Michelle Rodriguez, actrice : « Je suis prête à retourner au cinéma d’auteur »

Comédienne révélée à Deauville en 2000 dans “Girlfight”, star de films d’action hollywoodiens (”Avatar”, “Fast and Furious”, “Resident Evil”…), Michelle Rodriguez, 39 ans, était présente jeudi 7 septembre, pour recevoir un hommage lors du 43e festival du cinéma américain de Deauville.

 

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Loin de son image de garçon manqué dure à cuir, la comédienne américaine Michelle Rodriguez, toute en beauté et en féminité, a séduit les festivaliers de Deauville, jeudi soir et vendredi après-midi, n’hésitant pas à signer de nombreux autographes. « Quand je vois de l’amour, j’en donne en retour », a-t-elle déclarée en conférence de presse.

Vincent Lindon qui lui a remis le trophée du festival jeudi soir au CID, s’est lui aussi livré à une déclaration d’amour inattendue. Puis, vendredi après-midi, même la météo exécrable n’est pas parvenue à ébranler la bonne humeur de l’actrice. Tout sourire et face à un public nombreux, elle a découvert la cabine de plage qui porte désormais son nom sur les Planches.

 

Retour au cinéma d’auteur

En conférence de presse, Michelle Rodriguez qui vient de tourner avec Steve McQueen, le réalisateur de “Hunger” et “12 Years a Slave”, a confié qu’elle entamait un tournant dans sa carrière. « Après quinze années passées à tourner dans des films commerciaux, le moment est venu pour moi d’explorer davantage le travail psychologique des personnages. Au bout de quinze ans, on se retrouve devant un mur, on ne grandit plus. Aujourd’hui, je suis prête à évoluer et donc à retourner au cinéma d’auteur. »

 

Effrayant

Connue pour ses rôles de femme d’action intrépide, Michelle Rodriguez a avoué qu’elle pouvait avoir peur. « Mon rôle dans “Widows”, de Steve McQueen était pour moi effrayant. Car je devais jouer un rôle de femme que j’ai toujours voulu fuir. J’ai même ressenti une forme de haine à l’encontre de ce rôle. L’idée de jouer une femme mariée avec des enfants, qui vit toujours dans le même endroit où elle a grandi, tout cela était quelque chose d’angoissant pour moi. Et puis, je me suis dit, pourquoi je devrais avoir peur. Cette femme, c’est ma mère! Je devrais aimer cette femme! J’ai donc voulu jouer avec Steve McQueen pour comprendre pourquoi ce type de rôle me rendait si inconfortable. »

 

“Les femmes doivent se réveiller”

Selon, elle, les « femmes doivent se réveiller » et réaliser que « lorsqu’elle vont dans un musée, les oeuvres présentées sont majoritairement créée par des hommes, quand elles lisent des livres qui parlent des femmes, ces livres ont principalement été écrits par des hommes ». Et d’ajouter : « Je pense qu’aujourd’hui, les femmes, un peu partout dans le monde, commencent à prendre conscience : elles ne veulent plus que leur destin, leur vie, leur pensée soient dirigés par des hommes. Tout simplement, parce qu’un homme n’a aucune idée de ce que c’est que d’être une femme! »

 

Par ailleurs, l’actrice a indiqué regretter le faible nombre de réalisatrices hollywoodiennes aujourd’hui. « J’ai besoin de femmes autour de moi pour m’aider dans ce nouveau virage que je souhaite entreprendre dans ma carrière. Il y a beaucoup de réalisateurs, à l’image de Steve McQueen, qui sont sensibles et talentueux. J’ai adoré travailler avec lui et je le referai avec plaisir. J’aimerais beaucoup travailler avec Kathryn Bigelow. Mais, j’ai l’impression qu’il n’y a pas beaucoup de réalisatrices qui ont une grande notoriété dans le monde des grosses productions. Je suis prête à travailler avec des femmes, mais je ne sais pas où démarrer car elles ne sont pas nombreuses. »

 

Cinéphile

Enfin, la comédienne s’est révélée être une grande cinéphile, listant ses films préférés par genres : « Concernant les comédies musicales, mon film préféré, avec “West Side Story”, est “Cabaret”. Si je prends les films rebelles, je citerais “Orange mécanique”. Dans la science-fiction, j’adore “Blade Runner” avec ses décors incroyables. Si je pense à des films sexy qui vous ouvrent l’esprit, je pense immédiatement à “Les Innocents” (de Bernardo Bertolucci). J’aime ce film qui parle de la sexualité chez les jeunes et de l’amour de l’art. Baz Luhrmann est quelqu’un qui a su réinventer une pièce classique avec “Roméo+Juliet”. Dans ce film, il mélange le présent avec le passé pour un résultat incroyable que l’on ne voit pas tous les jours.

En termes de dessins animés, j’adore “Alice au Pays des Merveilles”, je le passe souvent dans ma chambre, quand je m’ennuie. Cela me fait réfléchir à tant d’aspects de la vie. “Le Roi lion” me fait toujours autant pleurer. »

Et dans le cinéma français ? Elle cite “Un souffle au coeur” (de Louis Malle) « formidable ! Un petit garçon amoureux de sa mère, c’est très français! Je pense aussi à “Belle de jour”, “Histoire d’O”… J’adore les films des années 70…»

Woody Harrelson à Deauville : « Je ne fais jamais de films uniquement pour l’argent »

Révélé par Oliver Stone dans “Tueurs Nés”, adepte des seconds rôles dans des grandes franchises hollywoodiennes comme “Hunger Games”, ou “Insaisissables”, brillant à la télévision dans la première saison de “True Detectives”, l’acteur américain Woody Harrelson, 56 ans, a reçu un hommage du 43e festival du cinéma américain de Deauville, samedi 9 septembre.

 

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Après Michelle Rodriguez, jeudi et vendredi, c’était au tour de l’acteur américain Woody Harrelson d’être plébiscité par les festivaliers de Deauville, samedi 9 septembres. Manifestement heureux d’être présent, affichant un large sourire illuminant d’autant plus ses grands yeux bleus, le comédien s’est prêté volontiers au jeu des autographes et des selfies, notamment lors de la conférence de presse qui comme toutes les autres étaient ouvertes aux festivaliers.

« C’est très agréable ici au bord de la mer », a-t-il déclaré en désignant les Planches de Deauville. Et puis maintenant que Gérard Depardieu est parti vivre en Russie, je peux venir vivre ici. Chez nous aux Etats-Unis, c’est devenu un peu l’enfer. »


Un hommage est aussi l’occasion de faire le point sur sa filmographie. Parmi ceux dont il est le plus fier, il cite “Larry Flint” de Milos Forman. « Je l’ai vu sur grand écran l’autre jour et c’était fascinant. Milos Forman est un grand réalisateur et en règle général, un film est la hauteur de son réalisateur. » Il cite également “The Messenger” et The Rampart, tous deux réalisés par Oren Moverman. « J’aime beaucoup Le Château de verre et puis un film qui n’est pas encore sorti, réalisé par Rob Reiner, LBJ, qui parle du président Lyndon Johnson. »

Il exprime aussi son plaisir d’avoir participé à des tournages très “fun” sur “Insaisissables” ou “Hunger Games” et celui de jouer un dur à cuir dans “Bienvenue à Zombieland.”

 

Habitué aux grosses productions hollywoodiennes (”Hunger Games”, “Insaisissables”, il sera au casting du spin-off de “Star Wars” sur Han Solo), la star a fait savoir qu’il était partant pour tourner avec des réalisateurs français, citant Jacques Audiard ou encore Michel Hazanavicius, le réalisateur de “The Artist”, présent à Deauville en qualité de président du jury.

 

D’une manière générale, Woody Harrelson a confié qu’il était parfaitement libre dans le choix de ses films. « Je ne fais jamais de films uniquement pour l’argent. Si, il y a quelques années, j’ai joué dans un film en me disant, ça c’est beaucoup d’argent. Mais je l’ai regretté et je ne l’ai plus refait. Je me laisse inspiré par l’histoire, il faut qu’elle ait du coeur. Cela a été le cas pour “Le Château de verre” (présenté en avant-première au festival, NDLR). Que l’on soit un père ou une fille, on peut facilement s’identifier aux personnages de ce film. »

Darren Aronofsky à Deauville : « Merci de me faire sentir si bien accueilli »

Le réalisateur de “Requiem for a dream” et “Black Swan”, Darren Aronofsky, 48 ans, a reçu un hommage du 43e festival du cinéma américain de Deauville, vendredi 8 septembre, avant de présenter son dernier film en date, “Mother!” avec, dans le rôle principal, sa compagne Jennifer Lawrence.

 

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« Merci d’avoir fondé ce festival et de faire preuve d’autant d’amour pour le cinéma américain. » Le réalisateur américain Darren Aronofsky a remercié les fondateurs et responsables du festival du cinéma américain de Deauville ainsi que le public. « Merci de me faire sentir si bien accueilli à chacune de mes visites ici », a-t-il déclaré vendredi 8 septembre, sur la scène du CID au moment de recevoir son hommage.

 

« Je garde un souvenir très vivace de ma première visite au festival avec “Pi”, je n’arrive pas à croire que cela fait déjà vingt ans. Je suis soulagé qu’il n’y avait pas beaucoup d’appareils photos à l’époque, je n’ai pas vu une seule photo de cette époque, et c’est une bonne chose! »

En revanche, il a confessé ne plus se souvenir de la projection du film au festival. « Désolé, je me souviens davantage du bar et de la discothèque au casino, a-t-il confié avec humour. Je devais avoir 28 ans. En revanche, je me souviens très bien de la projection de “The Fountain” ici. Après l’incompréhension du film lorsqu’il avait été montré à Venise, nous sommes venus ici et l’accueil à Deauville avait été fantastique. Je me souviens de l’amour pour ce film de la part du public français. »

Il a donné rendez-vous au festival dans vingt ans, avec humour. « J’espère que l’on m’attribuera une deuxième cabine de plage, sinon je reviendrai chaque année ou tout du moins à chaque fois que je réaliserai un nouveau film. »

 

Des bouh dans la salle

Son dernier film sorti mercredi 13 septembre, “Mother!” était présenté vendredi 8 septembre en avant première à Deauville. Pour le réalisateur, il s’agit de son projet le plus fou. « Je vous préviens si vous voulez quitter la salle, c’est maintenant, je vous aurai prévenu et je vous demande pardon à l’avance pour ce que vous allez voir », a-t-il lancé au public du CID. Le film a effectivement fortement divisé la salle, de nombreux “bouh” ont été lâchés au lancement du générique de fin.

Son film traite d’un sujet relativement simple qui lui tient à coeur. « Je ressens beaucoup de frustrations face à la lenteur de nos réactions concernant ce qui se passe autour de nous. J’ai eu envie de raconter l’histoire de son point de vue, pour la première fois.» Il parle de mère nature, “la mère de nous tous, elle qui nous a donné la vie, toutes ses richesses et cette belle planète ». « La douleur qu’elle ressent, j’ai voulu la faire ressentir dans mon film. »


Oppressant, étouffant, dérangeant, “Mother!” se révèle être un conte horrifique en forme de huis-clos, d’une redoutable efficacité, porté par une Jennifer Lawrence totalement investie dans son personnage de victime au bout du rouleau. Le message est clair : réveillons-nous, la planète agonise et si l’on ne fait rien, nous allons tous disparaître.

Les mots de Lionel Chouchan

« Le festival de Deauville montre depuis 43 ans, le meilleur du cinéma américain. De Joseph Mankiewicz à Terrence Malick en passant par Steven Spielberg, Tim Burton, Clint Eastwood, James Gray ou John Cassavettes, la plupart des grands cinéastes qui ont été honoré ici le doivent à l’art lequel raconte des histoires.

Cet art, là où la mise en scène n’est pas, le cinéma n’est pas. Ce soir, l’homme que nous honorons a fait sienne cette devise. Nous l’accompagnons depuis ses débuts, puisque “Pi” fut présenté en 1998 et qu’ensuite nous avons montré la plupart de ses films.

Darren Aronofsky a dans tous ses films sans exception affirmé l’ambition d’un postulat inatteignable, faisant de l’irrationnel la raison de son oeuvre. Là où certains réalisateurs adaptent leur vision à leurs moyens, Darren Aronofsky se hisse au niveau du mystère comme à celui de l’insondable. Cela est son immense talent et fait de lui un chevalier de son art.

Dans son dernier film, “Mother!”, chaque plan contient l’intégralité de son propos révélant ainsi un auteur, un créateur un visionnaire, un cinéaste rare et ô combien accompli. »

 

Emmanuelle Bercot : « Deauville est le grand frère du festival de Cabourg »

La comédienne et réalisatrice, Emmanuelle Bercot était la présidente du jury révélation du 43e festival du cinéma américain de Deauville.

 

 

Crédit Dominique Saint
Crédit Dominique Saint

 

Avez-vous des liens particuliers avec Deauville et la Normandie?

Très honnêtement, je n’ai pas de liens particuliers, si ce n’est que j’ai une grand-mère normande, donc j’ai 25% de sang normand dans mes veines.

 

Elle était originaire d’où?

D’Yvetot.

 

Venez-vous régulièrement à Deauville?

Non, très peu. Je venais quand j’étais jeune car c’était le moyen d’aller à la mer le moins loin de Paris et j’aimais beaucoup jouer au casino. Mais, ça c’était il y a vingt-cinq ans et ça fait longtemps que je ne viens plus tellement.

 

Vous restiez à Deauville ou Trouville?

Trouville!

 

Préférez-vous le cadre trouvillais au cadre deauvillais?

Non, mais je connais mieux Trouville. Deauville je n’en connais que les Planches et le Normandy.

 

Est-ce votre première participation au festival de Deauville?

Oui, c’est ma première.

 

Je ne sais pas si vous êtes déjà venue au festival de Cabourg?

Oui, j’y suis venue plusieurs fois.

 

Par rapport à Cabourg, quelle est la spécificité du festival de Deauville, selon vous?

Il y a un point commun : ce sont deux festivals extrêmement sympathiques où les gens aiment venir. Le festival de Deauville est plus grand, plus long. Deauville a quasiment la même durée que Cannes. Il y a beaucoup plus de films qu’à Cabourg. Je dirais que le festival de Deauville est le grand frère du festival de Cabourg qui est beaucoup plus intimiste, familial avec une sélection de films qui ne sont pas uniquement américains. A Deauville, la particularité c’est aussi cela, on fête le cinéma américain. Il n’y a pas beaucoup de festivals qui se focalisent sur un cinéma. C’est assez agréable d’autant qu’on peut découvrir des films qu’on n’aurait pas vu sinon.

 

En tant que présidente du jury Révélation, avez-vous une consigne particulière de chercher une révélation que ce soit un acteur, une actrice, un réalisateur, etc. ?

Non, ce n’est pas ça. Le titre de ce jury est un peu ambigu car on n’est pas censé choisir un premier ou un deuxième film, une jeune réalisateur…on est censé avoir une révélation devant un film.

 

Un coup de coeur en quelque sorte?

C’est l’équivalent d’un coup de coeur comme pour l’autre jury (présidé par Michel Hazanavicius, NDLR). On peut très bien remettre un prix à quelqu’un de 60 ans qui a fait cinq films par exemple.

 

Le côté révélation caractérise votre cinéma. En tant que réalisatrice vous avez révélé pas mal de jeunes talents…

Oui, c’est pour ça que j’avais voulu me faire préciser ce terme pour le festival. Révéler des nouveaux talents, je le fais en effet dans mes films!

 

Avez-vous été biberonnée au cinéma américain dans votre enfance?

J’ai été biberonnée au cinéma et notamment au cinéma américain parce que j’allais beaucoup au cinéma enfant et adolescente. Mes parents aimaient beaucoup le cinéma. Evidemment, le cinéma américain nous faisait rêver.

 

Votre premier souvenir de film américain vu en salle?

Je ne peux pas dire. Mais il y a un film que j’ai vu enfant et qui m’a évidemment marquée, c’est “Kramer contre Kramer”. Mon père était un grand fan de Dustin Hoffman.

 

Aujourd’hui, si on vous propose d’aller voir un film américain, cela vous tente toujours autant?

Mais je n’attends pas qu’on me le propose (sourire)! Je vais beaucoup au cinéma. J’essaie de suivre ce qui se fait en France mais je suis toujours attirée par le cinéma américain. Les films qui sortent en France sont en général de très grande qualité.

 

Que pensez-vous de la polémique liée au fait que les écrans sont monopolisés par les films de super héros américains?

Je ne vais pas voir ces films là. Je vais plutôt voir le cinéma indépendant américain. Les grosses productions américaines monopolisent nos écrans… Ils font énormément d’entrées et il leur faut deux ou trois salles dans les multiplexes parce que les salles sont pleines. C’est un problème car nos films ne peuvent pas rester suffisamment à l’affiche pour avoir une chance de marcher, de s’installer sur la longueur. Ce n’est pas le seul domaine où on se fait un peu écraser.

 

Ce cinéma américain indépendant que vous voyez, en quoi il peut influencer votre propre cinéma?

Tous les films que je vois peuvent influencer mon propre cinéma, pas plus celui-là qu’un autre. Ce que j’aime énormément dans le cinéma américain et peut-être influence mon cinéma, c’est la qualité des comédiens. Les acteurs anglo-saxons ont un niveau de jeu inégalables. J’aime observer leur jeu, comprendre comment ils travaillent et m’en inspirer pour la direction d’acteurs avec les comédiens français.

 

Avez-vous déjà dirigé des acteurs anglo-saxons?

Jamais, mais j’ai fait mon dernier film avec une actrice danoise qui travaille aux Etats-Unis, je l’ai considérée comme une Anglo-saxone dans le sens où elle a un peu la même technique, les mêmes réflexes que les acteurs anglo-saxons.

 

Êtes-vous satisfaite de l’accueil et de durée de vie au cinéma de votre dernier film, “La Fille de Brest”?

Le film a bien marché par rapport au prix qu’il a coûté. Comme c’est un film qui n’a pas coûté très cher, il n’a pas besoin de faire beaucoup d’entrées. Il a attiré plus de 420 000 spectateurs, cela m’a paru très bien car ce n’était pas un sujet facile et attirant. Il n’y avait pas d’acteurs archi connus…

 

 

Est-ce le fait que vous aviez rencontré un beau succès avec le film précédent “La Tête haute” et vous aviez remporté un prix à Cannes pour votre prestation dans “Mon Roi”?

C’est sûr que cela se répercute. Quand on a un succès comme celui de La Tête haute, on fidélise des gens. Des personnes sont venues voir La Fille de Brest, elles ne l’auraient sans doute pas fait si elles n’avaient pas aimé La Tête haute. Des personnes qui ont eu la curiosité de voir le film que je ferais après. C’est quelque chose qui se fait dans le long terme. On verra sur le prochain film, combien de personnes seront curieuses de venir le voir! (Sourire)

 

Vous travaillez dessus déjà?

J’ai des pistes mais je suis à l’étape qui précède l’écriture du scénario, l’étape où on débroussaille ce qu’on a envie de raconter, on prend des notes, on cercle le film avant de l’écrire.

 

Vous venez de tourner deux films : “L’heure de la sortie”, avec Laurent Lafitte et “Jumbo”, avec Noémie Merlant, la révélation du film “Le ciel attendra”, je crois?

Le dernier là n’est pas tourné encore. Normalement, ça se tourne au printemps. L’heure de la sortie est un thriller. Un prof de français joué par Laurent Lafitte qui, après le suicide d’un professeur, remplace ce prof et vient donner de cours de français dans un lycée où il n’y a que des surdoués. Il se fait harceler et terroriser par une bande de cinq gamins un peu particuliers.

Jamie M. Dagg et Christopher Abbot, de “Sweet Virginia” : « Une étude de personnages »

Entretien avec Jamie M. Dagg et Christopher Abbott, respectivement réalisateur et acteur de “Sweet Virginia”, présenté en compétition au 43e festival du cinéma américain de Deauville. Un film noir dans la lignée des classiques des années 40, avec un faux-air des frères Coen.

 

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Comment avez-vous appréhender votre rôle de sociopathe?

Christopher Abbott : J’ai eu la chance d’être choisi pour le rôle assez tôt, quelques mois avant le tournage. Avec Jamie, nous avons discuté du rôle. On voulait éviter le maximum de clichés. Il y a beaucoup de pièges à éviter, comme jouer un homme qui est fou sans raison, etc. L’idée motrice c’était voilà un homme qui éprouve du dégoût pour les gens, à l’exception du personnage de Sam interprété par Jon Bernthal.

 

Quelles ont été vos influences/références pour l’ambiance du film?

Jamie M. Dagg : Une grande influence ont été les films des studios américains des années 70, en particulier ceux réalisés par Alan J. Pakula : “Les hommes du président”, “A cause d’un assassinat”, “Klute”, surtout. Et puis, notamment, le travail du chef opérateur de tous ces films, mais aussi du “Parrain”, Gordon Willis. Son utilisation de la lumière et es effets d’ombre m’ont toujours inspirés. En préproduction, j’essaie de ne pas regarder de films pour ne pas être influencés. Je suis évidemment influencé mais je voulais que cela reste inconscient plutôt que de regarder un film et dire ah ça c’est un super plan, je pourrais le refaire, etc.

 

Quel regard portez-vous sur le cinéma américain aujourd’hui?

Jamie M. Dagg : Il y a des grands films qui sont réalisés. Je ne suis pas réalisé par des films où les personnages portent des collants et des capes. Cela détruit le cinéma ou tout au moins celui que l’on voit en salles aux Etats-Unis. Entre les univers Marvel et DC, cela occupe tellement d’écrans. Je suis en train de me griller là, on ne me proposera jamais de réaliser aucun de ces films (rire).

La révolution numérique a un impact. Quand j’ai démarré il y a dix quinze ans, on tournait avec du 35 mm ou du 16 mm. C’était plus compliqué que de filmer avec son Iphone, comme cela a été fait pour “Tangerine”. C’est intéressant mais aussi effrayant.

Une plateforme comme Netflix investit énormément d’argent. Je pense au film de Scorsese sur la vie de Jimmy Hoffa, le budget était de 100 millions de dollars! Ils ont tellement d’argent, même les studios ne sont pas capables de rivaliser.

Il y a quelque chose de revigorant de voir un film dans une salle de cinéma, notamment celle du CID, c’est une expérience collective. Quand je suis entré dans la salle, j’ai été époustouflé.

Je ne pense pas que tous les films ont besoin d’être vus sur un grand écran, mais pour beaucoup d’entre eux, cela donne lieu à une expérience collective très intéressante.

 

Pourquoi avoir choisi cette histoire, ce thème?

Jamie M. Dagg : J’ai grandi dans une petite ville et j’ai toujours été fasciné par les personnes qui n’échappent pas à leur passé. Au départ, l’histoire devait se dérouler en Virginie dans les années 70 mais je ne voulais pas faire un film noir sudiste et gothique… J’ai donc changé pour un film contemporain et je l’ai basé en Alaska avec sa beauté âpre sans pareil en Amérique du Nord. J’ai passé pas mal de temps là-haut quand je vivais à Whitehorse, au Canada. Beaucoup de gens atterrissent dans cette région pour échapper à quelque chose. C’est l’endroit le plus éloigné où l’on puisse aller aux Etats-Unis. Cela m’a toujours fasciné. Et cela me semblait un cadre approprié pour le personnage de Sam qui a perdu sa femme, sa fille, qui a été blessé mais aussi pour Elwood.

 

Quel serait le message de votre film?

Jamie M. Dagg : Je ne considère pas qu’il porte un message. C’est plutôt une étude de personnages. Les gens peuvent avoir plusieurs interprétations, mais au-delà de l’idée de personnes qui tentent d’échapper à leur passé, ou de la rédemption, il n’y a pas de message précis. Je ne suis pas intéressé par le fait de faire des films avec un côté moralisateur ou didactique.

Nous avons changé la fin. Au départ, il y avait un cliché, les deux pointant leurs armes l’un vers l’autre. Et puis, il s’est posé la question de savoir qui tire le premier. Avec les deux acteurs, Chris et Jon nous en avons longuement parlé. Nous avons réécrit la fin jusqu’au denier moment, le matin du tournage de la scène. Au final, nous avons opté pour la solution que Sam décide de le tuer de sang froid. Il me semblait important que Sam prenne ses responsabilités plutôt qu’il agisse en légitime défense. Dans son esprit, il ne voulait pas qu’Elwood parte par crainte qu’il mette en danger d’autres personnes. Au final, il est clair que ce n’est pas de la légitime défense, il le tue. J’aime les personnages moralement ambigus.

 

Parlez-nous du choix du plan séquence dans la scène de la cabine téléphonique.

Jamie M. Dagg : Le scénario était à l’origine très violent, parfois même gratuitement. On ressent l’horreur de la violence mais je ne voulais pas la montrer au plus près. Montrer un visage se faire exploser par une balle, cela ne m’intéresse pas. Le plan séquence me semblait être le plus adapté pour ces scène. il y a eu des contraintes, nous avons dû découper un morceau de la voiture. Au départ, la scène de bagarre était assez longue, mais cela ne correspondait pas au ton du film que j’essayais de faire. Il me semblait qu’il valait mieux avoir un seul point de vue, de façon un peu caché, mais qui permette malgré tout de ressentir la violence plutôt que de la montrer.

The rider : portrait bouleversant d’un cavalier de rodéo

the rider

 

Notre chouchou pour le Grand prix du festival du cinéma américain de Deauville – et il l’a obtenu! -, “The Rider” de Chloé Zhao, cumule la puissance émotionnelle d’un grand film de fiction et le sens du détail et du réalisme propre au documentaire. On sort de la projection, avec une énorme boule dans la gorge.

 

Il s’agit du deuxième long-métrage de cette jeune réalisatrice d’origine chinoise déjà remarquée en 2015 à Cannes et à Deauville avec son film, là aussi, quasi documentaire, tourné dans une réserve indienne : “Les chansons que mes frères m’ont apprises”.

Cette fois, elle s’intéresse au monde du rodéo dans la campagne du Dakota du sud et focalise notre attention sur Brady, jeune dresseur de chevaux sauvages et champion de rodéo. Malheureusement, suite à une grave blessure au crâne lors d’une compétition, il se voit contraint de faire un choix cruel : remonter à cheval et risquer de perdre la vie ou renoncer à la vie dont il rêvait à tout jamais.

 

A fleur de peau, la caméra de Chloé Zhao réussit à capter toutes les émotions et notamment la souffrance intérieure de son jeune protagoniste interprété avec une intensité extraordinaire par Brady Jandreau. Ce dernier n’est pas un acteur professionnel mais un véritable champion de rodéo et entraîneur de chevaux sauvages. Le film montre parfaitement son rapport fusionnel avec les chevaux qu’il dresse devant nous à l’écran.

 

Le résultat est à la fois passionnant et impressionnant. Toute une galerie de personnages (dont son véritable père, sa soeur handicapée et un ancien champion de rodéo (bullrider) totalement paralysé) gravite autour de lui, tel le soleil, contribuant à éclairer le spectateur sur le tempérament de Brady, jeune homme taiseux et néanmoins extrêmement généreux et charismatique (il ressemble un peu à l’acteur Josh Hartnett).

Un grand film à ne pas rater lors de sa sortie en salles (pas de date connue encore).

David Rault, la voix locale du festival : “Si jamais on se plante sur un mot, tout le monde en parle.

Natif de Caen, David Rault, 44 ans, cinéphile, est l’un des traducteurs officiels au festival du cinéma américain de Deauville depuis 2000. Les festivaliers le retrouvent chaque année sur la scène du CID pour présenter les films de la compétition et traduire les propos des réalisateurs et acteurs présents.

 

david fault

 

Quelle est votre formation?

Au départ, je voulais devenir dessinateur de bandes dessinées. Cela a toujours été mon truc. Je dessinais sur les murs de la maison au grand bonheur de mes parents… Mon père me ramenait des kilos de BD du comité d’entreprise de son entreprise de l’époque. J’ai été bercé par Gotlib, Fluide glacial et Pilote.

Mais, je n’étais pas plus doué que ça.

 

Oui mais ça s’apprend…

En effet, et c’est pourquoi je suis entré aux Beaux-Arts à Caen. Mais cela ne m’a pas plus du tout. Les profs de l’époque s’aimaient beaucoup eux-mêmes et enseignaient aux élèves de faire la même chose qu’eux, c’est-à-dire pas grand chose d’utile dans la vie. Et à l’époque quand on disait, j’aime la bande dessinée, on nous regardait comme si on était un débile un profond. Après un an, j’ai arrêté.

 

Qu’est-ce qui s’est passé ensuite?

Comme j’aimais bien l’anglais, j’allais régulièrement à New York, j’aimais cette ville, je me suis dit, je vais faire une fac d’anglais à Caen. ça ne m’a pas plu. Je m’ennuyais. Je n’ai pas appris grand chose. Au bout d’un an, j’ai changé pour faire art du spectacle cinéma à Caen. Cela ne l’a pas fait. Je me suis dit on va arrêter là.

 

Au bout d’un an également?

Oui, il me fallait un an pour comprendre que ça ne m’allait pas. Depuis l’âge de 17 ans, je partais régulièrement à New York. Et en 1996, je me trouvais là-bas avec des amis qui étaient en train d’utiliser quelque chose que je ne connaissais pas du tout : Internet!

 

C’étaient les débuts, en effet.

En France, ça n’existait pas. Je ne connaissais que le Minitel. Là on pouvait changer les typos, les couleurs. Ils m’ont appris à faire des sites Internet. J’ai appris le code HTML. Et comme à la base j’étais graphiste, j’ai pu apprendre relativement vite.

Fin 1996, je suis rentré en France. J’étais à Caen, je m’ennuyais. J’ouvre le journal et là il y avait une publicité pour une société qui fournissait une connexion Internet. C’était la toute première société qui proposait cela à une époque où personne ne savait ce qu’Internet voulait dire.

Je suis allé les voir à Caen. Ils étaient dans un appart. Je leur ai dit : est-ce que vous cherchez quelqu’un pour faire des sites Internet? Même eux ne savaient pas en faire. Ils m’ont embauché tout de suite et je suis resté six ans dans cette boîte.

 

Elle s’appelait comment?

CPOD Provider. Conseil performance objectif développement…

Du coup, les premiers sites Internet de Normandie et en France, c’est moi qui les ai faits. J’ai fait le premier site de la ville de Deauville, le premier site du festival de Deauville…

 

Le premier site du festival de Deauville date de quand?

1997 ou 1998. J’étais venu proposer au festival de leur faire le site. Ils ont accepté. Ils nous ont mis dans une petite salle dans le CID. On faisait des photos, etc. Et j’ai sympathisé avec la personne qui s’occupait des traductions des conférences de presse, Waguih Takla. C’était quelqu’un d’extrêmement talentueux et sympathique. On allait régulièrement chez lui et un jour il nous a dit qu’il avait un projet pour faire un CD Rom interactif et nous demandait de travailler avec lui sur la partie technique. En août 2000, on est chez lui. Il vient me voir en aparté et me demande si cette année, je pourrais faire la moitié des présentations et des conférences de presse à Deaville avec lui car il n’aurait pas le temps de tout faire.

 

Vous avez accepté aussitôt?

Je n’avais jamais fait ça. J’avais des facilités avec l’anglais mais c’est tout. Je m’apprêtais à lui dire jamais de la vie. Mes amis m’ont pris à part et m’ont dit que je devais le faire, même si ça ratait au final. Alors, j’ai accepté. La première chose que j’ai faite, je suis allé acheter un costard car je n’en avais pas. Tout d’un coup je me suis retrouvé sur la scène du CID, cela a été un choc! Ma toute première prestation c’était pour le film “Girlfight” de Karyn Kusama (avec Michelle Rodriguez présente cette année au festival, NDLR). Je flippais, mais je ne m’en suis pas trop mal sorti. Pour les conférences de presse pareil. Comme j’étais hyperstressé, le stress a fait que je me souvenais de chaque mot que la personne avait dit. Finalement, je me suis dit : je peux le faire.

 

Et le Public System Cinéma vous a gardé à la suite de cela…

Ils m’ont proposé de présenter le festival de Gérardmer, et puis par la suite tous les autres. J’ai fait à peu près 150 festival pour le Public System à Beaune, à Gérardmer, à Marakech, à Cannes…

 

Et Deauville, les festivals américain et asiatique.

Tout à fait.

 

Votre premier souvenir du festival américain en tant que spectateur?

Cela devait être en 1996. Il y avait Depardieu, De Niro, ils avaient fait une animation avec le costume de Robocop, mais la personne l’avait mal mis et du coup c’était ridicule.

 

Aujourd’hui, c’est vous qui choisissez de présenter les films de compétition plutôt que les avants-premières ?

Non, je fais ce qu’on me dit de faire. Je ne fais pas partie de l’organisation en amont. J’arrive la veille du festival à Deauville et jusqu’à ce jour-là je ne fais absolument rien pour Deauville. Depuis sept ou huit ans, je m’occupe plus spécifiquement des films de la compétition et des documentaires.

 

Et depuis cette année, vous assurez les commentaires du tapis rouge…

Ce n’est pas depuis cette année. Cela doit faire quatre ans que je fais ça. Depuis deux ans, le tapis rouge a sa forme qui va rester pour quelques années : Jennie est présente sur le tapis et de mon côté j’assure la voix off.

 

Voyez-vous tous les films avant le festival ?

Je vais annoncer un petit secret : je ne vois aucun film.

 

Ah bon, ça ne se voit pas…

Merci. Cela fait quinze ans que je n’habite plus en France. Logistiquement parlant, je ne peux pas voir les films avant. Pendant le festival, il y a plus de dix ans, j’essayais de voir les films de la compétition et juste avant le générique de fin je courais à la salle de conférence de presse. Mais c’était super fatigant. En plus, pour voir un film il faut que je sois détendu. Là ce n’était pas possible, je suis trop tendu.

Et puis à l’époque où j’essayais de voir les films avant, je me suis rendu compte que lors de la conférence de presse, ça ne m’aidait pas tant que ça. Que j’ai vu le film ou pas, c’était à peu près pareil.

Ce que je fais, par contre, je vais sur Internet, voir les résumés, les interviews, etc. Je vois les questions qui reviennent quasiment tout le temps. Et au final, personne ne se rend compte que je n’ai pas vu les films, les réalisateurs eux-mêmes ne s’en aperçoivent pas.

 

Les films qui passent, vous avez envie de les voir après?

En fonction du retour, de la personnalité du réalisateur, des réponses en conférence de presse, je me fais un choix dans ma tête. Quand je rentre chez moi, j’aurai une liste de liens fournis par les producteurs et je téléchargerai deux ou trois films pour les voir à tête reposée. Là j’ai très envie de regarder “A Ghost Story”, “The Rider” et “Mon copain Dahmer” qui m’ont l’air d’être franchement bien. Je connaissais la bande-dessinée.

 

Vous êtes fan de l’auteur?

Fan non mais s’il n’étais as venu au festival, je ne l’aurai sans doute jamais vu. Donc, j’étais content qu’il soit là!

 

Quelle est la personnalité présente à Deauville qui vous a le plus marqué?

Al Pacino. Chez les réalisateurs, je dirais Steven Spielberg. C’est toujours impressionnant de le voir et de l’entendre parler. Sidney Lumet, bien que le souvenir soit compliqué pour moi. J’ai vraiment souffert. Pendant la conférence de presse ça s’est très bien passé. Par contre pendant l’hommage c’était plus compliqué. Il y avait deux pupitres sur la scène du CID, un pour lui un pour moi. Et le mien était en retrait d’à peu près 50 centimètres. Ce qui fait que quand j’étais debout derrière mon pupitre, je le voyais pas. En plu sil n’y avait pas de retour son. Ce qui fait que la sale entière a compris ce qu’il disait, moi non. Et quand il s’est arrêté de parler il y a eu deux ou trois secondes de silence. Les gens ont commencé à me regarder. J’ai été obligé de me mettre à ses côtés et de lui demander de répéter. C’était horrible!

Il faut savoir que quand on traduit bien pendant deux, trois, quatre ans, c’est normal. Mais si jamais on se plante sur un mot, tout le monde en parle.

 

On l’a vu dans le journal local.

Oui, j’ai vu. Cela fait partie du jeu. Ce n’est pas grave.

 

Quand vous traduisez vous prenez des notes?

Je pourrais le faire sans note, comme quand la personne parle sur scène. Par contre, en conférence de presse, comme ce qu’on est en train de se dire est plus important et que je n’ai pas envie de trahir la pensée des gens, je prends des notes. Je prends un mot par phrase et, en général, cela revient. Au moment où je suis censé traduire, tout revient et j’essaie de garder la même intonation, la même gestuelle pour retranscrire au plus près. Mais, vingt minutes après la conférence de presse, si je reprends mon carnet et que je vois les mots, impossible de me souvenir.

 

Vous avez une mémoire plus auditive que visuelle?

Je ne sais pas. Peut-être un peu plus auditive. J’ai tendance à oublier les visages plus facilement.

 

En dehors des festivals, vous ne travaillez pas pour le Public System, je crois.

J’ai un statut d’indépendant. Je suis traducteur interprète. Je vis en Allemagne mais je travaille principalement en France. Ma société est en France. Avec le Public System ce sont des contrats par festival. Je travaille aussi sur des événements de cinéma à Paris, des avants-premières. En avril, j’ai fait celle de “Fast and Furious” au Grand Rex, en juillet, j’ai fait l’avant-première de “Dunkirk” à Paris et à Dunkerque.

Le reste du temps, j’écris des livres de typographie, car je suis prof de typographie. J’inteviens dans des écoles d’art. J’ai écrit six livres. J’en prépare un en bande dessiné. Je suis également graphiste. Par contre, les sites Internet j’ai arrêté.

 

Traduisez-vous d’autres langues que l’anglais?

Non. je parle d’autres langues mais pas suffisamment bien pour être interprète. Je connais un peu de japonais, de turc, d’allemand.

 

Etes-vous cinéphile?

Oui vraiment. Je vois plus de films américains.

 

Vous vivez aux Etats-Unis?

Non je ne vis plus aux Etats-Unis mais en Allemagne. Je vois plus de films américains, parce qu’il y a plus de films américains qui sortent.

 

Votre goût naturel vous porte-t-il vers le cinéma américain?

Non, il va vers les bons films d’où qu’ils viennent. Cela fait longtemps que j’essaie de me faire une liste de mon top dix des films que je peux voir soixante fois sans me lasser. C’est assez éclectique. Il y a cinq ou six films américains, des films français, japonais… J’ai vécu au Japon, j’ai une tendance à aimer les films japonais. J’ai vécu en Turque par contre je n’aime pas trop ce cinéma qui est particulier.

 

Pouvez-vous nous citer des titres de films de votre top 10?

Il y a forcément un Kubrick, “Shining” sans doute, sacré chef-d’oeuvre! Il y a aussi un Lynch. J’hésite toujours entre “Mulholland Drive” et “Lost Highway”, l’un des deux sera dans le top trois et l’autre dans le top dix. Et dans le top trois, il y a ce film vraiment drôle mais plus complexe qu’il n’en a l’air : “Un jour sans fin” (de Harold Ramis).

 

Si je récapitule, vous avez vécu aux Etats-Unis, au Japon, en Turquie et aujourd’hui en Allemagne?

Le Japon un an, la Bulgarie six mois, mais en termes de ressenti c’était plus vingt-cinq ans – , les Etats-Unis neuf ans, la Turquie douze ans et l’Allemagne cela fait même pas un an.

 

Qu’est-ce qui vous pousse à vivre dans ces pays?

L’envie, souvent les femmes. Par contre ce qui m’en fait partir, ce sont souvent les catastrophes. Par exemple New York, ce sont les attentats du 11 septembre, la Turquie c’était le coup d’état.

 

Revenez-vous régulièrement en Normandie?

Non, une ou deux fois par an. Le temps passe, on vieillit. Je vais être papa en février, forcément, je vais moins voyager.

Katie says goodbye : LA révélation du festival s’appelle Olivia Cooke

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Actrice britannique vue notamment dans la série “Bates Motel”, Olivia Cooke, 24 ans, était dans tous les esprits à l’issue de la projection de “Katie says goodbye”, en compétition du 43e festival du cinéma américain de Deauville, jeudi après-midi. Dommage qu’elle n’était pas présente dans la salle.

 

Jolie comme un coeur, avec des yeux immenses hyperexpressifs, à l’écran, elle donne vie au personnage titre, tout à fait hors norme : une jeune serveuse dans un “diner” perdu au milieu de la campagne désertique du sud ouest américain se prostitue dans le but de collecter suffisamment d’argent pour partir vivre à San Francisco avec sa mère. Elle tombe amoureuse d’un repris de justice qui vient de débarquer. Malheureusement, Katie va se retrouver aspirée dans un engrenage pervers.

 

On devine le plaisir sadique du réalisateur et scénariste, Wayne Roberts, dont c’est ici le premier film, à concocter une mécanique narrative impitoyable censée conduire la protagoniste à sa perte.

Naïve, Katie l’est indéniablement. Mais, elle possède cette noblesse du coeur de faire intrinsèquement confiance en son prochain. Lumineuse et naturellement optimiste, elle agit pour le bien de ceux qu’elle aime. Et le fait de coucher avec à peu près tout le monde (y compris le shérif!) contre de l’argent dans le but d’offrir une vie meilleure à sa mère et à elle-même, ne lui apparaît aucunement problématique. Sauf que la nature humaine est cruelle et, comme dans les contes, l’agneau se trouve à la merci des loups. En l’occurrence des hommes qui pour la plupart ne la considère que comme un objet sexuel mais aussi des femmes qui n’hésitent pas à abuser de sa générosité pour leur profit personnel.

 

La prestation d’Olivia Cooke en jeune femme qui s’efforce de se maintenir au-dessus de la mêlée, alors même qu’elle est victime de son environnement,  est bouleversante.

Le réalisateur a nié toute portée christique ou biblique dans le personnage, néanmoins il est indéniable que Katie dans son attitude autosacrificielle, évoque une sorte de martyre souillée, dépouillée, trahie et néanmoins surtout pas vaincue.

 

La mise en scène est ample et inspirée, le malaise progresse crescendo, avec des espaces qui permettent au spectateur de décompresser. Après s’être fait remarqué en incarnant de façon convaincante un sociopathe dans un autre film présenté en compétition (”Sweet Virginia“), Christopher Abbott, présent à Deauville, enchaîne ici dans un rôle quasi mutique avec cette puissance physique qui semble le caractériser.

 

Un film coup de coeur qui mérite tous les éloges. Sortie en salles le 3 janvier 2018.

Benjamin Biolay, membre du jury à Deauville : « Ici, ce n’est pas du travail »

Le chanteur, compositeur, acteur était membre du jury compétition du 43e festival du cinéma américain de Deauville.

 

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Quels sont vos liens avec Deauville, le pays d’Auge et la Normandie plus globalement?

En Basse-Normandie, j’y vais souvent et j’ai des gens de ma famille qui ont une maison. Quand j’étais jeune, j’allais beaucoup à Granville.

 

Où se trouve la maison?

Pas loin de Dreux.

 

Et Deauville?

Je connais bien. J’y ai joué souvent. Deauville, Trouville, Beuzeville, Canapville, je connais pas mal. J’avais des amis qui me prêtait une maison à Honfleur aussi, j’adorais!

 

Auriez-vous une adresse à recommander?

Il y a un restaurant ici qui est très bon : Le Comptoir et la table (Quai de la Marine, à Deauville, NDLR).

 

Quel regard portez-vous sur ce festival? Le voyez-vous comme des vacances? du travail? Prenez-vous le temps de composer ou d’écrire ici?

Non, je n’arrive pas à prendre le temps de composer ni d’écrire car il y a des dîners et d’autres choses comme ça. Il faut du temps pour écrire. Autrement, non ici, ce n’est pas du travail. Le travail, c’est plus dur que ça.

 

Donc, là vous soufflez?

Oui, quand même.

 

Vous voyez pas mal de films. En voyez-vous plus que la compétition?

Cela dépend des jours, deux parfois plus.

 

Êtes-vous habitué à voir beaucoup de films tout au long de l’année?

Pas au cinéma, du coup je suis content de voir autant de films en salles. Par contre, je mange beaucoup de films à la maison.

 

Vous êtes donc cinéphile?

Oui, mais tous genres. C’est ce que je n’arrête pas de dire ici. Je ne suis pas du tout sectaire dans le cinéma. Il y a des choses que j’adore et je sais que ce sont des navets et d’autres des chefs-d’oeuvre.

 

Votre film de chevet?

C’est compliqué à dire. Je ne saurais pas dire. J’en ai vu tellement avec ceux d’ici. Il y en a que j’ai beaucoup aimé mais je n’ai pas le droit de dire lesquels.

 

Quel est votre premier souvenir de cinéma?

En salle, “Star Wars”. Je suis né en 1973, le premier film américain qui faisait du bruit et que j’ai vu en salle, c’était ça. On était avec tous les cousins. J’ai une très grande famille, avec treize frères et soeurs et toute une ribambelle de cousins germains… Après, il y avait les figurines un vrai délire.

Même E.T., je n’étais pas bien vieux quand je l’ai vu, mais je suis resté scotché dès la première scène.

 

Etes-vous toujours fan au point d’attendre avec impatience le prochain volet de la saga?

Par principe oui, mais dire que je suis resté fan non. Je continue à regarder. L’été dernier avec des amis et les enfants, on a regardé l’intégrale de “Star Wars” dans l’ordre narratif, c’était pas mal.

 

Avez-vous été séduit par des musiques de films qui ont été présentés au festival cette année?

Non, c’est plutôt bon signe. Il n’y a pas une musique qui m’a cassé la tête ou que j’ai trouvée trop prenante. Ca veut dire que les films sont très intéressants. Je vais vous faire une confidence, il n’y a aucune musique dans cette cuvée. Il y a une chanson merveilleuse dans A Ghost Story, une grande chanson écrite pour le film, mais sinon il n’y a pas beaucoup de musiques. Quelques synchros, quelques chansons qui passent… Ce n’est pas un cinéma très musical.

 

Le cinéma américain indépendant que vous aimez, c’est quoi?

Todd Solondz, j’adore Cassavettes. Woody Allen aussi, mais est-il représentatif du cinéma indépendant? Il y a des grands chocs dans le cinéma américain indépendant. Je pense à “Easy Rider”, j’adore!

 

Vous êtes aussi acteur. Qu’est-ce que cela vous apporte au quotidien et êtes-vous en mesure de choisir vos rôles aujourd’hui?

Je choisis mes rôles moi-même et je vais assez vite. Je ne vais pas me chercher une raison de faire un film ou de ne pas le faire. J’ai un agent qui ne trie pas beaucoup pour moi car il sait que ça me gonfle et elle sait que je peux lire. Après, elle peut me dire : je pense que tu as tort, mais si j’ai envie de le faire, voilà!

Après ce n’est pas quotidien comme activité. Cela me permet de m’éloigner de moi et finalement de me retrouver. Alors que mon métier d’auteur compositeur est totalement autocentré, de temps en temps je me perds. C’est le grand paradoxe.

Quand je suis dans mes méandres et que je me dis : est-ce que je suis un gros nul, est-ce que je suis un génie? C’est très manichéen. J’ai fait une bombe ou j’ai fait une merde. Personne ne se dit j’ai fait une chanson “pas mal”. On se dit j’ai fait une bombe et après le temps fait son jugement et cela peut se révéler être une merde. Vous vous voyez écouter un album que vous trouvez moyen, vous?

 

Non, ce serait de la musique d’ascenseur…

Voilà!

 

Avez-vous un prochain film en vue?

J’ai deux films qui vont sortir, mais pour l’instant je n’ai pas de tournage sûr en vue. J’ai dû refuser de tourner des films car j’ai fait une bonne année et demie de tournée. Ca n’a pas été sans déplaisir. C’est dur. Il y a des moments où on a aucune tournée, personne ne vous propose des trucs corrects et évidemment quand on a 150 dates… Il y a une logique à ça. Quand on a 150 dates, c’est qu’on a sorti un album qui a marché, qu’on vous a vu à la télé, qu’on a parlé de vous dans les journaux, qu’on a lu votre pensée. Mais oui, c’est un peu rageant.

 

Pouvez-vous nous parler des deux films qui sortent?

C’est “Numéro Une” de Tonie Marshall avec Emmanuelle Devos, Richard Berry, Suzanne Clément, Anne Azoulay… C’est un film sur les difficultés pour une femme à devenir la numéro un dans le milieu du CAC 40. L’autre c’est “La Douleur” d’Emmanuel Finkiel, d’après Duras et cela se passe à la fin de la Seconde Guerre mondiale, un film très dur, avec Mélanie Thierry et BenoÎt Magimel.

 

Marguerite Duras qui est une figure de Trouville. Etes-vous fan?

Oui quand même. J’aime toute son oeuvre à une exception près : l’affaire du petit Grégory et ce texte “Sublime, forcément sublime Christine V.” qui incriminait Christine Villemin. Là, elle m’avait choqué.

Sinon, je suis un fanatique de Duras que j’ai mieux découvert avant de tourner le film. Je ne comptais lire que “La Douleur” pour le film, cela m’a plu et dans la foulée j’ai lu beaucoup de ses livres alors que j’en avais lu très peu jusque-là.

 

Et Duras la cinéaste?

Un peu moins. Je ne trouve pas ça rébarbatif, mais je suis un peu moins touché. J’aime son style tellement cru. Pour un auteur de chansons, c’est assez cool. Elle a une super musique, Marguerite Duras!

 

Etes-vous un spectateur patient avec les films?

Je peux me barrer quand je vais au cinéma. Mais je vais attendre l’heure de jeu. C’est comme en sport, à l’heure de jeu on voit comment va se passer le match.

 

Avez-vous eu envie de sortir de la salle cette année à Deauville?

Très peu. je ne sais pas si je l’aurais fait en vrai. Les seuls moments où j’ai eu envie de me barrer, c’est parce que je savais que je n’avais pas le droit. C’est mon côté rebelle à deux francs (sourire).

 

La tournée et les concerts reprennent en novembre.

Non quelques concerts, c’est le bouquet final. Je suis très content de l’accueil. Je n’avais pas sorti de disque depuis longtemps et j’en ai sorti deux en un an. Cela a été éprouvant mais j’ai pu faire partager ma passion pour l’Amérique latine, Buenos Aires, faire venir des musiciens… Plein de ponts se sont faits entre les musiciens français. Je suis très content. En plus, je suis passé sur Radio Latina, je n’en revenais pas!

 

Cette relation avec l’Amérique latine, allez-vous la prolonger?

Je vis un peu là-bas, je vais continuer à enregistrer des choses. J’ai des super musiciens. Mais je ne vais pas en parler ad vitam aeternam. Après, c’est aussi en moi. Si je me laissais aller, je ne ferais que ça. La musique latine est suffisamment vaste pour faire plein de choses différentes.

The Wilde Wedding : une comédie qui se laisse regarder, sans plus

wilde wedding

 

« Ce film est une version scénarisée du quatrième mariage de ma mère.» Neuf ans après avoir remporté le prix de la critique à Deauville pour son film “Gardens of the night”, le réalisateur britannique Damian Harris présentait “The Wilde Wedding”, mardi 5 septembre, au festival du cinéma américain de Deauville. « Mon père était le premier mari de ma mère et ce mariage n’a pas été un grand succès. En revanche, ils ont eu un divorce très réussi. Ils se sont échangés des cadeaux de divorce et sont resté très proches. Quand ma mère a songé à se marier de nouveau, elle a demandé à mon père quelques conseils. Quand le quatrième mariage arrive, celui du film, mon père n’est malheureusement plus de ce monde et ne peut donc pas donner son avis. C’est aussi la raison pour laquelle j’ai voulu faire ce film, pour qu’il puisse enfin en être. C’était il y a quinze ans. Et ma mère est toujours heureuse dans son mariage avec son quatrième mari. Ce qui m’interroge sur les conseils qu’elle avait reçus de mon père pour les deux précédents….»’

 

Le résultat est une comédie chorale, au casting intéressant (Glenn Close, Minnie Driver, John Malkovich, Patrick Stewart…) mais qui ne réussit jamais à décoller ni à surprendre. On est loin du génie comique de “Quatre mariages et un enterrement” de Mike Newell. Les acteurs cabotinent, les répliques et les situations ne sont pas toujours drôles (pauvre Patrick Stewart, totalement ridiculisé dans son rôle d’obsédé sexuel) et l’ambiance soi-disant délurée sonne faux. S’il ne restera pas dans les mémoires, le film se laisse malgré tout regarder.