“Victoria” : Virginie Efira pétillante dans une comédie qui s’enlise un peu

"Victoria", de Justine Triet, avec Virginie Efira, Melvil Poupaud, Vincent Lacoste
"Victoria", de Justine Triet, avec Virginie Efira, Melvil Poupaud, Vincent Lacost...

Suite à sa présentation en ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs, en mai dernier, le nouveau film de Justine Triet (”La Bataille de Solférino”) avait largement séduit la critique française. Cette excellente réputation a provoqué chez les fans de Virginie Efira, dont je fais partie, un désir accru de le découvrir. Au final, c’est un léger sentiment de déception qui prévaut.

“Victoria”, à ne pas confondre avec l’excellente production allemande sortie l’an dernier, ne vaut que pour son actrice principale, que l’on voit quasiment de tous les plans. C’est déjà pas mal, mais on pouvait espérer mieux. Il s’agit donc d’un portrait, en mode humoristico-romantico-dramatique. Victoria, avocate, séparée et maman de deux petite fille est incarnée, on l’a compris, par une Virgina Efira toujours aussi radieuse, mais que l’on découvre ici en mode “humour triste”. Elle ressemble aux héros des films de Woody Allen : névrosée, dépassée par les événements  de sa vie, incapable de dire non à ses proches et surtout tristement seule. La comédienne est parfaite dans son interprétation, tour à tour lunaire, à côté de la plaque, sexy et attendrissante dans la façon dont elle se débat avec les problèmes des autres sans parvenir à solutionner les siens.

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Malheureusement, l’intrigue se disperse trop pour passionner : Victoria, avocate au pénal, se laisse convaincre par son ami de longue date – incarné par un Melvil Poupaud ambigu qui perd ses cheveux – de prendre sa défense dans une mystérieuse affaire de coup de poignard. On se rend rapidement compte que même la réalisatrice fait peu de cas de cette énigme dont on ne saura jamais la vérité. Alors pourquoi en parler?
En parallèle, Victoria voit débarquer dans sa vie, Samuel, un ancien client, dealer, qui lui propose de l’aider à garder ses deux petites filles et de l’assister dans son travail, en échange de pouvoir loger chez elle. L’excellent Vincent Lacoste, que l’on découvre d’abord en ado binoclard un peu naïf puis, au fur et à mesure, et sans qu’on comprenne trop pourquoi, gagne en virilité et se transforme même en séducteur au visage faussement impassible et à l’humour pince sans rire. Malheureusement, le film ne lui donne pas beaucoup de consistance. A un moment donné, son personnage reproche à Victoria de ne pas s’intéresser à lui, que s’il connaît tout d’elle, elle ne sait rien de sa vie, qu’il est transparent à ses yeux. Et c’est aussi l’impression qu’il laisse à nous spectateurs. Dommage, car c’était sans doute l’histoire centrale à creuser et qui méritait une conclusion moins cliché.

Et, troisième couche, totalement inutile et parasite, dans le sens où elle casse le rythme : l’entrée en scène de l’ex compagnon de Victoria, interprété par un Laurent Poitrenaux relativement sobre. Le personnage se découvre un talent pour l’écriture et décide de tenir un blog dans lequel il raconte les aventures professionnelle et intime d’une certaine avocate, prénommée Vicky. Évidemment, il parle de son ex et règle ses comptes. Un tel sujet mériterait un film en soi, mais la réalisatrice se contente ici d’effleurer les choses,même si elle pose des questions intéressantes : où s’arrête la liberté de création? Les moments et secrets partagés avec autrui deviennent-ils notre propriété?

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Quant à l’humour du film, certains critiques parlent de “comédie hilarante”, n’exagérons rien. Virginie Efira et Vincent Lacoste forment un duo romantico-comique plutôt convaincant et qui méritait d’être plus largement développé. La séquence du tribunal avec le dalmatien est appelée à devenir culte. En revanche, certaines situations ratent leur cible et ne font pas rire du fait d’une impression de déjà-vu (notamment la scène de sexe ratée dans le noir).
En conclusion, ce n’est pas la comédie de l’année espérée, mais rien que pour Virginie Efira, “Victoria” mérite le déplacement.

“Brooklyn Village”, “Le Teckel” et “Captain Fantastic” triomphent à Deauville

Ira Sachs, Anna Rose Holmer et Matt Ross. Crédit Dominique Saint
Ira Sachs, Anna Rose Holmer et Matt Ross. Crédit Dominique Saint

Le palmarès de la 42e édition du festival du cinéma américain de Deauville a été dévoilé, samedi 10 septembre.

Le jury présidé par Frédéric Mitterrand et composé d’Ana Giradot, Marjane Satrapi,  Françoise Arnoul, Emmanuel Mouret, Eric Elmosnino, Douglas Kennedy et Radu Mihaileanu a sacré trois films :

Grand Prix
BROOKLYN VILLAGE (”Little Men”) de Ira Sachs
(Distribution France: Version Originale / Condor)
Prix du Jury ex-aequo
CAPTAIN FANTASTIC de Matt Ross
(Distribution France: Mars Distribution)
LE TECKEL (”Wiener-Dog”) de Todd Solondz
(Distribution France: ARP Sélection)

Les lauréats accompagnés des membres du jury. Crédit Dominique Saint
Les lauréats accompagnés des membres du jury. Crédit Dominique Saint

Le jury Révélation présidé par Audrey Pulvar et composé de Christa Théret, Diane Rouxel, Jérôle Bonnell, Kheiron et Cédric Anger a choisi “Captain Fantastic”, Audrey Pulvar ayant par ailleurs salué le film “The Fits” qui a remporté le prix de la critique.

Prix de la critique
THE FITS de Anna Rose Holmer
(Distribution France: ARP Sélection)

Prix du public

CAPTAIN FANTASTIC de Matt Ross
(Distribution France: Mars Distribution)

Le deuxième film préféré du public étant SING STREET de John Carney.

Première. “War Dogs” : Duo sympathique et discours antimilitariste plutôt efficace

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Jonah Hill et Miles Teller, la nouvelle génération de Hollywood. Le festival de Deauville aurait pu leur décerner son fameux prix Nouvel Hollywood. Le premier tout en rondeur, avec un regard bleu ultraexpressif et une énergie débordante a éclaté sur la scène internationale avec sa prestation aux côtés de son pote Leonardo DiCaprio dan “Le Loup de Wall Street”. Le second a dévoilé un talent de performer physique dans Whiplash, grand prix du festival en 2014, réalisé par Damien Chazelle.

Le réalisateur de “Very Bad Trip”, Todd Philipps, a eu a bonne idée de les réunir dans “War Dogs”, une histoire, comme de plus en plus souvent à Hollywood, inspirée d’une histoire vraie : à savoir celle de deux jeunes Américains, d’une vingtaine d’années, Efraim Diveroli et David Packouz, installés en Floride qui s’improvisent marchands d’armes auprès du Gouvernement. On aurait pu craindre un pamphlet antimilitariste moralisateur filmé comme un clip vidéo géant, vu en plus que le film se déroule depuis Miami, en Floride. Le résultat est plutôt convaincant et le message passe, sans forcer.

Les scénaristes et le réalisateur ont privilégié l’histoire d’amitié entre ces deux jeunes au tempérament diamétralement opposé mais attirés par le même appât : celui de se faire beaucoup d’argent relativement facilement. Un thème que l’on retrouve dans d’autres films de la sélection, notamment “Teenage Cocktail”.

L’histoire est tirée d’un article paru dans le magazine Rolling Stones. La fin est prévisible mais ce n’est pas gênant, car tout l’intérêt du film porte sur la relation d’amitié entre les deux jeunes, relation qui s’effrite petit à petit sous le poids des dollars qui s’amoncellent.

La mise en scène est relativement classique, avec l’éternelle introduction qui s’interrompt sur une scène dramatique, suivie d’un retour en arrière pour expliquer comment on en est arrivé là. On se demande pourquoi tout le monde applique cette recette actuellement à Hollywood.

En tout cas la bande originale qui fait appel à des pointures de styles différents, de Leonard Cohen à Aerosmith en passant par Pink Floyd, Dean Martin, UB 40, 50 Cents, etc. est une tuerie! Au moins, vous pouvez acheter le disque.

Hommage à Daniel Radcliffe : «Harry Potter a été quelque chose d’extraordinaire»

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La star de Harry Potter présentait en avant première le thriller “Imperium” de Daniel Ragussis, dans lequel il joue un agent du FBI infiltré dans un groupe de fascistes américains qui menacent d’organiser un attentat à l’arme chimique.

 

Comment vous êtes vous documenté pour incarner votre personnage d’infiltré dans un groupe fasciste pour “Imperium”?

Le fait d’avoir Mike German, l’agent du FBI dont l’expérience a inspiré le sujet du film, de pouvoir lui parler, de l’utiliser comme ressource, a été incroyable. Grâce à lui j’ai découvert combien son travail était difficile, et de façon surprenante, les effets négatifs que cela peut avoir sur sa carrière. Alors que je pensais qu’être infiltré était une des choses les plus courageuse que l’on pouvait faire et que cela méritait d’être reconnu et donne lieu à une promotion, j’ai découvert que ce n’était pas le cas. La littérature, Internet nous donnent une bonne idée de la manière dont ces personnes pensent et s’adressent les unes aux autres.

 

Après la saga Harry Potter, avez-vous eu peur d’être catalogué dans un type de rôle? Comment avez-vous réussi à rebondir?

J’étais inquiet car je ne savais pas ce qui allait se passer. Mais très vite j’ai découvert que si la moitié des gens dans l’industrie du cinéma continuerait à me voir uniquement comme Harry Potter, l’autre moitié aurait une envie de dire : ce serait amusant de voir ce qu’il peut faire d’autre. Beaucoup de réalisateurs aiment l’idée d’être celui qui m’a réinventé. Je sais que John Krokidas (réalisateur d’”Obsessions meurtrières”) aime particulièrement cette idée. Certains sont enthousiastes à l’idée de vous donner l’opportunité de montrer quelque chose de différent. Il suffit de saisir ces occasion, le plus possible. Je vois “Harry Potter” comme quelque chose d’extraordinaire qui m’a donné un début de carrière fantastique. Après, il fallait que je recommence à zéro et que je réfléchisse à la carrière que je souhaitais embrasser, en fonction de ce que j’aime faire. J’ai été très chanceux avec les projets que j’ai réalisé. Cela fait six ans que l’aventure Harry Potter s’est terminée, et j’ai été chanceux par la manière dont les choses se sont déroulées pour moi. Si on m’avait offert cette carrière quand j’avais 19 ou 20 ans, je vous l’aurais arrachée des mains.

 

Le festival vous rend hommage à travers le prix Nouvel Hollywood, or on vous connaît depuis longtemps. Est-ce une façon de rendre hommage à la façon dont vous avez su rebondir dans votre carrière?

Quand j’ai entendu la catégorie de ce prix, j’ai été très surpris. J’étais jaloux de certains de mes amis acteurs, comme Dane DeHaan dans “Obsessions meurtrières” ou même James McAvoy, quand il a reçu son prix de révélation anglaise. Je me suis dit, mince, jamais je ne recevrai un tel prix car les gens sont habitués à moi vu que je suis là depuis longtemps. Et lorsque j’ai démarré, je considère que je n’étais pas un bon acteur et que je ne méritais pas un tel prix. Cet hommage ici à Deauville, je le prends comme une reconnaissance de mon travail dans “Harry Potter” mais dans les films que j’ai fait depuis. Cela me laisse penser que je suis sur la bonne voie et qu’il faut que je continue. Quant au fait d’avoir mon nom sur une des cabines à côté de tous ces grands noms d’acteurs et de réalisateurs, cela ne pourra jamais être quelque chose de normal à mes yeux.

 

Avez-vous eu des cauchemars lorsque vous avez interprété votre rôle d’infiltré dans un milieu fasciste pour “Imperium”?

Non, mais on a eu des choses étranges pendant le tournage. Nous étions une équipe relativement réduite et dans la scène de la manifestation pro race blanche, les gens qui étaient là ne voyaient pas nécessairement qu’il y avait une caméra qui tournait. Ils voyaient des types avec des cagoules arborant des banderoles. Des voitures avec à bord des noirs américains roulaient à côté de nous et se demandaient ce qu’il se passait avec ces skin heads. On a dû leur expliquer qu’on ne partageait aucune de ces idées et que c’était pour un film. Jouer la comédie, c’est une chose, mais on sait que ces mots ont un sens et qu’ils sont très déplaisants à prononcer.

 

Dédiez-vous ce film à Donald Trump?

Je ne dédie rien à Donald Trump!

 

Comment choisissez-vous vos films entre grosses productions hollywoodiennes et petites productions plus complexes?

Cela dépend de ce qui m’attire dans les scénarios. J’ai la chance d’être dans une position, que peu d’acteurs ont, de pouvoir dire non à certaines propositions. J’ai beaucoup de choix dans ma carrière aujourd’hui. J’adore faire des blockbusters, c’est très fun. On me pose souvent la question si je préfère faire des films indépendants ou des gros blockbusters comme si réaliser un blockbuster était super facile à faire et que tout le monde en faisait à tout moment. Ce n’est pas vrai. Mais globalement, là où le scénario est le plus intéressant et là où les gens prennent le plus de risques, c’est dans le cinéma inventif. Et c’est ce cinéma qui m’intéresse le plus aujourd’hui.

 

 

Hommage à Daniel Radcliffe par Clémence Poesy : “Une énergie insatiable et une politesse charmante”

 

Vendredi 9 septembre, le comédien britannique, Daniel Radcliffe a reçu le prix Nouvel Hollywood des mains de la comédienne Clémence Poesy, sa partenaire dans la saga Harry Potter, qui lui a rendu hommage.

 

«Quand j’ai rencontré Daniel, il y a un peu plus de dix ans, j’ai été admirative de sa curiosité sur la manière dont sont fabriqués les films. Il était très jeune à l’époque. Il engageait la conversation avec tout le monde, les acteurs, techniciens, producteurs sur le plateau, à propos de leur savoir faire, du processus. Il avait une énergie insatiable et une politesse charmante, ce qui le rendait irrésistible. Je m’étais posé la question : où est-ce que tout cela allait l’emmener?

Il était fascinant de voir tout le travail qu’il engageait dans chacune de ses nouvelles aventures, combien il n’avait pas peur d’aller, sans condition, là où personne ne l’attend. Et de voir sa passion pour tout, y compris pour la musique. Je me souviens de plusieurs matins où on entendait de la musique très très forte, pendant le maquillage, ce qui nous donnait un petit coup de vieux au passage. Je me souviens combien il aimait le cinéma et la littérature, à un si jeune âge.

Je me trouvais dans un cinéma à Londres il y a quelques semaines et j’ai vu cette bande annonce d’un film complètement fou. Cela m’a demandé un certain temps avant de réaliser que c’était Daniel sur l’écran, à côté de Paul Dano. Je me suis dit que ce serait génial pour nous tous de continuer à le suivre dans toutes ses aventures extraordinaires.»

Compétition. “The Fits” : Une quête d’identité trop hermétique

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Dernier film présenté en compétition et premier de la réalisatrice Anna Rose Holmer, “The Fits” a plongé les festivaliers dans un sentiment de perplexité. Très courte (1 h 12), cette fiction raconte l’histoire de Toni, une jeune fille de 11 ans (interprétée par Royalty Hightower, une vraie danseuse), à Cincinatti, qui pratique la boxe avec son frère. Jusqu’au jour où elle découvre un cours de danse de style hop hop qui la fascine.

 

Mis en scène de façon très contemplative, avec une atmosphère proche du fantastique, le film ne passionne guère. D’abord parce qu’il ne se passe pas grand chose à l’écran et les seuls enjeux dramatiques se résument à une apparente contagion : chaque danseuse est prise tour à tour de convulsions. En conférence de presse, la réalisatrice a éclairé notre lanterne en expliquant que chacune de ses convulsions avait été chorégraphiée de façon unique et forment une allégorie de la quête individuelle d’identité de chaque jeune fille, y compris Toni. Pas sûr que cela suffise à justifier l’intérêt du projet.

 

Compétition. “Brooklyn Village” : Une belle histoire d’amitié tout en retenue

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Autre sérieux prétendant au Grand prix du festival du cinéma américain de Deauville, “Brooklyn Village” d’Ira Sachs réussit à raconter une histoire simple et néanmoins profondément émouvante : celle d’une amitié entre deux jeunes adolescents de milieux différents, une amitié mise à mal par le monde des adultes.

 

Le cinéaste new yorkais, habitué de Deauville, il a notamment présenté son précédent long-métrage “Love is Strange“, en 2014, explique qu’il s’est inspiré du cinéaste Ozu pour raconter les petits détails de la vie ordinaire qui jouent pourtant un rôle déterminant. Robert Bresson est une autre influence. Ses deux jeunes comédiens, Theo Taplitz et Michael Barbieri, ont été choisis, justement parce que le premier, lunaire et discret paraît être issu d’un film de Bresson tandis que le second, impulsif et spontané, correspond davantage aux films de Scorsese.

 

 

"Brooklyn Village", d'Ira Sachs.
"Brooklyn Village", d'Ira Sachs.

 

A l’écran, l’alchimie entre les deux enfants est évidente, ce qui rend la séquence finale, sur le thème de la perte, d’autant plus émouvante. Quel plaisir également de retrouver la comédienne britannique Jennifer Ehle (Raison et Sentiment, version BBC), bien trop rare. Sans emphase ni effets superficiels, et avec un attachement profond pour tous les personnages (sauf peut être celui de la soeur du père), le film met en place un engrenage universellement fatal dès lors que la problématique économique – l’argent – vient mettre à mal la vie paisible de village, qu’il soit à Brooklyn ou ailleurs.

 

Massoumeh Lahidji, traductrice officielle du festival : «J’aime beaucoup la Normandie»

massoumeh lahiji

 

Rencontre avec Massoumeh Lahidji, traductrice officielle du festival du cinéma américain de Deauville. D’origine iranienne, elle maîtrise cinq langues et se dit passionnée de cinéma.

 

Connaissiez vous Deauville avant le festival?

Je connais bien la Normandie mais pas Deauville. Je connais bien la Seine maritime. Quand j’étais petite et que je vivais en Iran, j’ai fait ma première colo à Pourville-sur-Mer, à côté de Dieppe. J’avais cinq ans et on m’a envoyée d’Iran à Pourville. C’est un souvenir magique. Je suis venue vivre en France quelques années plus tard et je suis retournée là-bas. Quand j’étais étudiante, je passais beaucoup de temps à Dieppe, en vacances. J’aime beaucoup la Normandie.

 

Depuis quand travaillez-vous pour le festival du cinéma américain?

Depuis 2008. Dès le départ, j’animais les conférences de presse.

 

Auparavant, vous étiez au festival de Cannes?

Je suis toujours au festival de Cannes, c’est compatible.

 

Comment avez-vous commencé à traduire dans le milieu du cinéma?

Je me destinais à faire du sous-titrage. Ce qui m’intéressais c’était de traduire des films et sur le plan théorique de réfléchir à la question des langues au cinéma. Par hasard, j’ai commencé à travailler comme interprète dans un premier festival, puis dans un autre et puis à La Quinzaine des réalisateurs, à Cannes…

 

Quel était ce premier festival?

Les rencontres Henri-Langlois, à Poitiers, un festival de cinéma d’école. Je faisais un stage dans ce festival. Puis très vite j’ai travaillé à Toronto. Et une fois que j’ai fait la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, c’est devenu mon métier, d’une part dans des festivals et d’autre part avec des cinéastes.

 

Sur des tournages?

Oui et aussi en amont sur des scénarios. Des cinéastes qui sont amenés à travailler dans d’autres langues que la leur. Car le cinéma devient extrêmement mondialisé et par nécessité polyglotte.

 

Combien de langues parlez-vous?

Professionnellement, je parle cinq langues : le français, anglais, espagnol, italien, persan. Le persan est ma langue maternelle. Le français aussi, pour ainsi dire. De formation, je suis hispaniste et angliciste. Comme n’importe qui en France, j’ai étudié deux langues. J’ai fait mon cursus académique en espagnol. L’anglais est venu après, car au cinéma tout se fait en anglais. J’ai vécu au Canada. L’Italien, c’est venu par la force des choses quand j’ai travaillé sur un film en Italie, mais je n’ai pas de diplôme universitaire en italien.

 

Les langues, c’est quelque chose de naturel pour vous?

Oui, je suis née dedans. Ma famille est très monolingue, mais j’ai grandi dans deux langues. Ma famille a eu la curiosité, dès la maternelle, de me mettre dans une école où on apprenait une autre langue que celle qu’on parlait à la maison. J’ai grandi en Iran et j’allais dans une école française. Cela aurait pu s’arrêter à deux langues.

 

Où vivez-vous en France?

J’ai vécu plus de trente ans à Paris et maintenant je vis à Montpellier.

 

Dans le cadre du festival de Deauville, avez-vous votre mot à dire quant au choix des personnalités que vous traduisez?

J’exprime mes souhaits. Nous sommes deux à faire ce travail : David Rault et moi. La tendance est que David fasse les films de la compétition et moi les hommages et les premières. Mais c’est bien de changer aussi. Je n’aime pas les choses rigides. Comme je travaille dans plusieurs festivals, il y a des cinéastes que je connais, que je suis. Je travaille avec eux.

 

Avant chaque rencontre, j’imagine que vous vous préparez en regardant les films de la personne pour qui vous allez être l’interprète?

Oui, c’est un vrai travail. Comme un journaliste, on peut bluffer si on n’a pas vu le film, mais autant changer de métier. Quel est le sens de ce travail si ce n’est pas le plaisir de partager un moment de vérité avec un être? C’est comme ça que je le perçois. Aujourd’hui, j’ai découvert une réalisatrice, je ne la connaissais pas. J’ai passé un moment en lisant sur elle, en essayant de me glisser dans son univers. L’intérêt c’est d’être la petite souris dans le monde d’un réalisateur ou d’un acteur, d’un être humain quel qu’il soit.

 

Avez-vous réussi à mener vos recherches sur les langues dans le cinéma, comme vous le souhaitiez?

Non. Je le fais dans ma t^te mais je n’ai pas eu le temps de faire ma thèse. Je continue de réfléchir disons.

 

Sur ce festival, avez-vous des souvenirs marquants depuis 2008?

Ce qui me reste : quand je me surprends dans mes a priori absurdes, comme le fait de croire que les acteurs ne sont pas des gens très intéressants et que les réalisateurs le sont. Ce qui me reste c’est quand je ne m’atendansi pas à trouver une personnalité intéressante et que finalement, j’ai passé un très bon moment avec cette personne.

 

Vous pensez à quel acteur?

A Harvey Keitel avec qui j’ai trouvé des moments d’une vérité, d’une poésie, d’une générosité magnifiques. J’en ai encore la chair de poule. Ou encore Orlando Bloom, un gars que je ne connaissais pas. Je découvre un autre cinéma. Le cinéma d’auteur américain je connais bien. Je râle quand ils me font faire des hommages et des premières car ils me font travailler sur des films commerciaux que je ne verrai pas. Par exemple, Harry Potter, Daniel Radcliffe, demain, je ne connais pas. J’ai plein de devoirs ce soir.

 

Vous n’avez pas lu les livres?

Non, ce n’est pas mon monde. Mais cela vous oblige à mettre votre nez dans un univers qui n’est pas le vôtre.

 

Les personnalités vous les fréquentez aussi en off, pendant le festival?

Je peux, mais je ne le fais pas. Tout m’est donné pour passer un moment avec eux. Beaucoup de gens dans ce milieu font ça, mais je ne le fais pas. J’aime bien garder l’authenticité, la beauté de cet instant. je n’ai pas envie avant de boire une coupe de champagne avec eux. Après non plus, ce n’est pas ma façon de faire. Si vraiment, je les croise dans la rue, je suis polie, je dis bonjour. Pour moi, ce n’est pas une façon de fréquenter des stars. J’ai un travail précis, j’arrive pour faire mon travail et après il est terminé.

 

Dans votre façon de travailler, vous aimez laisser parler avant de traduire, sans prendre de note. Pourquoi?

Si je ne fais pas ça, l’objet de ce moment devient la traduction. La personne parle en fonction du fait qu’on va le traduire alors qu’il s’adresse à une salle et ce qui compte c’est que la parole soit fluide. Si vous exigez d’un pauvre bonhomme à qui l’on adresse une question et pour qui c’est déjà assez difficile de répondre, de s’arrêter toutes les phrases, toute l’attention est focalisée sur la traduction. Alors que la traduction, on devrait l’oublier. Les gens perdent le fil, lorsqu’ils disent traduisez ce morceau là et je continuerai après. En réalité, ils oublient toujours ce qu’ils voulaient dire. Par expérience, je veux que la personne parle naturellement, comme si les gens dans la salle le comprenaient.

Après, comment je fais? Je ne sais pas. Je me suis entraînée à me concentrer. Je ne retiens pas, je comprends.

 

Sur quoi est-ce que vous vous concentrez?

Sur le sens et le ressenti. C’est pourquoi j’ai l’idée d’une certaine fraîcheur. Je travaille avec des artistes, pas avec des marchands ou de politiques. Ce ne sont pas des données ni des informations, mais nue émotion, une sensation, un instant de vérité. Si vous n’avez pas vu le film avant, c’est absurde, car vous devez vous accrocher aux mots qu’il dit. Comme j’ai vu le film dans la salle avec lui, c’est une rencontre, quelque chose de fragile, impossible à préparer, comme une petite bulle qu’il veut transmettre aux personnes qui viennent voir son film. J’essaie du mieux possible à souffler sur la bulle. Je ne peux rien faire de plus que ça.

 

Vous ne prenez pas de notes, pourquoi?

Cela m’encombre sur une scène. Je préfère retenir le mots clés, car ce n’est pas de l’écrit. Ce sont des idées. Il y a des gens, peut-être que ça les aide de prendre des notes. Mais, pour moi, avoir un papier et un crayon, cela m’encombre, ce la me déconcentre.

 

Avez-vous une mémoire auditive?

Non car ce n’est pas du son pour moi. Enfin peut être que si. Des gens disent que je retiens comme une musique. Je ne sais pas trop et je préfère ne pas savoir.

Récemment, j’ai vu un spectacle de voltige, de Yann Bourgeois, avec des gens du cirque et je trouvais que ce que je faisais était très proche de ce que je faisais, sur le plan de la concentration.

 

Cela veut dire que vous pouvez-vous casser la figure?

Certainement, si vous oubliez ce que la personne vient de dire.

 

Cela vous est arrivez de rater un moment?

Non, cela ne m’est pas encore arrivée. Il m’est arrivée de faire des erreurs ou d’oublier un mot, mais on retombe sur ses pattes. C’est drôle, car des comédiens de théâtre m’ont dit que ça leur fait ça aussi : vous vous réveillez le lendemain et il y a un mot qui vous vient, c’est précisément le mot que vous aviez oublié la veille.

 

Quel film de la sélection avez-vous particulièrement aimé?

Je ne les ai pas tous vus. Le Todd Solondz m’a bouleversé. J’ai pensé longtemps à ce film.

Compétition. “Teenage Cocktail” : Une impression d’inachevé

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Quel dommage. La matière est bien présente dans le scénario de “Teenage Cocktail”, premier film de John Carchietta, présenté en compétition à Deauville. Une histoire d’amour entre deux adolescentes, deux jeunes comédiennes de talent, (Nichole Bloom et Fabianne Therese) une ambiance sonore années 80 plutôt séduisante, une relation complexe avec des parents très jeunes qui ne savent plus où est la limite entre le rôle de parent et celui d’ami avec leur enfant adolescente, Internet et ses dangers, le rapport à l’argent et à la sexualité, etc.

 

Pourquoi alors ne pas aller au bout des choses ? Le film démarre bien en se focalisant sur Annie (Nichole Bloom), 17 ans, qui vient d’arriver avec ses parents dans une nouvelle ville. Le premier jour au lycée, elle ne connaît personne, mais croise par hasard Jules sur qui elle flashe aussitôt. Les deux adolescentes deviennent vite proches puis inséparables. Jules (Fabianne Therese) rêve de tout quitter pour s’installer à New York et devenir une danseuse professionnelle. Pour cela, elle gagne de l’argent en se filmant dans des poses suggestives sur Internet. Annie se laisse convaincre de participer à ses séances filmées.

 

Jusque-là, on se dit que le film tient la route, même s’il n’est pas révolutionnaire dans la forme ni dans le fond. Le film frise avec l’érotisme, même si les deux protagonistes ne sont pas filmées nues. Et puis, le film bascule, ouvre plein de portes sans en explorer aucune, pourquoi? Cette indécision, cette impression d’hésitation permanente, laisse un goût d’inachevé particulièrement désagréable. La spirale dans laquelle les deux jeunes filles se retrouvent embarquées n’est malheureusement infernales qu’en pointillé : tout le lycée est mis au courant de leur activité douteuse sur Internet et derrière rien ou presque, les parents sont mis au courant, et là non plus rien. Et lorsqu’à la fin, l’histoire bascule dans le genre thriller, cela se termine par une scène brouillonne et franchement pas convaincante.

 

Compétition. “Complete Unknown” : Un duo d’acteurs séduisant

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Bavard sans doute, lent aussi. Néanmoins, “Complete Unknown” de Joshua Marston, le réalisateur qui avait conquis le festival en 2004 avec son sublime “Maria Pleine de Grâce”, a le mérite de réunir à l’écran deux acteurs au charisme indéniable : la Britannique Rachel Weisz et l’Américain Michael Shannon.

 

La première, Jennifer, n’hésite pas à adopter l’accent d’Outre Atlantique pour incarner un personnage d’abord mystérieux et qui livre petit à petit sa conception de la vie, plutôt originale. Ainsi, son personnage n’hésite-t-il pas à changer son identité et à vivre différentes expériences de vie dans divers endroits du globe : assistante d’un magicien en Chine, infirmière dans un hôpital américain, assistante biologiste en Australie. Lorsqu’elle débarque chez Tom pour son anniversaire en se faisant appeler Alice, ce dernier est déstabilisé.

 

Tom est incarnée par l’excellent Michael Shannon (”Take Shelter”), filmé en gros plan pour mieux capter l’expressivité de son regard et de son visage – en ce sens il ressemble de façon stupéfiante à Steve McQueen. L’alchimie avec Rachel Weisz fonctionne parfaitement et on ne peut que ressentir un pincement au coeur à la fin. La mise en scène est discrète et la musique d’ambiance en accord avec le ton contemplatif et mélancolique du film. A voir assurément.

 

Première. “Au dessus des lois” : histoire de se marrer

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«J’ai voulu faire “French Connection” comme si elle était jouée par les Marx Brothers.» Le réalisateur britannique John Michael McDonagh ( à qui l’on doit le très sombre et sérieux “Calvary” sur les dernières heures d’un prêtre irlandais accusé de pédophilie) a présenté en ces termes son nouveau long métrage, jeudi 8 septembre à Deauville.

Il était entouré de ses deux comédiens principaux, aussi déjantés que son film : le grand blond Alexander Skarsgard et le petit brun Michael Peña. Tous deux incarnent un drôle de duo de flics intrépides et politiquement incorrect qui s’entendent comme deux larrons en foire. Comme l’a expliqué le fils de Stellan Skarsgard a Deauville : «Habituellement dans les “buddy cops movies” (comprendre les films mettant en scène un duo de flics amis, comme dans “Deux flics à Miami” ou “L’Arme fatale”, NDLR), il y a toujours le chien fou et le moraliste. Ici, c’était rafraîchissant de lire une histoire sur une mauvais flic et son collègue qui est encore pire!»

L’intrigue est parfaitement secondaire et prétexte à des situations et à des dialogues le plus souvent décalés, avec un sens du second degré qui ne manque pas de faire sourire voire éclater de rire. Ces bad boys, corrompus, qui se fichent de tout en apparence se révèlent en fait être des vrais gentils quand il s’agit de prendre la cause de la veuve et de l’orphelin. C’est dommage, il aurait été tellement plus jouissif d’en faire de véritables salopards, drôles et méchants. Mais ne boudons pas notre plaisir, d’autant que la mise en scène est bien fichue.