“Gone Girl” : Bel hommage glaçant au film noir hollywoodien

 

"Gone Girl", de David Fincher. Avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Carrie Coon, Neil Patrick Harris.
"Gone Girl", de David Fincher. Avec Ben Affleck, Rosamund Pike, Carrie Coon, Neil Patrick Harris.

Comment parler de ce film, sans risquer le faux-pas qui gâcherait le plaisir de ceux qui souhaitent le découvrir? Pas évident, du tout! “Gone Girl” est un “whodunnit”, un thriller au suspense tendu construit autour d’une énigme et rythmé par de multiples rebondissements. C’est aussi un bel hommage à un genre hollywoodien quasiment éteint : le film noir. Le film en joue, clairement. On pense notamment à “Assurance sur la Mort” (”Double Indemnity”). Oops, j’en ai peut-être trop dit…

 

Pour autant, ce n’est pas le meilleur de David Fincher. “Seven”, “Fight Club”, “The Social Network” et surtout “Zodiac” suscitent chez le spectateur un vrai plaisir sensoriel qui pousse à les revoir encore et toujours. Le ton ouvertement glacé et glaçant de “Gone Girl” a pour effet de… refroidir cet élan. Ce qui n’enlève rien au plaisir de la première vision.

 

Comme le titre l’indique, l’histoire part d’un fait divers : la disparition d’une femme, Amy Dunne (Rosamund Pike). On apprend que cette superbe blonde new-yorkaise a accepté de suivre son mari, Nick Dunne (Ben Affleck), écrivain raté, jusque dans sa petite ville natale du Missouri. Motif : rapprochement familial, pour lui. Pour elle, une terrible désillusion…

 

 

Construit en deux parties, le film se concentre d’abord sur l’enquête autour de la disparition. Très vite, Nick Dunne devient le suspect numéro 1 d’un possible crime. La deuxième partie apporte clairement la réponse à l’énigme tout en relançant le suspense. Le point de vue devient alors moins confortable pour le spectateur, générant un climat de malaise qui peut expliquer le clivage que suscite le film. Certains dénoncent des ficelles trop ostensibles, un manque de subtilité dans le propos, voire des incohérences. Sans parler des critiques plus politiques.

Aussi imparfait qu’il puisse être, “Gone Girl” n’en demeure pas moins courageux et captivant de bout en bout. La mise en scène est le plus souvent discrète, au service du récit, et, de temps à autres, se révèle explosive ou alors d’une beauté fulgurante (on n’est pas près d’oublier ce nuage de sucre), avec des partis pris audacieux (dont la fameuse scène choc qui explique l’interdiction aux moins de 17 ans aux Etats-Unis).

 

 

Ben Affleck, dans la peau du mari soupçonné de meurtre.
Ben Affleck, dans la peau du mari soupçonné de meurtre.

La qualité des personnages et surtout des interprètes est l’autre point fort du film. Ben Affleck est parfaitement choisi pour incarner cet Américain lambda, au regard éteint. Est-il réellement ce qu’il laisse paraître devant la caméra, à savoir la victime d’une machination? Pas si sûr, car Nick Dunne a des secrets…

Surtout, et merci Mister Fincher, “Gone Girl” a le mérite de révéler deux actrices époustouflantes : au premier chef, la très jolie Londonienne Rosamund Pike, que l’on avait à peine remarqué dans le mauvais James Bond, période Pierce Brosnan, “Meurs un autre Jour”. Disons qu’elle trouve enfin un rôle à la mesure de son talent et de son physique capable de souffler le chaud et le froid. Espérons que l’on assiste à une renaissance aussi réussie que celle, disons d’un Matthew McConaughey!

 

 

Carrie Coon fait sensation dans le rôle de la soeur jumelle de Nick Dunne..
Carrie Coon fait sensation dans le rôle de la soeur jumelle de Nick Dunne..


Et puis, celle qui aurait mérité encore plus de place à l’écran, Carrie Coon, tout aussi jolie et surtout très juste dans le rôle de la soeur jumelle de Nick Dunne. A elle seule, elle porte la part émotionnelle du film et parvient à fissurer l’atmosphère globalement glacée et glaçante. Beaucoup de “g” dans cette fin de phrase… L’Américaine de 34 ans n’avait joué que dans des séries TV, on espère bien la revoir très vite sur grand écran, de préférence dans un premier rôle.

Interstellar : une épopée spatiale ambitieuse qui joue avec nos nerfs

 

Evidemment, on pense à “Gravity”, d’autant plus que la notion même de gravité est au coeur du nouveau film de Christopher Nolan. Mais contrairement au film d’Alfonso Cuaron, “Interstellar” est bien plus qu’un film catastrophe, c’est une épopée aussi ambitieuse et palpitante que “Inception”. Le résultat est globalement très impressionnant, malgré quelques maladresses scénaristiques.

 

 

"Interstellar", de Christopher Nolan. Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine... (DR)
"Interstellar", de Christopher Nolan. Avec Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Jessica Chastain, Michael Caine... (DR)

 

L’intrigue, au départ, évoque curieusement “Signs” de M. Night Shyamalan. On entre dans le quotidien d’une famille rurale américaine confrontée à une situation extraordinaire, voire paranormale : Cooper, un père de famille veuf (Matthew McConaughey) gère tant bien que mal une vaste exploitation agricole, aidé de son fils de 15 ans et de son beau-père (John Lightgow). Il y a aussi Murph, sa fille, âgée d’une dizaine d’années (Mackenzie Foy, une perle!). Elle entretient avec son père une relation fusionnelle, tous deux partageant le même goût pour les sciences. Cooper est en effet un ancien pilote de la Nasa reconverti, malgré lui, en fermier.

 

Le contexte de fin du monde est, dès les premières images, annoncé par le biais de témoignages, comme dans un documentaire télévisé : le pays est en proie à un manque cruel de nourriture. Les récoltes s’amenuisent d’année en année, du fait des épidémies et de phénoménales tempêtes de sable à répétition. La vie de la famille bascule le jour où Cooper et Murph décryptent un message venu d’ailleurs (un fantôme, selon Murph) adressé dans leur maison, par le biais du phénomène de gravité.

 

 

Matthew McConaughey et Mackensie Foy.
Matthew McConaughey et Mackenzie Foy.

 

Démarre alors un deuxième fllm dans le film, de science-fiction cette fois, plus fidèle au titre (”Interstellar”). Cooper est envoyé dans l’espace avec une équipe de scientifiques pour tenter de trouver une nouvelle planète sur laquelle l’humanité pourrait espérer continuer à vivre, la Terre étant condamnée à plus ou moins court terme.

 

Sur ces quelques lignes, on peut se dire que le scénario n’est pas d’une originalité folle. Le thème de la colonie spatiale ayant été vu et revu au cinéma ou à la télévision, notamment avec les films de Paul Verhoeven (”Total Recall”, “Starshipe Troopers”). Oui mais, fidèles à leur savoir-faire bien connu avec leurs précédents scenarii en commun, Christopher et son frangin Jonathan nous servent une intrigue à tiroirs qui dévie sans cesse les personnages et le spectateur, de la trajectoire annoncée au départ.

Très vite, le spectateur se retrouve-t-il dans la même incertitude que les protagonistes quant à leur devenir, avec cette même sensation physique de malaise que l’on éprouvait dans “Inception” au fur et à mesure que les personnages s’enfonçaient dans les profondeurs des limbes.

 

Ici, il ne s’agit plus de rêves, mais de l’espace tout aussi infini et étouffant. Les rebondissements s’enchaînent avec des surprises de taille (à commencer par le casting de fou qui se dévoile au rythme de l’intrigue). On sursaute à de nombreuses reprises. On se prend à avoir peur pour l’équipage, exactement de la même façon qu’on flippait notre race à bord du Nostromo dans le premier Alien.

 

 

Jessica Chastain et Casey Affleck, deux gueststars qui créent la surprise.
Jessica Chastain et Casey Affleck, deux gueststars qui créent la surprise.

 

La musique aux intonations quasi religieuses (grande présence de l’orgue et de sons électroniques) de Hans Zimmer contribue grandement à la montée en pression des scènes à sensation et à suspense. Comme dans “Gravity”, le spectateur se retrouve à vivre une catastrophe dans l’espace avec l’incertitude du dénouement. Cette séquence est réalisée d’une main de maître, avec une grande intensité et sans besoin de la 3D pour le coup.

 

L’une des grandes forces du film repose aussi dans le réalisme de son univers, depuis le centre spatial souterrain jusqu’aux vaisseaux, en passant par l’environnement naturel très disparate de chacune des planètes visitées. Ou encore ces robots doués d’intelligence artificiel – contrairement à dans la saga “Alien”, ces derniers ne peuvent être confondus avec des humains.

 

On pense à “Alien” mais aussi à “2001 L’Odyssée de l’espace”, surtout, dans la dernière partie, qui fait basculer l’intrigue dans le métaphysique, de façon inattendue même si le message final s’avère relativement limpide. On saluera la modestie des frangins Nolan de ne pas avoir cherché à rivaliser avec le génie visionnaire de kubrick. “2001 l”Odyssée de l’espace” n’a pas fini de faire couler de l’encre quant aux multiples interprétations et analyses que le film suscite aujourd’hui encore, 45 ans après sa sortie. Ce n’est absolument pas le cas d’”Interstellar” qui prolonge en quelque sorte la réflexion initiée avec “Inception” sur la notion de temps et de perception de l’espace.

 

 

Anne Hathaway en mauvaise posture.
Anne Hathaway en mauvaise posture.

 

Maladroit, le film l’est aussi par endroits. Il aurait gagné à être moins long, certains scènes semblent dispensables (la course poursuite avec le drone, dans la première partie, par exemple). Le passage plus embarrassant reste toutefois ce long monologue prononcé par le personnage d’Anne Hathaway, sur l’amour et son but caché. Pourquoi avoir voulu théoriser de façon aussi pompeuse ce qui aurait pu facilement être suggéré avec un minimum de subtilité ? La réflexion sur le temps qui passe est intéressante, mais par moments, elle se heurte à un problème de crédibilité chez certains acteurs. A commencer par Michael Caine, trop âgé pour le rôle.

 

A l’inverse, on saluera le choix de Matthew McConaughey dans le rôle principal. Aussi charismatique que Leonardo DiCaprio et Christian Bale, formidables interprètes des précédents films de Nolan, le protagoniste de “Mud” et “True Détective” apporte un mélange de virilité sexy et de sensibilité, entre le cowboy casse cou et le père de famille déchiré à l’idée de ne plus revoir ses enfants et surtout sa fille. En le voyant embarquer dans ce voyage interstellaire sans promesse de retour, on pense à la fameuse accroche du Spiderman de Sam Raimi : Avec de grands pouvoirs viennent de grandes responsabilités. Cooper a l’étoffe des héros malgré eux.

Et puis, merci M. Nolan de nous avoir épargné ce que l’on était sans doute nombreux à redouter : la sempiternelle romance entre le héros et la “leading lady”, même si les charmes de la belle Anne Hathaway sont, il est vrai, irrésistibles, et ce, dans n’importe quelle galaxie.

Respire : thriller sentimental diablement efficace

respire 1

 

Michel Enten, du cinéma l’Atalante, à Maisons-Laffitte, a eu du mal à faire rentrer tous les spectateurs, jeudi 30 octobre, tant ils étaient nombreux (plus de 160) venus voir Mélanie Laurent. Sur fond de polémique – une vidéo peu reluisante circule sur les réseaux sociaux -, l’actrice et réalisatrice française, âgée de 31 ans, est venue présenter son deuxième long-métrage en date, “Respire”, une comédie dramatique réussie, située dans le milieu lycéen. Joséphine Japy, une des deux interprètes principales du film était également présente pour échanger avec les spectateurs à l’issue de la projection. De la fameuse vidéo, il n’en a pas été question. Ouf!

 

Le film est une libre adaptation d’un roman d’Anne-Sophie Brasme, paru en 2001 aux éditions Fayard. Mélanie Laurent l’avait lu à sa sortie. «J’avais 17 ans à l’époque et l’histoire m’avait traumatisée.» En revanche, elle n’a pas souhaité le relire au moment d’écrire le scénario aux côtés de l’acteur Julien Lambroschini. Le résultat est sensiblement différent de l’ouvrage, mais fidèle au souvenir que Mélanie Laurent avait du livre. “J’étais persuadée que la mère était alcoolique!»

 

"Respire", de Mélanie Laurent. Avec Joséphine Japy, Lou de Laâge, Isabelle Carré. En salles le 12 novembre.
"Respire", de Mélanie Laurent. Avec Joséphine Japy, Lou de Laâge, Isabelle Carré. En salles le 12 novembre.

 

L’intrigue du film se déroule sur une année scolaire au lieu de quatre. Charlie (Joséphine Japy), 17 ans, est une élève sérieuse, entourée d’une bande d’amis sympathiques au lycée. A la maison, la situation est plus délicate entre son père volage et sa mère paumée (Isabelle Carré, formidable). La vie de Charlie bascule le jour où débarque dans sa classe, Sarah (Lou de Laâge, déchaînée), jolie blonde au tempérament tempétueux. Sa liberté et son apparente insouciance séduisent Charlie. Les deux jeunes filles deviennent vitre inséparables.

 

A grand renfort d’une photographie éclairée d’une lumière très romantique et de plans à la sensualité exacerbée, le film semble nous embarquer dans une énième histoire d’amour lesbien entre deux adolescentes. Sujet éculé depuis la formidable réussite qu’était “La Vie d’Adèle”, d’Abdellatif Kechiche, l’an dernier.

Et puis, les premiers signes d’un malaise naissant apparaissent peu à peu. Dans le comportement de Sarah. La belle se révèle de plus en plus inquiétante tandis que Charlie se retrouve enfermée dans un piège sentimental diabolique. Son amour pour Sarah, jamais clairement exprimé ni consommé, mais indéniablement latent, est aussi aveuglant. Charlie, comme le spectateur d’ailleurs, ne voit pas les signaux d’alarme qui se manifestent autour d’elle, aussi bien dans l’attitude cyclothymique de Sarah, que dans la perception même de son environnement. Les bruits du quotidien deviennent oppressants, la nature jusque là si belle, revêt un visage inquiétant. Charlie se replie sur elle-même, tout en s’accrochant à son amour pour celle qui désormais lui rend la vie impossible. Le spectateur, lui, est maintenu dans un doute permanent sur la vérité.

 

 

Jeudi 30 octobre, au cinéma L'Atalante, à Maisons-Laffitte.
Jeudi 30 octobre, au cinéma L'Atalante, à Maisons-Laffitte.

 

La force du film repose indéniablement sur ses deux interprètes. Mélanie Laurent affirme avoir écrit les deux rôles spécifiquement pour les deux comédiennes. Lou de Laâge, remarquée dans “Jappeloup” et “J’aime regarder les filles”, incarne une diablesse au visage d’ange. «Je voulais que tout le monde tombe amoureux d’elle, explique Mélanie Laurent, qu’on ne voit pas de calcul dans son comportement. Et lorsque la situation entre les deux vrille, j’ai voulu qu’elle disparaisse de l’écran et qu’en même temps on ressente le manque. Ce manque malsain du diable.»


Actrice «timide dans la vie», dixit Mélanie Laurent, Lou de Laâge s’en donne néanmoins à coeur joie pour incarner cette vamp extravertie, à la fois irrésistible et terrifiante. Mais celle qui apporte toute la puissance émotionnelle au film, c’est bien Joséphine Japy. Mélanie Laurent confie avoir été bluffée par sa prestation dans “Cloclo”, elle y jouait une jeune France Gall.

A 18 ans, cette jeune actrice, qui poursuit des études sciences politiques en parallèle de sa jeune carrière au cinéma, réussit à exprimer toute la tension contenue de son personnage dans un jeu d’une sobriété incroyable. Son regard exprime toutes les émotions du personnage avec une étonnante sincérité.

 

 

Joséphine Japy joue Charlie.
Joséphine Japy joue Charlie.

 

La fin ne surprend pas et pourtant elle est d’une force qui donne froid dans le dos. Mélanie Laurent semble s’être délectée à filmer cette histoire de perversion. Elle signe des plans d’une formidable beauté formelle (l’un des plus remarquables est ce plan en contre-plongée de Charlie au bord de l’étang, avec l’avion, symbole d’une trahison, qui vole au-dessus de sa tête), avec tout un travail sur la lumière, la musique et le son (la deuxième partie du film est en mono et non plus en stéréo pour accentuer l’enfermement). Et dans le déroulement de l’intrigue, elles réussit à ne pas laisser entrevoir les ficelles de la manipulation et à maintenir le spectateur en haleine jusqu’au bout. Un sans faute!

 

Mommy : Prodigieux portrait de famille recomposée dans la douleur

 

"Mommy", de Xavier Dolan. Avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pinon, Suzanne Clément. (DR)
"Mommy", de Xavier Dolan. Avec Anne Dorval, Antoine-Olivier Pinon, Suzanne Clément. (DR)

Depuis le buzz de Cannes, tout le monde l’attendait ce fameux “Mommy”, cinquième long-métrage de Xavier Dolan, ce “génie” québécois, seulement âgé de 25 ans. Favori pour la Palme d’Or, il avait pourtant été supplanté, à la surprise générale, par le Turc “Winter’s Sleep”.  Depuis, il est annoncé dans tous les médias comme le film événement de l’année. Alors qu’en est-il?

 

Chapeau bas, M. Dolan. Votre film est un bijou brut, imparfait mais ô combien prodigieux! Le sujet est ordinaire mais son traitement est rare, puisque vous nous invitez à assister, quasiment en temps réel, à la (re)naissance d’une famille non conventionnelle. Il est aussi d’actualité et suscite toujours la polémique, à en juger par le réveil des partisans de la Manif pour tous, ces derniers jours.

 

Diane, alias Die (Anne Dorval), la cinquantaine, est veuve. Excentrique et forte en gueule, elle se comporte, presque malgré elle, en éternelle ado. Un jour, elle est amenée à reprendre la garde de son fils, Steve (Antoine-Olivier Pinon), un ado psychologiquement troublé, capable d’excès de violence fulgurante, et qui voue pour sa mère un amour possessif. La cohabitation entre les deux est difficile, mais une forme d’équilibre est atteinte dès lors qu’entre en scène, la voisine, Kyla (Suzanne Clément), une enseignante timide et bègue qui se prend d’affection pour Steve et pour sa mère.

 

 

Le film a obtenu le prix du jury au dernier festival de Cannes.
Le film a obtenu le prix du jury au dernier festival de Cannes.

 

Pour être franc, il y a un cap à passer avant d’entrer totalement dans l’univers du film. A commencer par la langue. En entendant Die, puis Steve déblatérer les mêmes expressions quasi incompréhensibles (merci les sous-titres), avec un niveau sonore et de vulgarité ahurissant, le premier sentiment est à l’agacement. Et pour ne rien arranger, on pense aussitôt aux sketchs des “Têtes à claque”, cette série animée humoristique québécoise qui a connu un énorme succès populaire sur Internet avant de débarquer sur Canal Plus, il y a quelques années. Pas très sérieux, ni très subtil tout ça.

 

Et puis, une fois passé cette phase des présentations à traits forcés, le ton change peu à peu, grâce à l’introduction du personnage charismatique, nuancé, voire mystérieux, de Kyla. On se laisse alors happer par la puissance émotionnelle et dramatique du récit. Xavier Dolan a volontairement réduit le format du cadre à un carré pour, dit-il, qu’on puisse se concentrer sur les visages des personnages. L’effet est saisissant. On s’aperçoit, au fur et à mesure de l’évolution des relations entre les trois personnages, que le cadre change régulièrement de format selon que l’ambiance qui règne dans cette pseudo famille recomposée est tendue ou heureuse. Xavier Dolan joue ainsi avec nos attentes. le changement de cadre étant annonciateur d’un changement de ton.

 

La mise en scène est, une fois de plus, épatante. Il nous avait déjà bluffé dans “Lawrence Anyways”, avec ses plans d’une formidable beauté plastique et ses parenthèses enchantées et surréalistes. Avec “Mommy”, il nous démontre qu’il en a toujours à revendre dans sa besace de magicien de l’image, du son et de la musique (avec lui, même Céline Dion devient audible).

Le film est peuplé de séquences appelées à rester dans les annales du cinéma. La plus belle et la plus émouvante est, indéniablement, ce flash-forward, à la Christopher Nolan, qui nous projette dans l’avenir de Steve. D’une puissance folle, elle nous donne à ressentir comme rarement, la mélancolie du temps qui passe. L’effet est aussi saisissant que la fameuse introduction de “Up!”, des studios Pixar.

 

 

Suzanne Clément dans le rôle de Kyla.
Suzanne Clément dans le rôle de Kyla.

 

“Mommy” est aussi un grand thriller, avec des scènes d’une tension extrême. On pense à la première confrontation physique entre Steve et sa mère, ou encore à la séquence du karaoké. Mais, la plus saisissante est sans doute l’explosion de rage du personnage de Kyla. Suzanne Clément prouve, une fois de plus, combien elle est une actrice extraordinaire. Elle était déjà la valeur ajoutée de “Lawrence Anyways”. Dans “Mommy”, elle a beau être plus en retrait, c’est bien elle qui nous captive au premier chef. On se prend à rêver d’une suite centrée, cette fois, sur son personnage et son mystère si intriguant.

 

Les Combattants : Fascinante Adèle

 

"Les Combattants" de Thomas Cailley. Avec Adèle Haenel, Kévin Azaïs. (DR)
"Les Combattants" de Thomas Cailley. Avec Adèle Haenel, Kévin Azaïs. (DR)

En 2002, on découvrait une ado de 12 ans tellement investie dans son rôle qu’on en oubliait qu’elle jouait la comédie. Un rôle d’enfant autiste, muet, tout en expression physique et quelle présence à l’écran! Elle était sidérante. Le film s’appelait “Les Diables”, de Christophe Ruggia. La comédienne, Adèle Haenel. A ses côtés, une autre révélation du jeune cinéma français : Vincent Rottiers (”A l’origine”, “Qu’un seul ne tienne et les autres suivront”, “Renoir”, etc.).

 

Douze ans plus tard, le corps de l’ado s’est transformé en un étonnant alliage de sensualité féminine et de robustesse masculine. Ce beau et doux visage “à la Isabelle Adjani”, éclairé par de grands yeux clairs écarquillés suscite un formidable émoi. Et puis, on entend le son de sa voix, grave et brut, à l’image de sa façon de se mouvoir et de se tenir, tout en puissance. Adèle Haenel est l’incarnation ostensible d’un deux en un, généralement plus intérieur : féminin-masculin.

 

Dans “Les Combattants”, premier long-métrage de Thomas Cailley, le rôle de Madeleine était écrit pour elle : une jeune femme, à fort tempérament, décide d’abandonner ses études d’économie pour se lancer dans un programme de survie. Elle veut être prête lorsque surviendra la fin du monde. Tous ses camarades la prennent pour une folle. Sauf Arnaud, un jeune menuisier de 20 ans, qui tombe sous le charme.

 

Arnaud est interprété par un certain Kévin Azaïs, la révélation du film. Blond aux yeux bleus, il n’est pas sans rappeler Vincent Rottiers. Rien d’étonnant, ils sont frères. Mais, contrairement aux rôles nerveux, voire hystériques, habituellement tenus par son aîné, Kévin Azaïs joue ici la carte de la sobriété et de la justesse. Face à une Madeleine excentrique, qui ne tient pas en place et veut en découdre, Arnaud est d’abord celui qui s’efforce en vain de l’apaiser, avant de lâcher prise pour mieux la révéler à elle-même.

 

 

Kévin Azaïs et Adèle Haenel. (DR)
Kévin Azaïs et Adèle Haenel. (DR)

 

La relation entre les deux est fascinante. Tout en suggestion, elle évolue sous nos yeux, à la fois fragile et évidente, incertaine et fusionnelle. On y croit d’autant plus que le film accorde une grande importance à l’environnement, au contexte et aux personnages secondaires : le frère d’Arnaud est angoissé de devoir prendre subitement la place du chef de famille, les copains d’Arnaud nous font rire avec leurs réflexions désabusées, les militaires aussi nous font rire, mais du fait de leur bêtise ou disons de leur logique particulière.

 

Le scénario, très bien construit, n’est pas pour autant cynique ni moqueur. Il réussit à nous interpeller sur des questions essentielles : la quête du bonheur, le sens des priorités, la résilience… Et, contrairement à “Take Shelter” de Jeff Nichols, film-catastrophe auquel on pense immédiatement en voyant certaines scènes des “Combattants”, la menace de la fin du monde, aux côtés de Madeleine et d’Arnaud, n’est plus une fatalité. “La prochaine fois, on sera prêts”, se disent-ils les yeux dans les yeux. On a envie de leur répondre : “Vivement la prochaine fois, qu’on les revoie!”

 

A lire également : Rencontre entre deux jeunes comédiens révélés à Cabourg : Ambre Grouwels et Kévin Azaïs

 

Whiplash et les autres filmés primés à Deauville

Les lauréats accompagnés des membres du jury.
Les lauréats accompagnés des membres du jury. (Crédit photo Dominique Saint)

Le palmarès du 40e festival du cinéma américain de Deauville a été dévoilé, samedi 13 septembre.

Grand prix : “Whiplash” de Damien Chazelle.

Prix du jury : “The Good Lie” de Philippe Falardeau.

Prix du public : “Whiplash” de Damien Chazelle.

Prix de la critique internationale : “It Follows” de David Robert Mitchell.

Prix de la révélation Cartier : “A Girl Walks Home Alone at Night” de Ana Lily Amirpour.

Prix Michel d’Ornano : “Elle l’adore” de Jeanne Herry.

Prix du 40ème anniversaire : “Things People Do” de Saar Klein.

L'ensemble des lauréats.
L'ensemble des lauréats. (Crédit photo Dominique Saint)

Mike Cahill à Deauville : “J’aime les histoires scientifiques”

Mike Cahill était de retour à Deauville, après "Another Earth". Il a cette fois présenté "I Origins". (Crédit photo Dominique Saint)
Mike Cahill était de retour à Deauville. Après "Another Earth" en 2011, il a, cette fois, présenté "I Origins". (Crédit photo Dominique Saint)

Déjà présent au festival du cinéma américain de Deauville en 2011 avec “Another Earth”, Mike Cahill était de retour sur les planches avec son deuxième long-métrage, “I Origins”, double histoire d’amour, émouvante et originale qui confronte l’univers des sciences à celui de la foi.

Astrid Bergès-Frisbey qui incarne le rôle de Sofi illumine à elle seule votre film. Comment l’avez vous choisie?
Le premier acteur du film que j’ai choisi a été Michael (Pitt), puis Brit (Marling) qui à mes yeux était idéale pour le personnage de Karen. Pour le personnage de Sofi, j’ai pris plus de temps. Je voulais une étrangère, de préférence de type européen. Il y a quelque chose d’intrigant à New York lorsque vous rencontrez une personne pour qui l’anglais n’est pas la langue première. C’est comme si vous aviez découvert le morceau apparent d’un iceberg, une pièce visible d’un ensemble caché. Dans la scène où le personnage livre sa théotie des vers aveugles qui ne sont pas conscients de la lumière qui les entoure, elle porte le message essentiel du film. Je voulais donc une comédienne qui croyait dans un monde spirituel, quelqu’un de profondément libre et certaine de ses croyances. Ce sont des choses très difficiles à exprimer à l’écran pour un acteur.

En rencontrant Astrid, j’ai tout de suite vu qu’elle était idéale. J’avais vu deux de ses films, “La Fille du Puisatier” et “Le sexe des anges”. Elle habite Paris et elle est venue me voir à New York. Je savais que je faisais le bon choix car ce n’était pas celui qui était attendu. J’aime quand les gens font des choix qui surprennent, car ils sont authentiques.

Les yeux d’Astrid sont tellement puissants qu’ils restent inscrits dans la tête longtemps après avoir vu le film… Comment avez-vous fait pour les photographier de la sorte en très gros plan?
Il faut un objectif macro avec suffisamment de lumière pour obtenir une telle profondeur des couleurs. Il faut être très stable également. Un plan a été compliqué à réaliser : lorsque la caméra part des yeux sur le panneau géant, en Inde, puis fait un mouvement panoramique jusqu’aux yeux de la petite fille. Techniquement, il a fallu passer d’un objectif grand angle de 30 mm à un macro de 280 mm.

Les yeux de la petite fille sont-ils réels?
Non, nous avons utilisé les yeux d’Astrid pour les coller numériquement à ceux de la petite indienne. Cela a été très compliqué à réaliser!

Avez-vous fait des recherches pour toutes les données scientifiques exposées dans le film, notamment sur la possibilité de créer des yeux sur des vers aveugles?

Mon frère est un scientifique spécialisé dans la macro-biologie. Michael Pitt a passé beaucoup de temps avec lui pour préparer son rôle. Je ne l’ai su qu’au moment du tournage. J’aime les histoires scientifiques. Mon prochain film sera un film d’extraterrestre comme on n’en a jamais vu. Les sciences peuvent apporter une certaine narration. Dans ce film, les sciences sont comme une religion. Le personnage a besoin de croire en ce qu’il sait. Cela relève de la foi.
Concernant les vers, c’est tout à fait vrai. Ils ont un gêne appelé Pack 16 qui a permis de faire en sorte qu’ils puissent devenir sensible à la lumière. C’est l’ébauche d’un oeil. On peut même décider s’ils préfèreront la pénombre ou la lumière.

Dans le film, on remarque des plans de New York, sans les tours jumelles, puis avec la nouvelle tour du World Trade Center encore en construction. Pourquoi accorder une importance à ces images?
Quand vous voyez ces plans, vous pensez immédiatement à la notion de reconstruction. Or, le personnage de Ian Gray (Michael Pitt) se trouve dans une position où il doit reconstruire sa vie.

Avez-vous eu le temps de visiter Deauville et les environs, cette fois-ci?
L’autre jour, je me suis aventuré sur la plage au soleil couchant. Cela m’a rappelé la scène finale de “Tree of Life” de Terrence Malick. Je regardais le soleil, une superbe boule et je me suis demandé ce qui se passerait si les étoiles venaient à disparaître. Elles viennent du passé et nous ne savons pas quand elles s’éteindront. Et puis j’ai remarqué les coquillages sur le sable. J’ai marché sur un tout en longueur. Cela a provoqué un craquement dans le silence qui m’a d’abord plu. Et puis, je me suis dit, que je venais de le détruire. Alors, j’ai continué à marcher en m’efforçant d’éviter les coquillages. C’est vraiment beau ici et puis les gens sont si accueillants. Vous avez de la chance de vivre ici!

I Origins : Coup de foudre pour un bijou d’imagination et de sensibilité

 

"I Origins" de Mike Cahill, avec Michael Pitt, Brit Marling, Astrid Beges-Frisbey. En salles le 24 septembre.
"I Origins" de Mike Cahill, avec Michael Pitt, Brit Marling, Astrid Bergès-Frisbey. En salles le 24 septembre.

Attention chef d’oeuvre! “I Origins” de Mike Cahill, présenté en compétition au festival du cinéma américain de Deauville est sans doute la plus belle surprise de cette 40e édition, voire de l’année. On ressort de la projection transformé, ému aux larmes, et enthousiasmé comme rarement.

 

En 2011, le réalisateur avait déjà marqué les esprits avec son premier long-métrage de fiction, “Another Earth”, histoire d’amour, sur fond de science-fiction, entre une jeune femme responsable d’un accident de la route ayant provoqué la mort de toute une famille, à l’exception du père, et ce père survivant. Le film soulevait des thématiques intéressantes, notamment la frontière ténue entre le sentiment amoureux et la pitié, le deuil, la recherche du pardon et de la rédemption, etc. Le film avait également révélé une brillante comédienne et scénariste, Brit Marling.

 

Trois ans plus tard, Mike Cahill, 36 ans, renoue avec la blonde comédienne et, cette fois, signe seul le scénario. “I Origins” qui aurait pu s’écrire “Eye Origins”. Les yeux sont le fil rouge d’une intrigue passionnante, fruit d’une imagination folle (la science fiction est toute proche) mais ancrée dans des thématiques essentielles autour des relations humaines, à commencer par les différentes formes de l’amour.

 

 

Michael Pitt, Brit Marling et Steven Yeun.
Michael Pitt, Brit Marling et Steven Yeun.

 

Le narrateur s’appelle Ian Gray (Michael Pitt), jeune scientifique plongé, avec l’aide d’une brillante stagiaire (Brit Marling), dans l’étude de l’oeil, dans le but de prouver factuellement, nous dit-il, que cet organe hyper sophistiqué sinon le plus complexe du corps humain, n’est pas le fruit d’une intervention divine, mais bien d’une évolution naturelle établie sur des faits. Un regard changera le cours de son existence à jamais. Celui de Sofi (Astrid Bergès-Frisbey), une mannequin d’origine étrangère, aussi belle que mystérieuse. Ils se rencontrent par hasard, se perdent de vue avant de se retrouver par un formidable coup du destin. La passion qui les lie l’un à l’autre est instantanée, évidente. Ils sont manifestement faits l’un pour l’autre. Sauf qu’elle croit dans un monde supérieur, celui des esprits. Lui, en bon scientifique, ne voit là que des enfantillages. Et puis survient un drame, aux conséquences insoupçonnées.

 

La suite du scénario mérite d’être gardée sous silence pour mieux ressentir l’incroyable puissance émotionnelle d’un film riche en rebondissements et en questionnements. La mise en scène de Cahill parvient à se faire oublier, là où d’autres auraient choisi d’accentuer les effets pour être sûrs d’entraîner le spectateur dans la direction souhaitée (tout l’inverse de “Whiplash”, contestable grand prix de cette 40e édition du cinéma américain de Deauville). La formidable prestation des trois comédiens principaux, sans oublier la jeune Kashish que l’on découvre à la fin, est l’autre pilier majeur de la réussite incontestable de ce bijou cinématographique.

 

On croit à 200% en leurs personnages et en ce qu’ils vivent et ressentent. Il n’est pas nécessaire d’avoir fait des études d’ingénieur pour partager la ferveur des deux scientifiques, d’abord pour leurs recherches, puis, dans un deuxième temps, pour leurs espoirs un peu fous défiant les lois scientifiques (se pose ici la question de la frontière entre la religion et la foi). Mentions spéciales à Michael Pitt, jeune comédien américain qui nous avait habitués à des rôles antipathiques, voire apathiques (”Les Innocents”, “Funny Games”, “Last Days”, etc.).

 

 

Asrid Berges-Frisbey lors de la présentation du film, jeudi à Deauville.
Astrid Bergès-Frisbey lors de la présentation du film, jeudi à Deauville. (Photo Dominique Saint)

 

Il est ici d’une sobriété extraordinaire et, en même temps, il nous bouleverse comme jamais. Et puis, cocorico!, Astrid Bergès-Frisbey éblouit le film de sa grâce, de sa présence magnétique, quasi animale. La caméra de Mike Cahill révèle magnifiquement son regard, son visage, son corps, mais aussi la fascinante personnalité de son personnage. De la même façon qu’elle a marqué à jamais le personnage de Ian Gray, l’âme de Sofi, matérialisée notamment dans ces yeux magnifiques réincarnés, vient s’imprimer à jamais dans notre esprit et dans notre coeur.

 

A défaut de coup de foudre, il s’agit bien d’un (gigantesque) coup de coeur. On en redemande!

 

Pierce Brosnan à Deauville : “Je suis très fier de mon aventure en tant que James Bond”

 

Pierce Brosnan lors de la conférence de presse à Deauville, vendredi 12 septembre.
Pierce Brosnan lors de la conférence de presse à Deauville, vendredi 12 septembre.

James Bond en la personne de Pierce Brosnan était présent, vendredi 12 septembre, au festival du cinéma américain de Deauville, avec, à ses côtés, l’actrice ukrainienne, Olga Kurylenko (”A la Merveille”). Son film “November Man”, adaptation d’une série de romans d’espionnage signés Billl Granger, était projeté en avant première.

 

 

L’inspiration dans l’interprétation de votre personnage de “November Man” a-t-elle ses sources en Irlande?

Pierce Brosnan : Je suis irlandais, ça c’est certain. J’ai vécu à Londres et aujourd’hui, au bout 30 ans, je suis enfin installé à Hollywood. J’ai voulu faire ce film avec mon amie et collaboratrice Beau Saint-Clair avec qui j’ai fondé la maison de production Irish Dreams, juste après avoir tourné “Golden Eye”.

Les livres de Bill Granger sont une source très riche d’information pour composer mon personnage. En plus le personnage me paraît plus intime, car le projet vient de moi, contrairement à Bond qui a été un superbe cadeau que l’on m’a fait. L’idée était de réaliser un thriller palpitant et musclé. Nous avons utilisé le volume 7. Le personnage est complexe, cultivé, dur à cuire, extravagant dans sa façon de conduire les opérations. Comme on dit en anglais, il y a de la viande sur l’os. James Bond était plus fantastique.

 

 

Olga Kurylenko, actrice de November Man.
Olga Kurylenko, actrice de November Man.

Le personnage de James Bond était moins consistant?

Ian Fleming a écrit si peu sur qui était réellement James Bond. Casino Royal, le premier livre était le plus détaillé de tous et a servi de modèle de base pour l’élaboration du personnage dans les films. J’ai toujours essay de le jouer de façon réelle et humaine. A l’inverse November Man est comme une tapisserie extrêmement riche sur le plan de l’écriture. Le fait qu’il soit père de famille lui permet d’avoir des secrets. Et l’idée du film est de lever le rideau et de montrer le déroulement de sa vie au fur et à mesure sur le film avance.

 

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Il paraît que vous avez dit que vous étiez déçu de votre prestation dans le costume de James Bond?

Pierce Brosnan : Non, jamais! Au contraire, je suis très fier de mon aventure en tant que James Bond. C’était un énorme aboutissement. Je suis fier de mon travail au fil des années passées dans le costume de Bond. Je garde ce souvenir très proche de mon coeur. Après, il arrive que je regarde mon travail en général et je me dis que j’aurais pu mieux faire. Mais cette exigence, n’importe quel artiste l’a.

 

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Aimeriez-vous retravailler avec John McTiernan, avec qui vous avez tourné le remake de “Thomas Crown”, présenté ici à Deauville en 1999?

Absolument! John est un “heart beat”. Nous avons une longue relation d’amitié, lui et moi. J’ai joué dans son tout premier film. Rentrer dans les chaussures de Thomas Crown n’était pas quelque chose d’aisé. John n’avait jamais fait de film romantique, car à mon sens, ce film est avant tout une histoire d’amour. Il a apporté une telle créativité au film. Je pense qu’il vieillit très bien sur son étagère (sourire).

 

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It follows : Un cauchemar cinématographique qui flanque efficacement la trouille

 

"It Follows" de David Robert Mitchell, avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Olivia Luccardi, Lili Sepe. En salles en janvier 2015.
"It Follows" de David Robert Mitchell, avec Maika Monroe, Keir Gilchrist, Olivia Luccardi, Lili Sepe. En salles en janvier 2015.

Changement radical de ton pour le jeune radiateur américain David Robert Mitchell. Après la fraîcheur optimiste et réjouissante de son premier long-métrage, The Myth of the American Sleepover, prix du jury au festival du cinéma américain de Deauville en 2010, il revient avec un film de fantôme qui flanque efficacement la trouille.

 

“It follows”, traduire, “cela suit”, raconte l’histoire d’une malédiction, en forme de cauchemar éveillé : Jay (Maika Monroe) couche pour la première fois avec son nouveau petit-ami. Mais ce dernier la séquestre. Il ne lui veut pas de mal, simplement, il lui explique qu’il vient de lui transmettre un méchant fardeau. Jay sera désormais perpétuellement poursuivie par un mystérieux fantôme qui voudra la tuer. Ce fantôme prend l’apparence de n’importe quelle personne, connue ou inconnue d’elle. La seule façon de la reconnaître : elle marche sans cesse et personne d’autre qu’elle ne peut la voir. Charmant programme!

 

Sans doute dérivé du jeu de carte le paquet de merde? Mais qu’on ne s’y trompe pas, le ton n’est pas à la parodie. Le réalisateur prétend avoir été nourri aux films d’horreur depuis toujours. Grand fan, il a voulu ici rendre hommage aux plus grands réalisateurs du genre, de Jacques Tourneur à David Cronenberg, en passant par Sam Raimi, John Carpenter ou Dario Argento.

 

 

Maika Monroe au premier plan, Jake Weary au second.
Maika Monroe au premier plan, Jake Weary au second.

 

Le résultat est surprenant, dans le bon sens du terme. Malgré une légère impression de déjà-vu, “It follows” parvient à garder un rythme soutenu et joue allègrement avec nos nerfs et nos sens (y compris sexuels). L’ensemble s’appuie sur tous les codes du genre, notamment un important travail sur la musique et le son. Le scénario est à la fois classique dans sa construction et imprévisible dans son dénouement.

 

Et puis le casting est irréprochable. Les jeunes comédiens (Maika Monroe en tête) se montrent totalement convaincants dans des rôles codifiés, certes, mais ancrés dans une réalité certaine. Le film nous interroge sur nos peurs. La peur de l’autre, la peur du sexe, la peur de l’engagement. Pas mal pour un “simple” film de genre!

 

“it Follows” a remporté le prix de la critique internationale lors du 40e festival du cinéma américain de Deauville.

 

 

Maika Monroe.
Maika Monroe.