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Shame : Fuite en avant par le sexe

"Shame" de Steve McQueen, avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, Nicole Beharie. (DR)

"Shame" de Steve McQueen, avec Michael Fassbender, Carey Mulligan, Nicole Beharie. (DR)

Vous connaissez l’expression : « c’est ceux qui en parlent le plus qui en font le moins », notamment sur le thème du sexe ? Eh bien, « Shame » (« honte », en anglais) nous gave visuellement de sexe sans que ses personnages n’en parlent à outrance. McQueen nous donne à voir, sans fausse pudeur. Sans tomber dans la gratuité pornographique, non plus (difficile néanmoins de comprendre que l’interdiction soit limitée aux moins de 12 ans).

Deux ans après son premier film, « Hunger », Steve McQueen signe un nouveau choc cinématographique qui risque de diviser le public. Une chose est sûre, son talent pour la mise en scène est intact. Les nombreuses scènes de rapports sexuels sont ainsi filmées avec un sens aigu de l’esthétique et de l’émotion. Chacune générant un trouble distinct chez le spectateur, et laissant systématiquement le même arrière-goût amer.

Brandon, interprété par l’acteur caméléon germano-irlandais, Michael Fassbender, est une sorte d’American Psycho. Sauf que ses pulsions ne sont pas meurtrières mais purement sexuelles. En lisant ces lignes on pense à un certain DSK. Mais la comparaison s’arrête vite, car, contrairement à l’ex-président du FMI, Brandon est jeune, bel homme et terriblement attirant (ah, ces yeux bleus qui ne lâchent pas prise !). Aucune femme ne semble lui résister et surtout pas les plus belles !

Plus qu’un appétit pour les belles femmes, le corps de Brandon éprouve un insatiable besoin de jouissance sexuelle. Brandon est un addict, dans le sens où il est régulièrement en manque. Mais ce n’est pas un violeur. Jamais, on ne le voit agresser une femme pour se satisfaire.

La tension dramatique du film prend toute son ampleur dès lors qu’entre en scène, Sissy, la sœur de Brandon (étonnante Carey Mulligan très loin de son image sage, véhiculée dans « Drive »). Lorsqu’elle débarque chez lui, Brandon ressent un profond malaise. La jeune femme, émotionnellement fragile, est le reflet de sa propre névrose, de sa propre « honte ». Elle incarne ces faiblesses qu’il cherche à fuir : le besoin d’affection et le besoin d’amour. Car l’impudeur manifeste de Brandon connaît une limite : il se refuse à ouvrir son cœur. La séquence avec la belle Marianne (Nicole Beharie, à suivre !), dans la chambre d’hôtel, en est l’illustration parfaite.

Incapable de répondre aux appels au secours de sa sœur, Brandon poursuit sa fuite en avant jusqu’à se perdre dans les abîmes orgiaques de sa propre détresse. La double séquence finale d’orgie sexuelle promet de rester dans les annales du cinéma. Tout comme la transformation physique, quasi cadavérique, du visage de Fassbender. Elle est stupéfiante, à l’image de ce beau film très dur.

Gromozeka et Portrait au crépuscule raflent la mise au festival de Honfleur

De gauche à droite : Olga Dihovichnaya, Dinara Droukarova, Anguelina Nikonova et Igor Volochine.

De gauche à droite : Olga Dihovichnaya, Dinara Droukarova, Anguelina Nikonova et Igor Volochine. (Photo Dominique Saint)

Le jury du 19e festival du film russe de Honfleur, présidé par Josée Dayan, a décerné son palmarès dimanche 27 novembre 2011. Les deux grands gagnants sont “Gromozeka” de Vladimir Kott qui récolte le grand prix ainsi que le prix d’interprétation masculine. Plus exactement, il s’agit d’un prix de groupe pour les trois acteurs principaux du film : Nicolai Dobrynine, Léonid Gromov et Boris Kamorzine.

La belle Olga Dihovichnaya, actrice principale de "Portrait au crépuscule".

La belle Olga Dihovichnaya, actrice principale de "Portrait au crépuscule". (Photo Dominique Saint)

Et puis, “Portrait au crépuscule”, sans doute le plus bouleversant de la sélection qui méritait même le grand prix. Ce bijou signé  Anguelina Nikonova, décroche le prix du meilleur premier long-métrage, celui du meilleur scénario et le prix de la meilleure interprétation féminine à son actrice Olga Dihovichnaya.

Anguelina Nikonova, réalisatrice de "Portrait au crépuscule". (Photo Dominique Saint)

Anguelina Nikonova, réalisatrice de "Portrait au crépuscule". (Photo Dominique Saint)

Le prix spécial du jury a été remis à Igor Volochine pour “Bédouin” d’Igor Volochine et celui du public à “Deux Jours” d’Avdotia Smirnova.

Andrei Smirnov a reçu un prix d'honneur. (Photo Dominique Saint)

Andrei Smirnov a reçu un prix d'honneur. (Photo Dominique Saint)


Enfin, Andrei Smirnova reçu un prix d’honneur pour l’ensemble de sa carrière de réalisateur, d’acteur et de producteur.

Experience 5 : Défi original mais résultat inégal

Igor Volochine signe le segment "L'Atlantique" avec Denis Lavant.

Igor Volochine signe le segment "L'Atlantique" avec Denis Lavant.


Quelle idée d’avoir présenté “Experience 5″ en compétition du festival du film russe de Honfleur !  Françoise Schnerb a tenté de l’expliquer dimanche 27 novembre, sans convaincre : « Il s’agit d’un film expérimental qui réunit le condensé du meilleur du jeune cinéma russe à travers cinq réalisateurs. » Ils s’agit de : Alexei Popogrebski (« Retour à Koktebel »), Igor Volochine (qui présentait le très apprécié « Bédouin », lauréat du prix spécial du jury), Pyotr Buslov, Alexandre Veledinski (« Vivant », présenté en 2006) et Andrei Zviaguintsev (« Le Retour », « Le Bannissement »).

« Experience 5 » ne dure que 34 minutes et se compose de cinq très (voire trop) courts métrages qui ont pour seul point commun de partager la même introduction : une photo polaroid est prise d’un sujet non identifié puis elle est glissée dans une enveloppe noire. Séquence introductive techniquement réussie.

A partir de là, les cinéastes ont laissé libre court à leur imagination pour mettre en scène des petites histoires. Au final, elles ne se ressemblent ni sur le fond ni sur la forme. Malheureusement, seules deux sur les cinq nous semblent réussies. Il s’agit de « La goutte de sang » de Alexei Popogrebski et « Le Portrait » d’Alexandre Veledinski. Les trois autres souffrent du même mal, à savoir l’impossibilité pour le spectateur d’entrer dans l’histoire faute de temps. Les sujets sont intéressants mais semblent plus adaptés à des longs métrages, histoire surtout de donner le temps de présenter et creuser les personnages. C’est notamment le cas du vieux marin obsédé par le Titanic, interprété par l’acteur français Denis Lavant dans le segment « L’Atlantique ».

« La goutte de sang » séduit tout particulièrement par son imagination poétique, son langage visuel et son message optimiste universel. « Le Portrait » est moins abouti, mais on apprécie son rythme enlevé et le mini suspense qu’il réussit à instaurer.

Reste qu’ « Experience 5 » ressemble davantage à un exercice d’école de cinéma dont la place était plus appropriée dans la section Panorama du festival.

Portrait au crépuscule : Thriller psychologique troublant

"Portrait au crépuscule" de Anguelina Nikonova. Avec Olga Dihovichnaya, Serguei Borisov, Roman Merinov. (DR)

"Portrait au crépuscule" de Anguelina Nikonova. Avec Olga Dihovichnaya, Serguei Borisov, Roman Merinov. (DR)

Ceux qui ont vu « Red Road » d’Andrea Arnold en 2006, retrouveront la même puissance émotionnelle et ressentiront le même malaise à la vision de « Portrait au crépuscule » présenté en compétition du festival du film russe de Honfleur.

L’actrice principale, Olga Dihovichnaya, beauté sculpturale dotée de grands yeux expressifs, est la principale réussite de ce premier long métrage de fiction signé Anguelina Nikonova. Les deux femmes signent d’ailleurs le scénario qui, sur le papier, risque de rebuter pas mal de spectateurs. Ce serait une erreur de bouder ce film tourné comme un thriller psychologique et social, au réalisme cru et pénétrant.

Marina, assistante sociale, est mal mariée avec un bon à rien même s’il est gentil. Elle cherche en vain le plaisir dans les bras du collègue de son mari. Un soir, après une énième déconvenue, Marina se fait voler son sac à main puis violer par des policiers en patrouille. Cette terrible épreuve agit comme un déclic intérieur et donne lieu à une étonnante scène : En plein dîner d’anniversaire, Marina casse l’ambiance de fête en balançant la cruelle vérité de ses sentiments à propos de son mari qu’elle n’aime pas et de ses soi-disant amis qui ne viennent que pour manger à l’œil. Sans oublier celle qui « réconforte » régulièrement son mari.

La réalisatrice Anguelina Nikonova était désolée de ne pas pouvoir présenter son film dans les conditions techniques idéales, dimanche 27 novembre à Honfleur.

La réalisatrice Anguelina Nikonova était désolée de ne pas pouvoir présenter son film dans les conditions techniques idéales, dimanche 27 novembre à Honfleur.

Les questions commencent à se bousculer dans la tête du spectateur sur les motivations de Marina qui retourne régulièrement sur ses pas du terrible soir, tel un rituel. Cherche-t-elle à exorciser le souvenir ? Ou bien espère-t-elle retrouver les auteurs de ce crime impuni ?

Quand l’indifférence et l’injustice se bousculent tout autour d’elle, on se dit qu’il ne lui reste plus qu’à prendre les choses en main pour se faire vengeance. Elle en a l’occasion dans cet ascenseur avec l’un de ses agresseurs. Mais, au lieu de lui fracasser le crâne à coups de bouteille de verre, elle lui fait l’amour, fugacement.

L’homme ne l’a reconnaît pas. Ils deviennent amants. On se dit que Marina est frappée du syndrome de Stockholm. Et puis l’image de Marina change encore. Petit à petit, le spectateur découvre, en même temps que l’héroïne, combien les certitudes sont fragiles. Ce tortionnaire se révèle être aussi un type ordinaire, loin du monstre cruel plus facile à détester. Marina est-elle en train de tomber amoureuse de ce rustre plus sincère et entier que tous les hommes qu’elle a fréquentés dans son entourage bourgeois ? Ou bien est-elle en train de se venger à sa manière en le rendant amoureux d’elle ? Elle lui répète sans cesse qu’elle l’aime en sachant que ça le rend fou. Mais à la fin, c’est bien lui qui la suit comme s’il était lié à elle par un fil invisible et irrésistible. Troublant !

“Portrait au crépuscule” sortira dans les salles françaises le 11 janvier 2012.

Le jury du 19e festival du film russe de Honfleur, présidé par Josée Dayan, lui a attribué une flopée de prix, à défaut du prix suprême : meilleure première oeuvre, meilleur scénario, meilleur rôle féminin.

Olga Dihovichnaya est également co-scénariste de "Portrait au crépuscule".

Olga Dihovichnaya est également co-scénariste de "Portrait au crépuscule".

Gromozeka : portraits ironiques de paumés

"Gromozeka" de Vladimir Kott. Avec Nicolai Dobrynin, Leonid Gromov, Boris Kamozin.

"Gromozeka" de Vladimir Kott. Avec Nicolai Dobrynin, Leonid Gromov, Boris Kamozin.

Au départ, on croit avoir affaire à une comédie, mais plus le film avance, et plus il sombre dans la noirceur déprimante. “Gromozeka” de Vladimir Kott raconte la vie de trois quadragénaires paumés. Le début nous montre qu’ils sont trois copains d’enfance (musiciens qui plus est) mais leurs chemins ne se croisent quasiment jamais dans le film. Si bien qu’on se demande s’il était vraiment nécessaire de faire le lien entre les trois.

Une chose est sûre, le destin réservé aux uns et aux autres n’est pas enviable : l’un est un policier poussé vers la sortie par sa direction. Il découvre avec angoisse que sa femme le trompe avec un autre. Le deuxième est chirurgien et trompe sa femme avec une jeune collègue de travail. Non seulement il n’ose pas l’avouer à sa femme mais en plus il découvre qu’il n’a plus qu’un mois à vivre à cause d’un cancer du fumeur. Enfin, le troisième est chauffeur de taxi. Lui, a la désagréable surprise de découvrir que sa fille joue dans des films pornos et ne trouve pour solution que de chercher à l’amocher.

Sur le papier, cela ne sonne pas très enthousiasmant, même carrément glauque. Heureusement, à l’écran, les acteurs sont impeccables et l’humour est distillé tout au long de l’intrigue avec une pointe d’ironie qui permet au spectateur de prendre du recul par rapport aux situations. Trop long et maladroit sans doute, « Gromozeka » n’en reste pas moins attachant. Avec en prime une lueur d’espoir accordée en toute fin à chacun de ces pieds nickelés qui, dans leur banalité, nous ressemblent.

Le film a remporté le grand prix du 19e festival du film russe de Honfleur. Les trois comédiens, à savoir Nikolaï Dobrynine, Leonid Gromov et Borsi Kamorzine, ont obtenu un prix de groupe du meilleur acteur.

Josée Dayan à Honfleur : « Ce n’est pas ma faute s’il y en a qui sont mous du genou »

Josée Dayan est présidente du jury du 19e festival du cinéma russe de Honfleur.

Josée Dayan est présidente du jury du 19e festival du cinéma russe de Honfleur.


La présidente du jury, Josée Dayan, a parlé aux festivaliers de « Raspoutine », son nouveau film avec Gérard Depardieu, Fanny Ardant et des acteurs russes. Il sera diffusé au moment de Noël sur France 2.


Vêtue d’un jogging surmonté d’un blouson de cuir, Josée Dayan, 68 ans, n’a pas la langue dans sa poche. Samedi après-midi, devant les festivaliers, la réalisatrice du Comte de Monte-Cristo et de Balzac, en a fait la démonstration. Elle devait parler de son nouveau film réalisé pour France 2, « Raspoutine ». Un téléfilm tourné en Russie avec Gérard Depardieu dans le rôle titre et, au générique, des acteurs russes et français, dont Fanny Ardant.

« S’il n’y a pas de question, c’est parfait, je vais pouvoir sortir fumer un cigare avant de voir le prochain film en compétition » a-t-elle déclaré avec un sens de l’humour déroutant. « D’ailleurs, je souhaite repartir travailler en Russie, car là-bas on peut fumer où on veut, contrairement à ici. »

Evidemment, les questions ont fusé dans la salle et la pause cigare a dû attendre.

« On a tourné dans les lieux historiques à Saint-Pétersbourg et un peu à Moscou. Ces lieux sont aujourd’hui des musées et nous avons dû les rendre plus réalistes en introduisant des accessoires. »

A la question, était-il difficile de diriger des acteurs russes, Josée Dayan réplique : « le rapport entre un metteur en scène et un acteur est à mon sens secret, confidentiel. On se parle en tête à tête. Evidemment, c’est plus compliqué quand un parle français et l’autre russe. Mais il y avait une énergie sur le tournage qui nous a réuni. J’ai eu très peu d’interventions d’interprètes. »

"Gérard Depardieu est un acteur mystérieux, c'est ce qui en fait un grand". Josée Dayan.

"Gérard Depardieu est un acteur mystérieux, c'est ce qui en fait un grand". Josée Dayan.

Scénario déjà écrit

Josée Dayan n’a pas écrit le scénario de « Raspoutine ». « J’ai tourné le scénario qu’on m’a donné. Je ne suis pas non plus la mère de Raspoutine. Gérard Depardieu est à mes yeux, un des plus grands acteurs de sa génération. Il est habité par le personnage et est tout sauf monolithique. Il y a eu plusieurs scénaristes et, en fin de parcours, j’ai fait intervenir Philippe Besson, un écrivain et scénariste très doué. »

La réalisatrice dit avoir regardé tous les films réalisés sur Raspoutine à son arrivée en Russie pour le tournage. « J’en ai vu une vingtaine et je peux dire que toutes les prestations étaient monolithiques en comparaison avec celle de Gérard. J’ai pourtant fait l’équivalent de douze films avec lui et quand je le vois à l’écran je découvre des nuances dans son jeu que je n’avais encore jamais vues. C’est un acteur mystérieux et c’est ce qui en fait un grand acteur. »

Durée du tournage

Le tournage a duré seulement un mois et demi. « Je tourne rapidement. Samuel Fuller a réalisé « Shock Corridor » en 17 jours, Howard Hawks a fait quasiment tous ses films en vingt jours. Après certains musiciens passent deux ans à préparer un album qui au final est nul. J’ai envie de dire que ce n’est pas ma faute s’il y en a qui sont mous du genou. Après il y a des films comme « Titanic » qui demandent du temps à réaliser à cause des effets spéciaux. Mais cela ne correspond pas à ma nature. Je ne ferai jamais le « Titanic » ! »

Ëtre présidente du jury à Honfleur

“J’ai accepté d’être présidente alors que j’ai un tournage en cours, c’est compliqué. Mais, j’ai accepté justement parce que je souhaite voir ce qui se fait en Russie en ce moment. Quand j’y étais, je n’ai pas eu le temps d’aller au cinéma. Je suis en train de tourner un film qui s’appelle « La solitude du pouvoir ». C’est une réflexion non pas sur l’ascension ni la chute, mais plutôt sur un homme de pouvoir qui se pose la question : « pourquoi tout ça ? ».”

Les Marches du pouvoir : du cinéma engagé à la mécanique implacable

"Les Marches du pouvoir" de et avec George Clooney. Avec également Ryan Gosling, Philip Seymour Hoffman, Paul Giamatti, Marisa Tomei (DR).

"Les Marches du pouvoir" de et avec George Clooney. Avec également Ryan Gosling, Philip Seymour Hoffman, Paul Giamatti, Marisa Tomei (DR).

« Alors, Stephen, toujours célibataire? Non, je suis marié à la campagne ». Comprendre : la campagne des primaires démocrates américaines en vue des présidentielles.

Stephen est jeune, Stephen est beau (normal il a les traits de la nouvelle coqueluche de Hollywood, Ryan Gosling), Stephen pourrait avoir toutes les filles qu’il veut. Mais Stephen est un idéaliste engagé.

Contrairement à ce que les premières images peuvent faire croire, Stephen n’est pas celui qui est appelé à gravir « Les Marches du pouvoir », titre du dernier film de George Clooney. Son job est d’oeuvrer dans les coulisses, notamment en qualité de communicant vis-à-vis des médias, pour que son patron, le gouverneur Mike Morris (George Clooney), devienne le candidat officiel des Démocrates avant la conquête de la Maison blanche.

Qui ne voterait pas pour Clooney ? a-t-on envie de s’interroger au début du film. Il a le physique et les idées qui vont bien : « supprimer la consommation du pétrole pour ne plus avoir à s’inquiéter de son sort dans le désert irakien ou d’Arabie Saoudite au point d’y envoyer des soldats américains ».

Et puis, imperceptiblement, la mécanique bien huilée commence à détraquer. La magie n’opère plus aussi bien qu’avant. Les amis de confiance se révèlent intransigeants, pour ne pas dire sans pitié et injustes dès lors que pointe à l’horizon l’ombre d’une erreur ou d’un faux pas. Le combat pour l’intérêt de la campagne et, au-delà, pour le bien du pays, bascule dans une pure guerre, avec ses coups bas, ses blessures et ses victimes.

Stephen apprend que les bonnes intentions ne suffisent pas pour rester dans la partie. Les règles qu’il applique aux autres et notamment à la jolie stagiaire qui le drague ouvertement (la belle Evan Rachel Wood) valent également pour lui. Et, lorsque la sanction tombe, la pilule est dure à avaler.

Stephen l’idéaliste perd son cool. L’instinct de survie prend le dessus. Gosling va-t-il rendosser son costume de justicier romantique à la façon du héros de « Drive » de Nicolas Winding Refn ? On l’imagine déjà, armé d’un marteau, prêt à fracasser les mains d’un gouverneur qui couche avec les jolies stagiaires. Et pourquoi pas celles de Paul (excellent Philip Seymour Hoffman), son supérieur hiérarchique un brin paranoïaque, qui lui fait la leçon de morale après l’avoir dénoncé à Ida (Marisa Tomei) la journaliste du Times, assoiffée d’histoires explosives. Sans oublier, celui par qui le scandale arrive : Tom Duffy (Paul Giamatti) le consultant du camp adverse qui lui avoue s’être bien payé sa tête. Les comptes se règleront en réalité avec le plus grand cynisme.

Clooney metteur en scène, se révèle d’une efficacité implacable lorsqu’il souligne la fragilité de l’intérêt général si cher aux démocraties du monde entier, dès lors qu’il se heurte aux intérêts particuliers. Avec l’aide d’une distribution de prestige, il tire le tapis sous les pieds de la « belle et noble politique » et fait tomber les masques que nous portons tous. Rien de nouveau sous le soleil, me direz-vous. Peut-être. Mais quel plaisir que de renouer avec ce cinéma américain engagé qui a fait la gloire de Hollywood dans les années 30 et 40 (on pense notamment aux films de Frank Capra : « Mr Smith au Sénat » avec James Stewart ou “L’Homme de la Rue” avec Cary Grant)!

Another Earth : la révélation Brit Marling

Leg : "Another Earth de Mike Cahill. Avec Brit Marling, William Mapother. (DR)

Leg : "Another Earth de Mike Cahill. Avec Brit Marling, William Mapother. (DR)

Elle est blonde, elle est belle, elle est émouvante. Elle s’appelle Brit Marling et tout Hollywood ne parle plus que de cette actrice de 28 ans originaire de Chicago, découverte à Sundance puis à Deauville cette année. Dans « Another Earth » réalisé par son petit ami Mike Cahill, elle est de tous les plans. Le film n’est pas le chef-d’œuvre de l’année, loin de là. Mais l’histoire centrale est suffisamment forte et surtout bien interprétée pour émouvoir le spectateur.

Brit Marling joue Rhoda, une adolescente promis à un bel avenir universitaire qui, de retour d’une soirée, provoque un dramatique accident de voiture. Elle tue tous les membres d’une famille, sauf le père qui miraculeusement échappe à la mort. Après avoir purgé sa peine de prison, elle vit renfermée sur elle-même jusqu’au jour où elle décide de rencontrer le père survivant pour s’excuser.

Le scénario ainsi présenté suffirait à lui-même. Sauf, que Brit Marling – eh oui, elle n’est pas que l’actrice principale du film! – a jugé bon d’ajouter une partie science-fiction, assez maladroite : une deuxième planète Terre (d’où le titre « Another Earth ») fait son apparition dans le ciel. Censée être le reflet de la première, Rhoda ambitionne de partir y habiter dans le but de commencer une nouvelle vie.

Evidemment, cette énorme planète qui grossit à vue d’œil fait penser à « Melancholia » menaçant la Terre dans le film éponyme de Lars Von Trier, sorti cet été. La comparaison est terrible pour le film de Cahill puisqu’il n’a pas la même qualité, ni sur le plan esthétique – Cahill a tendance à dénaturer le travail de ses acteurs en ayant recours à des effets parasites avec sa caméra (les ralentis en particulier) – ni sur le plan de l’écriture.

Dommage, car, à l’écran, le couple Brit Marling-William Mapother réussit à nous enthousiasmer avec son histoire d’amour délicate puis passionnée. La femme bourreau, trop heureuse de parvenir à faire la paix avec sa victime dans l’union des corps et des cœurs, n’ose pas lui avouer son identité. Le suspense fonctionne plutôt bien jusque dans les dernières minutes où d’une façon totalement inutile, la science-fiction refait surface.

Restless : Romance funèbre mais charmante

"Restless" de Gus Van Sant. Avec Mia Wasikowska, Henry Hopper, Ryo Kase. (DR)

"Restless" de Gus Van Sant. Avec Mia Wasikowska, Henry Hopper, Ryo Kase. (DR)

 

Voici un très beau film sur la mort. Le commentaire peut paraître antinomique, voire absurde, mais c’est justement toute la réussite de « Restless », le dernier petit bijou signé de l’Américain Gus Van Sant. Le réalisateur d’  « Elephant » et « Good Wil Hunting » (entre autres) réussit à enthousiasmer son public en prenant à contrepied la traditionnelle Love Story holywoodienne.

Il va même jusqu’à reprendre le schéma classique du garçon qui tombe amoureux de la fille condamnée par la maladie. Mais au lieu de nous plonger dans un pathos larmoyant vu et revu, il nous surprend, nous fait sourire, même éclater de rire. Surtout, il nous invite dans un univers que l’on attribuerait d’ordinaire à Tim Burton, où l’imagination flirte avec le fantastique dans un climat de relative insouciance que seule l’enfance sait générer.

L’alchimie entre le duo de jeunes acteurs choisis par Gus Van Sant contribue aussi largement au charme du film. Avec sa gueule d’ange blond un peu niais et fragile – il rappelle un certain Ethan Hawke dans « Le Cercle des Poètes disparus » de Peter Weir -, Henry Hopper (le fils du défunt Dennis Hopper), joue Enoch, un adolescent perturbé qui, au lieu d’aller au lycée, passe son temps à assister à des enterrements d’inconnus. C’est d’ailleurs au cours d’un de ces enterrements, qu’il fait la connaissance d’Annabel, une jolie blonde aux yeux noisette, pétillante et radieuse comme le soleil. La jeune Ausralienne Mia Wasikowska vampirise l’écran par sa présence et son naturel, bien plus qu’elle ne l’avait fait dans le rôle qui l’a révélé en 2009 : « Alice au pays des Merveilles »… de Tim Burton!

Derrière cette fausse apparence de garçon manqué, renforcée par sa coupe de cheveux très courte, elle dégage une sensualité troublante. Son personnage fait preuve d’une assurance, d’un stoïcisme et d’un sens de l’humour face à la mort qui forment un rempart imprenable contre toute tentation de tomber dans la facilité du mélo. Enoch, comme nous spectateurs, est bluffé. Malgré lui, il finit par s’attacher à elle au point de vouloir empêcher son issue fatale. Le jeune homme errait dans le film tel un mort-vivant dans son costume de film d’épouvante. Le voici soudain qui reprend goût à la vie et découvre la peur de perdre. Il faut du courage pour laisser partir une personne qui nous est chère. Ce sentiment égoïste est parfaitement humain.

Et « Restless » a le mérite de nous donner les clés pour que l’on puisse enfin lâcher prise et faire son deuil… avec le sourire!

The Artist : Hommage trop sage à un art capable de rebondir

"The Artist" de Michel Hazanavicius. Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman, James Cromwell. (DR)

"The Artist" de Michel Hazanavicius. Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman, James Cromwell. (DR)


Mai 2011. On se souvient de Jean Dujardin sur la scène du palais du festival de Cannes recevant son prix du meilleur interprète pour son rôle de George Valentin dans « The Artist ». Il avait esquissé des pas de claquettes avec talent. On savait qu’il interprétait une vedette du cinéma muet confronté à l’avènement du parlant. Un thème déjà utilisé par Gene Kelly et Stanley Donen dans « Chantons sous la pluie ».

Oui, mais « The Artist » est entièrement réalisé en noir et blanc et sans dialogues (sauf à la toute fin), répondront les partisans du film de Michel Hazanavicius à qui l’on doit la série des OSS 117 avec Jean Dujardin. Plutôt audacieux comme parti pris à l’époque de la 3D, ajouteront-ils.

La question qui vient à l’esprit aujourd’hui est surtout celle-ci : si « The Artist » n’avait pas connu un tel buzz à la suite de son prix à Cannes, aurait-il été mieux ou moins bien apprécié par les spectateurs. Car la barre a été placée haut et c’est curieusement un sentiment de déception, relative certes, mais déception quand même qui reste à la fin de la projection.

On aurait aimé une intrigue moins prévisible, un supplément de folie dans les gags. Certains sont très bons – mention spéciale à Uggy, l’adorable petit chien inséparable de Jean Dujardin -, d’autres plus convenus. Avec 80 ans de recul, on espérait davantage de réflexion sur le cinéma et son avenir. Cet art a connu de nombreux bouleversements techniques et technologiques et à chaque fois, il est parvenu à rebondir. En est-il capable aujourd’hui ? La 3D représente-t-elle réellement l’avenir ? « The Artist » aurait-il gagné à être présenté en 3D. A la réflexion, sans doute que non. Mais il y avait peut-être matière à fouiller.

Reste un divertissement de grande qualité, esthétiquement parfait. Dès le générique, les plus cinéphiles d’entre nous noterons le format 4/3 qui précédait le Cinémascope ou encore la présentation de tous les intervenants à la mode des grands films de studios américains des années 30 et 40.

En tête d’affiche d’un casting anglo-saxon prestigieux quoique très en retrait (John Goodman, James Cromwell, Penelope Ann Miller, Malcom McDowell), Jean Dujardin et Bérénice Béjo forment un duo sexy, énergique et épatant. Lui nous fait penser à Sean Connery dans James Bond. Cela renforce son sex appeal et sa présence. Elle est belle comme un cœur et danse admirablement bien. Quel dommage que le réalisateur n’aie pas jugé bon d’exploiter plus avant ce talent !

Quant à ceux qui bavaient d’admiration devant Dujardin et sa courte démonstration de claquettes à Cannes, ils ont dû attendre la toute fin du film pour enfin le voir à l’œuvre dans la version longue. On espérait un feu d’artifice final à la manière de « Chantons sous la pluie », le résultat à l’écran reste bien trop sage.

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