénario, notamment en apportant le côté sexuel.

 

 

David Robert Mitchell.
David Robert Mitchell.

 

Pourquoi ne voit-on pas les parents dans le film?

Dans mon film précédent, on ne les voit pas non plus. La raison était différente. Dans le premier, j’avais voulu reproduire l’ambiance que l’on trouve dans les bandes-dessinées de Snoopy : les jeunes se sentent plus lbres et s’amusent plus quand les adultes ne sont pas là. Dans “It follows”, j’ai voulu séparé les jeunes des adultes pour accentuer la sensation d’isolement.

Love is strange : Manque d’enthousiasme pour cette chronique d’un déséquilibre social

 

"Love is Strange" d'Ira Sachs, avec John Lithgow, Alfred Molina, Marisa Tomei. Sortie en salles le 12 novembre.
"Love is Strange" d'Ira Sachs, avec John Lithgow, Alfred Molina, Marisa Tomei. Sortie en salles le 12 novembre.

Ben et Georges sont homosexuels. Après avoir vécu près de 40 ans ensemble, ils décident d’officialiser leur union dans le cadre de la nouvelle législation sur le mariage gay. Malheureusement, les conséquences ne sont pas celles espérées. Le couple se retrouve contraint de vivre séparé…

 

 

Ira Sachs, réalisateur de “Forty Shades of Blue (Grand prix du festival de Sundance en 2005), livre avec “Love is Strange”, une chronique sociale quelque peu désabusée, aux accents autobiographiques. Le cinéaste s’est récemment marié avec son compagnon, mais à l’inverse de ses personnages, il est en capacité de vivre pleinement son histoire d’amour. Le sujet est d’actualité, en revanche les thèmes sont intemporels : la peur de la différence , les difficultés de la vie en communauté, les troubles de l’adolescence, la place de l’art dans notre quotidien, les relations familiales pas toujours simples. Le film parle même du développement durable!

 

 

John Lithgow et Alfred Molina.
John Lithgow et Alfred Molina.

 

Ira Sachs cite Maurice Pialat et notamment ses deux films “A nos amours” et “Loulou”, comme influence principale dans le traitement de son dernier film. La comparaison semble hasardeuse, même si le réalisateur montre un goût pour le naturalisme et un rythme narratif temporisé, pour ne pas dire ennuyeux. Le scénario n’échappe malheureusement pas à certains poncifs : l’église qui décide de mettre un terme au contrat de Ben en qualité de chef de choeur, du fait de son mariage, l’adolescent rebelle qui éprouve des remords, la maladie qui guette un personnage-clé, etc.

 

 

On retiendra surtout la prestation convaincante des deux comédiens principaux, John Lithgow (”L’esprit de Caïn”, “Dreamgirls”) et Alfred Molina (”Frida”, “Spiderman 2″), tous les deux très à l’aise dans des rôles pas évidents. Une spectatrice, à côté de moi lors de la projection en compétition au festival du cinéma américain de Deauville, a résumé le sentiment que l’on éprouve en les voyant : “Ils sont mignons tous les deux”.

 

Whiplash : Hymne ampoulé au dépassement de soi

 

"Whiplash" de Damien Chazelle. Avec Miles Teller, JK Simmons. En salles le 24 décembre.
"Whiplash" de Damien Chazelle. Avec Miles Teller, JK Simmons, Melissa Benoist. En salles le 24 décembre.

Alors le voici le grand prix de cette 40e édition du festival du cinéma américain de Deauville. Déjà encensé à Sundance, en janvier dernier, où il avait également raflé le grand prix, “Whiplash” de Damien Chazelle attirait toute l’attention.

 

Et malheureusement, à sa vision, c’est la déception qui prévaut. Le sujet n’était pas évident : raconter la naissance d’un “génie” de la batterie dans la douleur et le dépassement de soi. Il n’y a sans doute rien de moins cinématographique qu’une batterie.

 

Alors, saluons d’entrée le courage et les efforts du jeune réalisateur qui a relevé, avec passion, le défi de placer cet instrument encombrant au coeur d’un enjeu humain, mille fois traité au cinéma, généralement sous l’angle sportif (Rocky, The Wrestler, Black Swan, etc.) : l’affirmation de soi à travers l’effort, voire la souffrance physique ou morale.

 

En l’espèce, on suit le parcours d’Andrew, 19 ans, tout juste arrivé au conservatoire de Manhattan. Il rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération et réussit à intégrer le plus prestigieux des orchestres, celui de Terrence Fletcher, un professeur tyrannique. Le jeune comédien (Miles Teller) est incontestablement très doué à la batterie.

 

 

Miles Teller prouve qu'il est un excellent batteur.
Miles Teller prouve qu'il est un excellent batteur.

 

Mais, le film aurait pu, aurait dû creuser sa dramaturgie pour apporter un supplément d’âme et de chair à ses personnages – les prémisses de l’histoire sentimentale avec Nicole (Melissa Benoist, vue dans la série “Glee”) laissaient espérer une intrigue parallèle intéressante, pourquoi la saborder?

Il se contente de filmer deux adversaires bataillant sur un ring pendant une heure quarante cinq.

 

D’un côté Miles Teller, impressionnant avec ses baguettes mais relativement terne dans son jeu d’acteur. De l’autre J.K Simmons (vu dans “Spiderman”), en roue libre et insupportable dans le costume d’un homme outrancier et violent filmé avec une complaisance dérangeante. Sa diarrhée verbale d’insultes racistes, sexistes ou basées sur le physique, éminemment contestables a suscité des éclats de rire dans la salle de projection… consternant!

 

Encore que. Le film est construit de façon tellement téléguidée (pour ne pas dire ampoulée) que le public n’a d’autre choix que de se laisser mené par le bout du nez. C’est un peu comme dans ces enregistrement d’émissions télévisées où le public applaudit à chaque fois que le chauffeur de la salle soulève son panneau “Applause”. A l’origine de ce film, se trouve un court-métrage du même réalisateur. Sans doute aurait-il mieux fait d’en rester là.