Festival du film romantique de Cabourg : “Pas son genre”, “Party Girl” et “Matterhorn” récompensés

La 28e édition du Festival du Film de Cabourg, Journées romantiques, s’est déroulée du 11 au 15 juin 2014. La cérémonie des Swann d’Or a eu lieu ce samedi 14 juin au grand casino de Cabourg. Les Swann d’Or sont réalisés par la Monnaie de Paris.

Palmarès

Grand Prix ex aequo : “Party Girl” de Marie Amachoukeli, Claire Burger, Samuel Theis et “Matterhorn” de Diederik Ebbinge.
Dotations : un prêt de matériel optique Angénieux d’une valeur de 50 000 € HT, une campagne publicitaire Mediavision.

Prix de la Jeunesse : “Marina” de Stijn Coninx.

Prix du public : “Coming Home” de Zhang Yimou.
Dotations : un soutien rédactionnel dans Studio Ciné Live, une aide éditoriale et/ou multimédia offerte par France Bleu.

Meilleur court métrage : “Bruine” de Dénes Nagy.
Dotations : une aide pour l’assurance du prochain film du réalisateur d’un montant de 1000 € offert par Allianz,
un abonnement d’un an au magazine Ecran Total.

Meilleure actrice court métrage : Liv Henneguier dans  “Loups solitaires en mode passif” de Joanna Grudzinska.
Dotation : une aide financière de 1000 € offerte par le Festival du film de Cabourg.

Meilleur acteur court métrage : Wim Willaert dans “Solo Rex” de François Bierry.
Dotation : une aide financière de 1000 € offerte par le Festival du film de Cabourg.

Meilleur directeur de la photographie court métrage : Fiona Braillon pour “Solo Rex” de François Bierry.
Dotation : un prêt de matériel optique Angénieux d’une valeur de 15 000 €.

Swann d’Or, révélation féminine : Alice Isaaz dans “Les Yeux jaunes des crocodiles” de Cécile Telerman.

Swann d’or révélation masculine : Pierre Rochefort dans “Un beau dimanche” de Nicole Garcia.

Swann d’or, meilleure actrice : Emilie Dequenne dans “Pas son genre” de Lucas Belvaux.
Swann d’or meilleur acteur : Loïc Corbery de la Comédie-Française dans “Pas son genre” de Lucas Belvaux.
Swann d’or meilleur film : “Pas son genre” de Lucas Belvaux.

Swann d’or meilleur réalisateur : Pierre Salvadori pour “Dans la cour”.

Coup de coeur : Zhang Ziyi

Prix premier rendez-vous pour une actrice : Flore Bonaventura dans “Casse-tête chinois” de Cédric Klapisch.

Premier rendez-vous pour un acteur : Paul Hamy dans “Suzanne” de Katell Quillévéré.
Dotations : 1500 € offerts par Allianz à chacun des lauréats, un abonnement d’un an au magazine Ecran Total, un reportage sur les lauréats pendant le festival offert par Marieclaire.fr

Un Swann d’honneur pour Zhang Ziyi, à Cabourg

La star chinoise, Zhang Ziyi, s’est vue remettre un Swann d’honneur des mains de Sophie Marceau, samedi soir, au Casino de Cabourg, dans le cadre du 28e festival du film romantique de Cabourg.

Rencontre entre deux jeunes comédiens révélés à Cabourg : Ambre Grouwels et Kévin Azaïs

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Kévin Azaïs et Ambre Grouwels, dans le hall du grand hôtel de Cabourg.

 

Ils ne se connaissaient pas avant cette rencontre à Cabourg. Tous deux présentaient, au festival du film romantique, leur premier grand rôle au cinéma : Ambre Grouwels, Bruxelloise de 21 ans, est la révélation de la comédie rock romantique, “Baby Balloon” de Stefan Liberski et Kévin Azaïs, Parisien de 23 ans, crève l’écran aux côtés d’Adèle Haenel, dans “Les Combattants” de Thomas Cailley. Entretien croisé.

 

 

C’est votre premier séjour, ici à Cabourg, dans le cadre du festival du film romantique. Alors quelle impression?

Ambre Grouwels : On a été bien accueilli par le soleil! C’est très chaleureux ici, on dirait un grand village. Je suis allé dans la rue commerçante. Avec une amie, on a fait quelque emplettes, notamment pour mes neveux.

Kévin Azaïs : Je ne connaissais pas Cabourg, mais j’ai déjà tourné à Caen. C’était un court métrage, “Animal Serenade”, de Béryl Peillard, avec Marie Denarnaud. Le film est présenté au festival de Pantin. C’est super ici! Après, c’est comme Cannes, quand il n’y a pas le festival, il ne doit pas y avoir grand monde…

 

 

Comment vous est venue l’envie de devenir acteur. Ambre, vous avez commencé par la musique, je crois?

Ambre Grouwels : Le théâtre à 6 ans et la musique à 8 ans. Mes parents sont très ouverts. Avec mes frères (je suis la benjamine de la famille), ils nous ont inscrits d’office à l’académie de musique et on a tous fait quelque chose d’artistique. Mon objectif, au départ, c’était de faire des comédies musicales sur scène, à Londres ou à Broadway. Et puis, j’ai eu l’occasion de faire ce film, de jouer dedans, de chanter et d’écrire les chansons, plus précisément, j’ai écrit les textes et j’ai contribué aux mélodies de voix. Aujourd’hui, j’aimerais bien continuer dans le cinéma!

 

 

Comment est né votre goût pour les comédies musicales?

Ambre Grouwels : Le jour où j’ai découvert “Singin’ in the Rain” (”Chantons sous la pluie”) à la télévision. J’avais 10 ans, je crois. Ma mère m’a ensuite emmené voir la comédie musicale, au théâtre près de chez nous. Je me souviens de cette scène où il pleuvait et lorsqu’ils sont venus avec leurs raclettes pour nettoyer la scène, j’ai réalisé que c’était vraiment de l’eau. A ce moment-là, j’ai eu envie de monter sur scène et qu’il pleuve sur moi. Cela a été le déclic! (Rire)

 

 

Et vous Kévin, avez-vous suivi une formation d’acteur?

Kévin Azaïs : Non, j’ai une formation de plombier-chauffagiste (sourire). Mon grand-frère (Vincent Rothier) est comédien. Katell Quillévéré organisait un casting auquel j’ai participé. J’avais 12 ou 13 ans à l’époque. Cela n’a rien donné. Plus tard, j’ai fait deux formations pour être plombier-chauffagiste. Plus tard, pour la “Journée de la Jupe”, on m’a repéré au cours d’un casting sauvage. J’ai eu un petit rôle dans le film. Et cinq ans après, on m’a choisi pour jouer dans “Comme un homme” de Safy Nebbou, avec Charles Berling.

 

 

Vincent Rottiers dans "Renoir" de Gilles Bourdos.
Vincent Rottiers dans "Renoir" de Gilles Bourdos.

 

Votre frère vous a-t-il encouragé à faire ce métier?

Kévin Azaïs : Il m’a mis en garde… Tout le monde n’a pas la chance de réussir et il vaut mieux avoir un bagage derrière. Surtout quand on est jeune comédien. Au début, il ne voulait pas que je fasse du cinéma. Il me disait, fait ça d’abord. Sans pour autant me mettre des freins, il me prévenait simplement. Et quand on m’a proposé “Comme un homme”, et puis que derrière, cela s’est enchaîné, j’ai décidé de me lancer. Cela fait trois ans et demi que je travaille dans ce milieu. Pour l’instant, cela se passe bien (sourire)!

 

 

“Les Combattants” est très bien accueilli depuis ses trois prix au festival de Cannes…

Kévin Azaïs : Oui, c’est assez déstabilisant, en fait. Je pense que j’aurais préféré faire le festival de Cabourg avant le festival de Cannes. Pendant une bonne journée, je n’ai pas arrêté d’enchaîner les interviews. Je m’étais préparé un café et je n’ai pas réussi à le boire, parce que tous les quarts d’heure, il y avait un nouveau journaliste qui voulait me poser des questions.Quand on n’est pas habitué, c’est assez stressant! Heureusement, je ne suis pas seul, il y a aussi le réalisateur qui est présent pour te guider.

 

 

 

Et vous, Ambre, vous étiez à Cannes également?

Ambre Grouwels : Oui (sourire). J’ai répondu aux interviews toute seule. Les autres trouvaient que je me débrouillais pas trop mal, alors ils m’ont dit de continuer. J’ai fait de la scène. J’ai acquis une manière d’appréhender les questions et de les assimiler assez vite. J’ai appris l’locution, comment formuler de belles phrases et à ne pas paniquer sous le feu des questions. L’idée n’est pas de charmer le journaliste, mais de créer une relation “friendly” avec lui pour que l’échange soit plus sympathique!

 

 

Pour vous ce festival de Cabourg, c’est du travail ou des vacances?

Kévin Azaïs : C’est un mélange des deux. C’est mon premier festival où je suis avec ma copine. Et puis, je suis moins sollicité qu’à Cannes. Le cadre aussi, fait qu’on a l’impression d’être en vacances!

Ambre Grouwels : Oui, tu te lèves le matin, tu ouvres les volets et tu vois quoi? La Mer!

 

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Le festival de Cabourg est-il réputé en Belgique?

Ambre Grouwels : Oui, j’ai parlé à plusieurs personnes de ce festival, et elles connaissaient. J’ai de la famille en France qui connaissait également. Pour une petite Belge comme moi, je prends tout. Je suis allée dans des petites villes de Belgique pour présenter notre film. Si on réussit à toucher ne serait-ce qu’une seule personne, alors c’est toujours ça de pris! C’est bon de voir comment les gens réagissent à notre film. Dans des festivals importants comme ici, on a encore plus de réactions! En plus, il y a plein de Belges au festival!

 

 

Notamment Pauline Etienne, qui est dans le jury, aux côtés de Natacha Régnier…

Ambre Grouwels : Oui, Pauline est une bonne amie. On est voisine de chambre et on passe beaucoup de temps ensemble. Stefan Liberski (le réalisateur de Baby Balloon) vient d’ailleurs de tourner avec elle au Japon pour son film “Tokyo Fiancée”!

Kévin Azaïs : le cinéma belge est devenu très important, c’est hallucinant le nombre de talents qui émergent!

 

 

Pauline Etienne et Le Pays d'Auge!
Pauline Etienne et Le Pays d'Auge!

 

Ce cinéma ne se résume pas aux frères Dardenne…

Ambre Grouwels : Non, il y a plein de gens. Chez nous, l’équivalent des César, ce sont les Magritte. Et Pauline Burlet qui joue dans “Le Passé” a obtenu celui du meilleur espoir féminin. J’espère qu’elle ira loin!

 

 

Le fait de travailler dans le cinéma a-t-il changé votre façon de voir les films?

Ambre Grouwels : Oui. Avant je regardais un film comme “Moulin Rouge!” et j’adorais. Aujourd’hui, je vois les erreurs de montage, la musique qui ne va pas à tel endroit… J’essaie malgré tout de garder un regard enfantin quand je vois un film. Les gens du cinéma ont vu tellement de films qu’ils devient blasés…

Kévin Azaïs : Ma copine ne veut plus voir de films avec moi car je devine toujours la fin, je vois les faux raccords, le faux sang, etc.

Ambre Grouwels : Comme moi, je vois quand un chanteur fait du play-back dans un film!

 

 

Et vous, pour “Baby Balloon”, c’était du play-back?

Ambre Grouwels : Dans certaines scènes, c’était du live, quand je joue à la guitare ou quand je chante a cappella sur le plateau. Les chansons à la fin pendant le grand concert, je les ai chantées en live, mais il a fallu tout refaire car ce n’était pas à ma hauteur de voix. Lorsque c’étaient des chansons pré-enregistrées, le son sortait des enceintes mais je chantais par-dessus pour avoir la réalité du moment. Quand on chante, il y a des signes qui ne trompent pas : les veines qui sortent, le nez qui bouge, etc.

 

 

Qu’est-ce qui vous attend désormais?

Ambre Grouwels : On espère être sélectionné pour les Magritte en 2015, car pour cette année, le film est sorti trop tard. Autrement, je vais tourner dans les grands théâtres en Belgique, avec un spectacle de cabaret, à la fois joué et chanté. Et puis, on prépare un album avec les morceaux de “Baby Balloon”.

Kévin Azaïs : Je vais jouer dans un film qui a pour fond la guerre en Afghanistan. Cela va me changer!

Les étoiles du cinéma se bousculent à Cabourg

Outre Zhang Ziyi, de nombreuses célébrités du monde du cinéma ont rencontré le public du festival de Cabourg ce samedi. Voici un florilège, en images.

Zhang Ziyi à Cabourg : “Vous avez de la chance de vivre ici!”

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Invitée du 28e festival du film romantique de Cabourg, l’actrice chinoise Zhang Ziyi (”Tigre et Dragon”, “Le Secret des poignards volants”, “2046″, “The Grandmaster”, etc.) était présente, samedi, pour recevoir un Swann d’honneur.

C’est votre première fois en Normandie, qu’est ce qui vous a incité à venir participer au festival de Cabourg?
J’ai une amie (Suzel Piétri, déléguée générale du festival du film de Cabourg, ndlr) qui travaille ici, nous sommes très proches. Elle m’a demandé de venir et c’est quelque chose que je voulais découvrir. Un festival du film romantique!


Etes-vous une personne romantique?

Je le suppose…

Quelle est votre définition du romantisme?
C’est difficile à expliquer. C’est lorsque vous pensez à quelque chose en avance. Par exemple, faire une surprise à quelqu’un, est une façon très simple de faire preuve de romantisme : pour la fête des pères, pour l’anniversaire d’un être aimé. C’est quelque chose de l’ordre de l’attention, de la prévenance. Un joli paysage, un beau ciel bleu contribuent aussi au romantisme.

Quel film vous semble particulièrement romantique?
Parmi ceux que j’ai tournés, le premier, “The Road Home”,  était très romantique. C’était une belle histoire d’amour. “The Grandmaster”, également, notamment dans ses scènes d’affrontement qui sont filmées de façon très romantiques.

Comme des scènes d’amour, en effet…  Pensez-vous que la France est un pays romantique?
Oui! Il est vrai que la plupart des gens ont cette image de la France. Mais, j’ai eu l’occasion de venir à de nombreuses reprises à Paris ou à Cannes et je peux dire que ce n’est pas un cliché! Les gens ici aiment s’assoir à un café, prendre le temps de se relaxer. Il est important de savoir ralentir, tout le monde est si pressé et occupé. Les moments de tranquillité sont très importants!

Participez-vous à un tournage de film, actuellement?
Je viens de terminer le tournage du dernier film de John Woo. C’est une version chinoise du “Titanic”.

Vous interprétez le personnage de Rose, comme dans le film de James Cameron?
(Sourire) En réalité, nous avons plusieurs Rose! Il y a trois couples distincts dans le film. C’est une histoire d’amour. Nous avons beaucoup souffert pendant le tournage. De nombreuses scènes ont dû être tournées dans l’eau. J’espère que cela fonctionnera à l’écran!

Y a t-il des films français qui vous séduisent particulièrement?
Oui, “Le Chocolat”… “Amélie” (”Le Fabuleux d’Amélie Poulain”, ndlr) aussi. C’est tellement romantique! J’adorerais pouvoir tourner un film en France, c’est mon rêve! Vous êtes si chanceux d’habiter ici. Regardez ce ciel. A Pékin, il y a trop de pollution. Les rares fois, où on voit un ciel bleu, on est tellement heureux!

Vous êtes devenue productrice de film également…
Oui. C’est venu du fait que personne ne me proposait de comédies romantiques. J’adore ce genre de film. C’est nettement mieux à jouer que des rôles où on doit voler et se battre. On tourne dans des endroits magnifiques, avec des beaux mecs… Ce n’est pas si facile de réussir une bonne comédie romantique!

Aimeriez-vous produire un film en dehors de la Chine. Aux Etats-Unis, par exemple?
Pourquoi pas, à partir du moment où le projet est intéressant!

Paul Hamy, nouveau talent distingué par le festival de Cabourg

Vendredi soir, le comédien Paul Hamy, révélé dans le très beau Suzanne de Katel Quillévéré, aux côtés de Sara Forestier et d’Adèle Haenel, a été récompensé, au festival du film romantique de Cabourg, en qualité de jeune talent. Il en a été de même pour l’actrice Flore Bonaventura, révélée, elle, dans “Casse-tête chinois” de Cédric Klapisch.

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Elodie Frégé apporte une note glamour au festival de Cabourg

La chanteuse présentait le film “L’Art de la fugue”, vendredi, au festival du film romantique de Cabourg, aux côtés du réalisateur Brice Cauvin et de l’acteur Bruno Putzulu.

Party Girl : Portrait juste et émouvant d’une mère en lutte avec ses peurs

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Angélique Litzenburger et les trois réalisateurs de "Party Girl" : Claire Burger, Marie Amachoukeli et Samuel Theis.

 

Peur de la vieillesse, peur de la solitude, peur du regard des autres, peur de renoncer à ses rêves, peur de ne plus pouvoir être soi-même…

Chacun se reconnaîtra sans doute dans la somme de toutes ces peurs, celles d’Angélique Litzenburger, la protagoniste de “Party Girl”, premier long-métrage très réussi d’un trio de jeunes réalisateurs français : Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis. Ce dernier est d’ailleurs le fils d’Angélique Litzenburger. Elle joue ici son propre rôle : une femme de la nuit, entraîneuse vieillissante, qui travaille dans un cabaret à séduire les clients pour les pousser à consommer. Avec les années, un seul client lui est resté fidèle, Michel, ancien mineur, au physique peu engageant mais au caractère qui inspire la confiance. Un jour, Michel propose à Angélique de l’épouser. Elle hésite.

 

 

Angélique Litzenburger.
Angélique Litzenburger.

“Party Girl” se présente comme un audacieux hybride entre film biographique, quasi documentaire, et oeuvre de fiction mettant en scène les membres de la famille d’Angélique (et de Samuel Theis) et des comédiens non professionnels. “L’histoire est celle de ma mère, confirme Samuel Theis, lors de la projection au festival du film romantique de Cabourg où le long-métrage est présenté en compétition. Elle est inspirée d’un mariage qu’elle a fait il y a quelques années, pour tenter de sortir de sa situation. Les quatre enfants dans le film sont ses vrais enfants. Mais ça me tenait à coeur d’écrire un film de fiction avec un scénario. Tous les trois, nous avons inventé des scènes et, ainsi, par moments, la réalité vient soutenir la fiction et, à d’autres, c’est la fiction qui apporte de la lumière sur la réalité.”

 


On imagine toute la difficulté pour un fils d’entrer dans l’intimité de sa mère, tout comme on frissonne à la vue d’Angélique rejouant sa vie chaotique et marginale sur grand écran. “Je n’étais pas d’accord pour faire ce film, confie l’intéressée, avec un fort accent germanique, au public de Cabourg. Mais mon fils m’a mise en confiance et, finalement, j’ai dit : “Pourquoi pas?”. Il m’a sortie du pétrin où je me trouvais et je le remercie de ce qu’il a fait pour moi.”


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L'équipe du film présente "Party Girl" à Cabourg.


Loin du portrait bienveillant, “Party Girl” frappe par sa justesse de ton qui, sans artifice, fait jaillir des torrents d’émotion (impossible de ne pas verser une larme en assistant à la scène des retrouvailles entre Angélique et la jeune Cynthia ou bien à celle des discours des enfants pendant le mariage) et de sensualité (la caméra indiscrète aime effleurer les peaux et montrer les regards en gros plans). Le film suscite tour à tour une tendresse ou, au contraire, un certain malaise.

A aucun moment on reste indifférent, c’est l’universalité de son propos. Il génère même du suspense dès lors qu’Angélique exprime ses doutes sur ses sentiments à l’égard de Michel tandis que la machine du mariage semble définitivement lancée.

 

On saluera la qualité d’interprétation des filles du cabaret et surtout, celle épatante de Joseph Bour, qui joue le rôle de Michel, le client amoureux. “Ce mec, il a la soixantaine et on a été subjugué par la force de son jeu, déclare Claire Burger. Il se donne à la caméra avec une générosité hallucinante. Mais tout le monde n’est pas capable de faire ça.” Marie Amachoukeli poursuit : “Michel a été trouvé à une semaine du tournage. Angélique nous refusait tous les mecs qu’on lui proposait… Cela a été compliqué de le convaincre qu’il allait jouer ce second rôle important du film. On lui a donné les règles qu’il ne connaissait pas. Pendant le tournage, il a appris à être comédien. Il avait ce talent d’être au premier degré, de se comporter comme s’il connaissait Angélique depuis des années. C’est émouvant d’assister à la naissance d’un comédien.”

 

Party Girl


N’éclipsons pas la performance impressionnante d’Angélique Litzenburger. “Ce n’était pas si facile de tourner avec un gars qui n’est pas ton genre, dit-elle amusée. On voit dans le film qu’il ne me plaît pas, mais, s’ils m’avaient trouvé un mec qui me plaisait, j’aurais joué l’amoureuse! J’aurais aimé aller encore plus loin dans le film. J’aime bien la fête, j’aime bien danser. Peut-être qu’il y aura un “Party Girl 2″?”.

Réussite majeure de l’année, “Party Girl” a été récompensé à juste titre de la Caméra d’or, lors du dernier festival de Cannes. Il mérite d’obtenir un Swann, à Cabourg. Verdict ce soir!

 

Pauline Etienne au festival du film de Cabourg : « J’adore la plage et la mer !  »

Entretien — A bientôt 25 ans, Pauline Etienne, actrice belge de cinéma, vue notamment dans « La Religieuse » de Guillaume Nicloux et à découvrir en novembre, dans le prochain film de Mia Hansen-Love, « Eden », fera partie du jury du festival du film romantique de Cabourg, du 11 au 15 juin.

Pauline Etienne, sera membre du jury du 28e festival du film romantique de Cabourg, aux côtés des comédiens Eric Elmosnino et Gilbert Melki, de l’auteur/compositeur/interprète Raphaël, du metteur en scène Jean-Louis Martinelli, du directeur de la photographie Guillaume Schiffman, et de la productrice Anne-Dominique Toussaint.
Pauline Etienne, sera membre du jury du 28e festival du film romantique de Cabourg, aux côtés de Gilles Henry (chef opérateur), Jean-Louis Martinelli (metteur en scène), Gilbert Melki (acteur), Natacha Régnier (actrice), Laura Smet (actrice) et Anne-Dominique Toussaint (productrice).

Quel regard portez-vous sur la Normandie, d’une façon générale, en sachant qu’elle fait l’actualité avec le 70e anniversaire du Débarquement de 1944 puis, en août, avec les Jeux équestres mondiaux ?
Je ne savais pas pour les Jeux équestres mondiaux… J’ai beaucoup sillonné la France avec mes parents. On allait souvent en Bretagne et on passait par la Normandie. Je suis déjà allée à Caen pour visiter le Mémorial et les plages du Débarquement. A l’époque je lisais beaucoup de livres sur le sujet. J’avais demandé à mes parents de m’y emmener.

Cabourg, sa plage, son casino, son grand hôtel, Proust… ces attributs vous séduisent-ils ?
La plage et la mer surtout ! J’adore ! (sourire)

C’est votre première fois au festival de Cabourg. Vous serez dans un jury présidé par deux personnalités du cinéma : la réalisatrice Catherine Corsini (“Partir”) et Martin Provost (“Séraphine” ). Les connaissiez-vous ?
Catherine Corsini, je l’avais déjà rencontrée, notamment lors d’une cérémonie des Césars. Martin Provost, j’aime bien ses films.

Etes-vous cinéphile ?
J’essaye de l’être mais cela demande d’avoir du temps. J’essaye de rattraper les films de l’année que j’ai ratés, notamment les films français.

Quel serait votre film romantique de l’année ?
Qu’est-ce qu’on entend par romantique ? Vous parlez de film d’amour ?

Pauline Etienne dans "Qu'un seul tienne et les autres suivront".
Pauline Etienne dans "Qu'un seul tienne et les autres suivront".

Le film qui vous a le plus émue, peut-être ?
“Bright Star” de Jane Campion. Ce film m’a beaucoup marquée !

Quelle est la santé du cinéma belge selon vous ?

ll va bien, même s’il y a les mêmes problèmes qu’en France. Il n’y a plus autant de moyens pour faire des films, c’est devenu plus compliqué. Parmi les réalisateurs, il y a Joachim Lafosse avec qui j’ai tourné mon premier film, j’avais 18 ans. Et tous ces réalisateurs qui émergent et qui font des courts-métrages. Il y a pas mal d’écoles de cinéma en Belgique.

Continuez-vous à tourner dans des courts-métrages ?
Oui. C’est le même investissement que dans un long-métrage. Pour le réalisateur, c’est important d’avoir des acteurs (sans vouloir être prétentieuse) plus confirmés.

Le cinéma belge ce sont aussi les frères Dardenne, actuellement au cinéma avec “Deux Jours et une Nuit” , beau film avec Marion Cotillard. Connaissez-vous leur façon de procéder ?
Non, je ne sais pas comment ils fonctionnent, si ce n’est que leur cinéma est assez naturaliste. Je n’ai pas vu leur dernier, j’ai très envie de voir ça !

Pour votre premier rôle principal dans un long-métrage ( “Le Bel Age” de Laurent Perreau), vous jouiez face à un monstre sacré du cinéma, Michel Piccoli. Qu’avez-vous retenu de cette expérience ?
Son silence… C’est quelqu’un qui peut être très bavard, très séducteur, mais il m’a appris que le silence pouvait être aussi important que la parole. J’ai adoré l’observer aussi. Il avait un rapport bienveillant à mon égard. C’est quelqu’un de très curieux. Il aime poser des questions sur ce qu’on pense sur tel ou tel sujet. Il aime aussi répondre aux questions qu’on lui pose.

Dans vos films, jusqu’à présent, vous aviez des rôles d’adolescentes. Etes-vous tentée par un rôle de femme désormais ?

Carrément ! (sourire) Dans le film de Mia Hansen Love, mon personnage a 18-19 ans au début et 32 ans à la fin, je joue une mère de deux enfants. Je suis assez impatiente d’être confrontée à des rôles plus âgés. Peut-être que j’étais trop jeune jusqu’à présent.

Vous allez avoir 25 ans le 26 juin. Où le fêterez-vous, sans indiscrétion ?
Chez moi, je fais une petite fiesta ! (sourire)

Vous faites partie d’une génération d’actrices qui éclosent actuellement dans le cinéma français et francophone (Adèle Haenel, Anaïs Demoustier, Adèle Exarchopoulos, Lola Créton, Constance Rousseau, etc.). Y a-t-il concurrence entre vous ?
Concurrence… je ne sais pas. C’est peut-être les autres qui décrètent qu’il y a une concurrence entre nous quand ils nous font passer des castings. On se retrouve sur les mêmes. Mais je ne veux pas entrer là-dedans. Chaque rôle correspond à une personne et chacun est différent dans ce qu’il apporte. Evidemment, on peut être très déçue quand on veut vraiment un rôle, de ne pas l’avoir.

Cela vous est déjà arrivé ?
Oui, il y a plusieurs rôles qui m’ont échappé. Je ne dirai pas lesquels (rire). Une fois, une directrice de casting m’a dit que je laissais trop transparaître toutes mes émotions, elle m’a reproché d’être trop transparente. Il faut que je travaille sur ce point, que cela apparaisse moins sur mon visage, même si certains réalisateurs recherchent aussi cette transparence.

Pouvez-vous nous parler de votre rôle dans “Eden”, de Mia Hansen Love ? Le synopsis parle de l’émergence de la french touch, courant de la musique électronique des années quatre-vingt-dix, à travers les yeux et le parcours sentimental de Paul, DJ de 17 ans.
Oui, c’est Félix de Givry qui tient le rôle principal. Je joue un amour du personnage principal qui fait partie de la bande. Je n’ai pas vu le film, mais je pense que ce sera un film de groupe. Le film est en français et en anglais du fait de la présence au casting de l’actrice américaine, Greta Gerwig. On a tourné à New York, au Moma (museum of modern art).

Vous avez joué en anglais aussi ?
Non ! (rire)

Vous aimeriez jouer dans un film en anglais ?
Oui, j’aimerais beaucoup. Mon anglais peut s’améliorer (rire). En Belgique, on apprend l’anglais sur le tard. J’ai commencé à 15 ans.

Mia Hansen Love, pas beaucoup plus âgée que vous, a commencé comme actrice avant d’éclater en tant que réalisatrice. Est-ce un parcours qui vous fait envie ?
Complètement ! J’ai écrit un scénario de court-métrage avec ma cousine. On vient d’ailleurs d’avoir la réponse favorable de la commission en Belgique (sourire). Mia Hansen Love est quelqu’un d’assez géniale. J’adore sa façon de chercher, de travailler, c’est d’une finesse. J’avais très envie de travailler avec elle et cela tombait bien car elle avait envie de travailler avec moi !

Après le festival, quel est votre programme ?
Je vais jouer dans le prochain film d’Olivier Van Hoofstadt, le réalisateur de « Dikkenek », un film bien barré avec plein de comédiens. Ça va être quelque chose ! Le tournage doit démarrer fin juillet. D’ici là, je reste tranquille, chez moi.

Quel est votre regard depuis la Belgique, sur la polémique autour de la réorganisation des régions en France ?
J’habite en France ! Je n’ai pas tout suivi sur cette affaire. Je ne vois pas ce que c’est censé apporter. En ce moment, la grosse affaire en Belgique, c’est la France qui accepte d’extrader le tueur présumé du musée juif de Bruxelles. Ce fait divers a provoqué un choc en Belgique !

Pratique : 28e édition du festival du film romantique de Cabourg. Tarifs : laissez-passer non nominatif 5 séances : 30€. En vente à l’espace billetterie, à partir du lundi 9 juin, 14 h, au pavillon Charles-Bertrand, sur les jardins du Casino. Retrait des tickets à l’unité, à partir de mercredi 11 juin à partir du 8 h 30. Rens. ici

« Deux jours, une nuit » : Marion Cotillard sublime l’hymne à la résistance des frères Dardenne

"Deux jours, une nuit", de Luc et Jean-Pierre Dardenne. Avec Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Olivier Gourmet. (DR)
"Deux jours, une nuit", de Luc et Jean-Pierre Dardenne. Avec Marion Cotillard, Fabrizio Rongione, Olivier Gourmet. (DR)

 

« On s’est bien battus… Je suis heureuse! » Cette phrase qui conclut le dernier film des frères Dardenne, « Deux jours, une nuit », risque de vous soulever le coeur. Une ultime fois. Car il y en a bien d’autres des moments d’une telle puissante intensité émotionnelle.

Marion Cotillard ne sait peut-être pas mourir dans les blockbusters hollywoodiens, mais je défie quiconque de ricaner sur son interprétation époustouflante de Sandra, mère de famille d’abord effondrée d’apprendre qu’elle a perdu son emploi, puis encouragée, par son mari et ses proches, à ne pas renoncer, à lutter pour tenter de le récupérer.

A lire ces lignes, on semble très proche du schéma de film de superhéros à la Christopher Nolan, dans lequel le héros d’abord vaincu, ensuite se relève (« rises » en anglais).

L’univers visuel n’est évidemment pas le même. Fidèle à leur cinéma, les frères Dardenne ignore les effets spéciaux et autres décors grandioses, pour s’ancrer dans la réalité sociale quotidienne des « petites gens » de Belgique. Sandra est ouvrière dans une petite entreprise de fabrication de panneaux solaires. La concurrence chinoise contraint le patron, M. Dumont, à devoir se séparer d’elle. Oui mais… La crise économique et la mondialisation ont bon dos, car dans le film, si Sandra perd son job, c’est aussi du fait d’une manipulation intellectuelle, voire morale, de la part de ce même petit patron : vous avez le choix, dit-il en substance à ses salariés, ou bien vous votez pour que Sandra soit licenciée et je vous accorde une prime de 1000 euros, ou bien vous votez pour qu’elle reste et vous vous asseyez sur la prime. C’est l’un ou l’autre, pas les deux à la fois. Combien d’entre nous, opteraient pour la seconde option, honnêtement?

Au vu du titre, « Deux jours, une nuit », le film laissait présager une forme de course contre la montre, où le temps serait facteur de tension et de suspense. Etonnamment, il se retrouve vite relégué au énième plan. D’ailleurs, lorsqu’on rejoue le film dans sa tête, on se heurte vite à la difficulté de rétablir la chronologie des scènes. Cela prouve toute la complexité scénaristique de ce film faussement répétitif et jamais redondant (notez l’évolution de ton dans chaque énoncé du discours de Sandra), qui privilégie les rebondissements liés aux rapports humains plutôt qu’aux spectaculaires scènes d’action.

Marion Cotillard et Fabrizio Rongione. (DR)
Marion Cotillard et Fabrizio Rongione. (DR)

Marion Cotillard est de tous les plans, du premier où on la découvre en train de dormir (réellement à en croire ses paupières qui ne bougent pas d’un cil), jusqu’au dernier où elle marche d’un pas résolu et confiant le long d’une route qui semble la conduire vers un avenir prometteur. C’est peut-être la première fois qu’elle trouve l’occasion de prouver qu’elle est capable de porter un film toute seule – Fabrizio Rongione, fidèle acteur des Dardenne depuis « Rosetta », qui joue ici le mari de Sandra, sait rester à sa place, au second plan.

Dans « De rouille et d’os » de Jacques Audiard ou « The Immigrant » de James Gray, elle a prouvé être une immense partenaire pour des acteurs surdoués (Mathias Schonaerts et Joaquin Phoenix). Ici, pour la première fois, elle s’impose comme une formidable actrice. Tout en émotion contenue, elle donne vie à cette jeune femme à peine sortie d’une dépression, symbole de fragilité et de détresse, qui se transforme sous nos yeux en résistante au fur et à mesure de ses échanges avec ses collègues qu’elle va démarcher un par un.

Et jamais, Marion Cotillard ne donne l’impression fabriquée d’une performance d’actrice. Certaines scènes sont d’une force à couper le souffle. Par exemple, celle dans la voiture, au son de « La nuit n’en finit plus » de Petula Clarke et ce sourire qui se dessine soudain sur le visage de Sandra. Le sourire de Marion Cotillard. Son visage, son corps, sa démarche, ses larmes, ses yeux, sa façon de s’exprimer, le timing, le ton de sa voix… tout, chez l’actrice française, concorde à générer, devant la caméra des surdoués du cinéma belge, une saisissante impression de vérité. Un prix d’interprétation à Cannes était totalement mérité.